Lors de sa visite à New Delhi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé un rapprochement stratégique entre l’Union Européenne et l’Inde. À l’issue de sa rencontre avec le Premier ministre indien, Narendra Modi, elle a exprimé sa volonté de conclure un traité de libre-échange d’ici la fin de l’année 2025. Un projet ambitieux qui s’inscrit dans un contexte mondial marqué par des incertitudes géopolitiques croissantes.
Un partenariat stratégique face aux défis mondiaux
La présidente de la commission européenne, Ursula Von Der Leyen, a effectué un déplacement de deux jours en Inde, accompagnée de plusieurs commissaires européens, qui témoigne de l’importance que Bruxelles accorde à ce partenariat. Face à l’instabilité des relations transatlantiques et aux tensions croissantes avec la Chine et la Russie, l’Union Européenne cherche à diversifier ses alliances économiques et stratégiques.
« Je sais que ce ne sera pas facile. Mais je sais aussi que le moment et la détermination comptent et que ce partenariat arrive au bon moment pour les deux parties », a déclaré Ursula von der Leyen. Pour elle, 2025 doit marquer un tournant dans les relations entre l’UE et l’Inde, deux puissances confrontées à des défis communs sur la scène internationale.
Un accord commercial aux enjeux majeurs
L’UE est actuellement le premier partenaire commercial de l’Inde, avec 137 milliards de dollars d’échanges de marchandises en 2023-2024. Cependant, les exportations indiennes vers l’Europe restent limitées, ne représentant que 2,2 % des importations européennes. L’accord de libre-échange vise à améliorer cet équilibre en permettant :
• À l’UE d’exporter plus facilement ses voitures, alcools et produits laitiers vers l’Inde.
• À l’Inde de renforcer ses exportations de textiles et de médicaments vers l’Europe.
Cette ouverture des marchés s’inscrit également dans une logique de sécurisation des chaînes d’approvisionnement, alors que l’UE cherche à réduire sa dépendance à la Chine. L’Inde pourrait ainsi devenir un pôle clé pour la production de batteries électriques, de semi-conducteurs et d’hydrogène vert.
Un défi de taille : surmonter les obstacles protectionnistes
Si les ambitions sont claires, la mise en place de ce traité s’annonce complexe. L’Inde est connue pour son protectionnisme économique, avec un droit de douane moyen avoisinant les 18 %, selon l’OMC. De plus, les grandes entreprises indiennes voient d’un mauvais œil l’arrivée de concurrents étrangers sur leur marché.
D’autres points de friction devront être négociés, notamment :
• La demande de l’Inde d’être exemptée de la taxe carbone aux frontières de l’UE.
• L’augmentation du nombre de visas pour les travailleurs qualifiés indiens, une mesure qui dépend des États membres de l’UE.
Les précédents accords commerciaux montrent que ces négociations peuvent s’éterniser. L’accord de libre-échange entre l’Inde et le Royaume-Uni est au point mort après plus de dix ans de discussions.
Un espoir de concrétisation
Malgré ces obstacles, Ursula von der Leyen reste optimiste. « Nous pouvons le faire », a-t-elle affirmé, soulignant que cet accord pourrait devenir le plus grand traité de libre-échange au monde.
En parallèle, elle a insisté sur l’importance d’un renforcement du partenariat en matière de défense et de sécurité. L’Europe pourrait jouer un rôle clé dans la diversification des équipements militaires indiens, réduisant ainsi la dépendance du pays à la Russie.
Alors que le protectionnisme gagne du terrain et que Donald Trump menace d’imposer de nouveaux droits de douane, l’Europe et l’Inde semblent prêtes à renforcer leur alliance. Reste à savoir si les négociateurs parviendront à surmonter les défis qui les attendent.
Joseph Kouamé