La Serbie traverse une crise politique majeure après la démission du Premier ministre Miloš Vučević, annoncée ce mardi 28 janvier. Cette décision pourrait conduire à des élections législatives anticipées, bien que le président Aleksandar Vučić ait indiqué qu’il envisage également la formation d’un nouveau gouvernement.
Une démission dans un climat de tensions
Lors d’une conférence de presse à Belgrade, Aleksandar Vučić a affirmé qu’il consulterait tous les partis politiques avant de prendre une décision définitive dans les dix prochains jours. Rejetant l’idée d’un gouvernement de transition réclamé par l’opposition, il a souligné la nécessité de maintenir la stabilité du pays. « La Serbie préservera la stabilité, la Serbie préservera la paix », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant que le climat politique était marqué par une « rage » croissante au sein de la majorité.
Cette démission intervient après des semaines de manifestations anti-corruption déclenchées par une tragédie survenue en novembre à la gare centrale de Novi Sad. L’effondrement d’un surplomb en béton, qui a coûté la vie à 15 personnes, a mis en lumière des accusations de négligence dans des projets d’infrastructure financés principalement avec des entreprises chinoises.
Une colère populaire croissante
L’incident a ravivé un mécontentement latent envers le régime de Vučić, souvent critiqué pour son autoritarisme et son manque de transparence. Les manifestations, qui se poursuivent dans tout le pays, réunissent des citoyens de divers horizons – étudiants, acteurs, avocats, agriculteurs – et reflètent une demande croissante de réformes politiques et de lutte contre la corruption.
Selon Branimir Jovančićević, professeur à la faculté de chimie de Belgrade, la démission du Premier ministre n’est qu’un geste symbolique. « Si le président pense qu’en remplaçant une seule figure, essentiellement sans importance, il résoudra le problème, il se trompe profondément. Cela doit conduire à des changements politiques totaux », a-t-il déclaré, appelant à la fin de l’autoritarisme en Serbie.
Une pression accrue sur Vučić
Malgré son influence dominante, Aleksandar Vučić est de plus en plus contesté. Les manifestations, particulièrement intenses à Novi Sad, deuxième plus grande ville du pays, se sont propagées aux universités et aux institutions publiques, ébranlant le pouvoir en place.
Pour le président serbe, l’enjeu est de désamorcer la crise tout en préservant son emprise sur le pouvoir. Les consultations à venir détermineront si la Serbie se dirige vers des élections anticipées ou un remaniement gouvernemental, mais une chose est claire : le mécontentement populaire ne faiblit pas et continue de mettre sous pression le régime de Vučić.
Didier Maréchal