Ancienne députée et première femme élue vice-présidente du Parlement afghan, Fawzia Koofi accuse le régime taliban de mensonges et de trahison, après avoir participé aux négociations de Doha en 2019 et 2020. Face à un apartheid de genre dénoncé par l’ONU, la résistance féminine s’organise tandis que la Cour pénale internationale (CPI) émet des mandats d’arrêt contre des responsables talibans pour persécutions.
L’ancienne députée, élue dans sa circonscription du Badakhchan en 2005, faisait partie des 25 % de femmes au Parlement et fut la première à être élue vice-présidente. En 2019 et 2020, elle a participé aux négociations de Doha, au Qatar, où les talibans avaient promis de respecter les droits des femmes, leur assurant l’accès à l’éducation et aux postes de responsabilité.
Mais ces promesses se sont vite révélées fallacieuses. Une fois au pouvoir, le régime taliban a interdit aux filles de poursuivre leur scolarité au-delà de 12 ans. Les restrictions se sont ensuite multipliées : port obligatoire du voile et du masque couvrant le visage, interdiction de réciter le Coran à voix haute ou encore de chanter. En décembre 2024, les talibans ont ordonné de murer les fenêtres des pièces où se trouvent des femmes, sous prétexte de prévenir des « actes obscènes ».
Santé mentale en péril et résistance clandestine
Privées de presque tous leurs droits, les femmes afghanes voient leur santé mentale gravement affectée. L’Afghanistan est le seul pays au monde où les femmes représentent 80 % des suicides. Même les activités les plus anodines, comme une promenade, leur sont interdites.
Face à cette oppression, des réseaux clandestins s’organisent pour offrir des cours aux filles privées d’école. Des professeures enseignent depuis l’étranger ou même depuis l’Afghanistan, malgré les risques d’arrestation, d’emprisonnement, voire d’exécution. Des chaînes comme Begum TV diffusent des programmes éducatifs pour maintenir l’espoir, tout en proposant un soutien psychologique aux Afghanes.
Un apartheid de genre dénoncé
L’ONU qualifie les interdictions imposées aux femmes afghanes d’apartheid de genre. Si ce terme n’existe pas dans le droit international, des militantes espèrent faire reconnaître ces persécutions comme un crime contre l’humanité. Par ailleurs, la Cour pénale internationale (CPI) a récemment émis des mandats d’arrêt contre des dirigeants talibans pour persécution des femmes.
Fawzia Koofi, exilée mais toujours engagée, continue de plaider pour les droits des Afghanes à travers des conférences internationales : « Les femmes souffrent beaucoup. Je veux garder le contact avec elles et faire porter leur voix. » Elle reproche toutefois à la communauté internationale de rester trop passive face au drame que vivent les Afghanes.
Clara Höser