Guerre en RDC : accusés d’avoir pris la fuite devant le M23, 55 militaires condamnés à mort, le M23 remet plusieurs combattants présumés des FDLR aux autorités rwandaises, vague d’arrestations dans des hôpitaux de Goma etc… (Notre point du 4 mars)

La République Démocratique traverse une période très troublée depuis quelques semaines et d’une ampleur sans précédent. Voici, dans cet article, notre point du 4 mars sur la situation.

55 militaires congolais condamnés à mort pour fuite face au M23

Dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), au moins 55 soldats des Forces armées congolaises (FARDC) ont été condamnés à mort par la justice militaire, vendredi 28 février, selon RFI. Six autres accusés ont été acquittés lors de ce procès.

Les charges retenues contre ces militaires incluent la fuite devant l’ennemi, la dissipation de munitions de guerre, ainsi que des accusations de vol, viol et pillage. L’armée congolaise a annoncé que d’autres audiences foraines seraient organisées prochainement pour juger d’autres militaires arrêtés à Beni, Oicha et dans d’autres localités pour des infractions similaires.

Ce n’est pas la première fois que des soldats congolais sont condamnés pour « lâcheté devant l’ennemi ». En juillet 2024, une cinquantaine de militaires avaient déjà écopé de la peine de mort à Alimbongo pour avoir abandonné leurs positions face au M23. Ce groupe armé, soutenu par le Rwanda, contrôle désormais plusieurs zones stratégiques de l’Est congolais.

Le M23 remet 20 combattants présumés des FDLR aux autorités rwandaises

Le samedi 2 mars, le M23 a remis 20 combattants présumés des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) à l’armée rwandaise (RDF) au poste-frontière entre Goma (RDC) et Gisenyi (Rwanda).

Les FDLR, groupe armé fondé par d’anciens responsables hutus du génocide des Tutsi de 1994, sont présents dans l’Est de la RDC depuis près de 30 ans. Kigali justifie son soutien au M23 par la nécessité de neutraliser cette milice qu’il considère comme une menace directe pour la sécurité du Rwanda.

Parmi les combattants remis aux autorités rwandaises figurent deux hauts gradés :
• Le général Ezéchiel Gakwerere, accusé par plusieurs rapports internationaux d’avoir joué un rôle actif dans le génocide des Tutsi, notamment à Butare en 1994. Son nom est cité dans les documents du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).
• Le commandant Gilbert Ndayambaje, condamné à perpétuité en 2018 en RDC pour crimes contre l’humanité, incluant des meurtres et des actes de torture.

Escortés par des combattants du M23, ces hommes ont été remis aux autorités rwandaises sous haute surveillance. Le colonel Joseph Mwesigye, de l’armée rwandaise, a affirmé qu’ils seraient poursuivis en fonction de leurs antécédents judiciaires et que ceux impliqués dans le génocide seraient traduits en justice.

Une manipulation selon Kinshasa

Les FARDC dénoncent une « supercherie », affirmant que Gakwerere est en réalité un agent du président rwandais Paul Kagame, utilisé pour justifier les interventions du Rwanda en RDC.

Le gouvernement rwandais, quant à lui, estime que cette remise de combattants constitue une preuve supplémentaire de la collusion entre Kinshasa et les FDLR, une accusation que la RDC réfute fermement.

Vague d’arrestations dans des hôpitaux de Goma

Le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies accuse directement le M23 d’avoir arrêté au moins 130 personnes dans deux hôpitaux de Goma, entre le 28 février et le 3 mars.

Dans la nuit du 2 au 3 mars, des combattants du M23 ont pénétré dans l’hôpital CBCA de Ndosho et ont embarqué 116 personnes, selon l’ONU. Deux nuits plus tôt, 15 autres personnes avaient été arrêtées à l’hôpital Heal Africa.

Les Nations Unies rappellent que les hôpitaux doivent être protégés en vertu du droit international humanitaire. Selon les témoins, les personnes arrêtées incluent des garde-malades et des blessés de guerre, notamment des militaires congolais et des miliciens Wazalendo (pro-gouvernementaux).

Le M23 n’a pas confirmé ces arrestations mais rappelle que les Wazalendo et les militaires congolais sont recherchés pour être « démobilisés ou remobilisés », ce qui signifie qu’ils doivent déposer les armes ou intégrer les rangs du M23.

L’insécurité alimentaire atteint un niveau critique

Un rapport du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) révèle que près de 26 millions de personnes en RDC sont confrontées à une insécurité alimentaire grave.

Facteurs aggravants :
• La violence armée et les conflits persistants
• La flambée des prix des denrées alimentaires
• Les catastrophes naturelles (inondations, sécheresses)

Les provinces de l’Est, notamment le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri, sont les plus touchées, avec 702 000 personnes en situation d’urgence alimentaire. Dans l’ouest, les tensions au Mai-Ndombe aggravent la crise, tandis que les catastrophes naturelles ont dévasté plusieurs régions agricoles.

La communauté humanitaire craint une détérioration rapide de la situation avec la dépréciation du franc congolais et les difficultés d’approvisionnement. L’ONU appelle à une intervention urgente pour éviter une catastrophe humanitaire de grande ampleur.

Joseph Kouamé

Laisser un commentaire