Conférence de Munich : le vice-président états-unien J.D. Vance fait une leçon de Démocratie aux Européens… qui ne la digèrent pas

Lors de la Conférence sur la Sécurité de Munich, ce vendredi 14 février, le vice-président états-unien, J.D. Vance, a provoqué un tollé en critiquant ouvertement l’Europe sur des sujets sensibles tels que la liberté d’expression et l’immigration. Son discours, perçu comme une ingérence dans les affaires européennes, a suscité des réactions indignées de la part de nombreux dirigeants du Vieux Continent – les mêmes qui s’ingèrent encore plus dans la politique intérieure états-unienne par leurs haine anti-Trump affichée et leur soutien à Kamala Harris, durant la campagne présidentielle.

Un discours offensif sur la liberté d’expression

Alors que l’on attendait des précisions sur les négociations de paix en Ukraine, J.D. Vance a choisi un tout autre angle d’attaque : dénoncer un prétendu recul des libertés fondamentales en Europe. « Pour l’Europe, la menace qui m’inquiète le plus n’est pas la Russie, ni la Chine […]. Ce qui m’inquiète, c’est la menace de l’intérieur, le recul de l’Europe par rapport à certaines de ses valeurs les plus fondamentales », a-t-il déclaré devant un parterre de diplomates et de chefs d’État.

Pour appuyer son propos, il a cité plusieurs événements récents qu’il considère comme des atteintes à la démocratie et à la liberté d’expression :

• Roumanie : l’annulation du premier tour de la présidentielle par la Cour constitutionnelle, après que le candidat de droite nationaliste, Calin Georgescu, a obtenu un score inattendu de 20 %, notamment grâce à TikTok.

• Suède : la condamnation d’un activiste chrétien pour avoir brûlé un Coran.

• Allemagne : des descentes de police contre des citoyens accusés de propos misogynes.

• Royaume-Uni : l’amende infligée à un ancien militaire opposé à l’avortement.

Le vice-président des Etats-Unis d’Amérique s’est montré particulièrement virulent sur le cas roumain, estimant que l’annulation de l’élection s’était faite « sur la base des faibles soupçons d’une agence de renseignement » et dénonçant « une énorme pression de ses voisins continentaux » pour empêcher l’extrême droite d’accéder au pouvoir. Il a également déclaré que, le fait qu’un commissaire européen (qu’il n’a pas nommé mais qui est Thierry Breton) ai pu affirmer que l’Union Européenne avait forcé l’annulation du vote en Roumanie et qu’elle en ferait de même dans tous les pays de l’UE où des candidats/partis politiques de droite nationaliste emporteraient les élections (voir nos articles sur ce sujet – ndlr) était « choquant pour les américains ».

L’immigration au cœur des tensions

Autre point central du discours de J.D. Vance : l’immigration. Le républicain a accusé les dirigeants européens d’ignorer la volonté de leurs citoyens en maintenant une politique migratoire laxiste.

« Aujourd’hui, près d’une personne sur cinq vivant dans ce pays est venue de l’étranger. C’est un record absolu », a-t-il déclaré, sans préciser à quel pays il faisait référence. Selon lui, l’Union européenne a connu une explosion des arrivées d’immigrants ces dernières années, un phénomène qu’il impute aux décisions politiques prises par les dirigeants du continent.

« Dans toute l’Europe, ils sont de plus en plus nombreux à voter pour des dirigeants politiques qui promettent de mettre un terme à une migration incontrôlée », a-t-il insisté, en référence aux succès électoraux des partis populistes et d’extrême droite.

Une leçon qui passe mal en Europe

Le discours offensif du vice-président américain a été accueilli avec une grande froideur par les dirigeants européens. À commencer par l’Allemagne, où le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a dénoncé des propos « inacceptables », une déclaration saluée par un tonnerre d’applaudissements dans la salle.

Berlin a particulièrement mal digéré les critiques de J.D. Vance sur le « cordon sanitaire » qui empêche l’extrême droite d’accéder au pouvoir. Le chancelier Olaf Scholz a rétorqué fermement : « De l’expérience du national-socialisme, les partis démocratiques en Allemagne ont tiré un consensus : c’est le mur pare-feu contre les partis d’extrême droite ».

En France, la réponse ne s’est pas fait attendre. Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a déclaré sur X : « La liberté d’expression est garantie en Europe. Quand on est sûr de soi et de ses valeurs, on ne se sent pas menacé par la critique. Personne n’est obligé d’adopter notre modèle, mais personne ne peut nous imposer le sien. »

Un camouflet diplomatique pour Washington

Ce discours, tenu devant le gotha mondial de la diplomatie et de la défense, a été perçu comme une humiliation par certains responsables européens. « Une humiliation totale », a affirmé sur X le député ukrainien Oleksiy Goncharenko, présent à Munich.

Au Royaume-Uni, la condamnation par la Suède du camarade de Salwan Momika, un homme tué après avoir brûlé des exemplaires du Coran, a été vivement critiquée par J.D. Vance. Pourtant, le ministre suédois de la Justice, Gunnar Strömmer, a rappelé que son pays disposait de « l’une des protections les plus étendues de la liberté d’expression dans le monde », mais que celle-ci n’était pas « illimitée ».

Si certains observateurs voient dans cette prise de parole un simple coup politique destiné à renforcer la position de l’administration Trump, elle illustre surtout une fracture grandissante entre les États-Unis et l’Europe.

Une alliance transatlantique fragilisée ?

Malgré ces divergences, l’Allemagne, qui a fait du partenariat transatlantique le pilier de sa politique étrangère et de défense, n’est pas prête à rompre avec les États-Unis. Olaf Scholz a d’ailleurs tenu à rappeler que son pays « continuera à acheter » du matériel militaire américain.

Mais les tensions sont réelles, et elles ne cessent de croître à mesure que l’échéance des élections américaines approche. L’administration Trump semble déterminée à bousculer les certitudes européennes sur des sujets aussi sensibles que la démocratie, l’immigration et la sécurité.

Si J.D. Vance espérait marquer les esprits à Munich, il y est parvenu. Mais son discours, perçu comme un affront par de nombreux dirigeants européens, pourrait bien laisser des traces durables dans les relations entre Washington et Bruxelles.

Didier Maréchal & Christian Estevez

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