Corée du Sud : libération du président destitué Yoon Suk Yeol, une décision qui exacerbe les tensions politiques et entraîne des manifestations de masse

Le 8 mars dernier, Yoon Suk Yeol, le président suspendu de la Corée du Sud, a été libéré de prison, une décision qui a plongé le pays dans une nouvelle crise politique. Un tribunal de Séoul a annulé son arrestation pour un vice de procédure, permettant ainsi à M. Yoon de sortir de prison, après plus de 50 jours de détention. Cette libération survient dans un contexte particulièrement tendu, où la question de la légitimité de sa destitution est toujours en suspens, la Cour constitutionnelle devant bientôt se prononcer sur sa situation.

Yoon Suk Yeol avait été incarcéré début janvier suite à sa tentative d’imposer une loi martiale en décembre 2024, un acte qui avait plongé la Corée du Sud dans une profonde crise politique. L’Assemblée nationale, contrôlée par l’opposition, avait voté pour sa destitution après cet événement. Cette procédure avait conduit à la suspension de ses fonctions de président. Cependant, la Cour constitutionnelle, qui a la dernière parole sur la question, doit encore statuer pour décider s’il sera définitivement destitué ou rétabli dans ses fonctions.

Un accueil triomphal et des déclarations de gratitude

À sa sortie de prison, Yoon Suk Yeol a exprimé sa gratitude envers le peuple sud-coréen, s’inclinant devant ses partisans, qui l’ont acclamé dans les rues. Des images télévisées ont montré le président suspendu saluant la foule et remerciant ses soutiens. Il a déclaré : « Je m’incline en signe de gratitude envers le peuple de cette nation. » Dans une déclaration diffusée par ses avocats, il a ajouté que la libération représentait « le respect de l’État de droit ». Un cortège de véhicules l’a ensuite conduit à la résidence présidentielle, où il a salué une foule de plusieurs centaines de partisans. Les drapeaux sud-coréens et américains étaient brandis, tandis que des chants de soutien à Yoon raisonnaient dans la capitale.

L’opposition mobilisée : des manifestations de masse dans les rues

La libération de Yoon a immédiatement exacerbé les tensions politiques, provoquant une nouvelle série de manifestations de masse à travers la Corée du Sud. Le parti démocrate, principal groupe d’opposition, a rapidement dénoncé cette décision, la qualifiant de « coup politique » et d’atteinte à l’État de droit. Le dirigeant de l’opposition, Lee Jae-myung, a exprimé son mécontentement et a promis de poursuivre la lutte contre ce qu’il considère comme une injustice. « Nous allons nous battre jusqu’à ce que l’insurrection soit terminée », a-t-il déclaré lors d’un rassemblement.

Des milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues de Séoul, notamment autour de la place Gwanghamun, pour manifester contre la libération de Yoon. Certains manifestants ont passé la nuit dehors, brandissant des pancartes et scandant des slogans appelant à sa destitution définitive. Parmi les manifestants, Sukja, une femme de 70 ans, a expliqué : « Je proteste jusqu’à ce que Yoon Suk-yeol soit démis de ses fonctions. » De son côté, Yunseo, un jeune manifestant de 20 ans, a exprimé son ras-le-bol face à la décision des procureurs et a annoncé qu’il participerait chaque jour aux manifestations. « Le peuple gagnera de toute façon », a-t-il ajouté, exprimant sa confiance dans la mobilisation populaire.

Une “semaine d’actions urgentes” et un pays en effervescence

Le parti démocrate a annoncé une « semaine d’actions urgentes » pour faire pression sur les autorités et intensifier les manifestations contre le président suspendu. Pendant ce temps, certains députés démocrates ont occupé l’Assemblée nationale en signe de protestation. Le climat politique reste extrêmement tendu, et la question de la légitimité de Yoon Suk Yeol en tant que président reste ouverte, la Corée du Sud attendant le verdict de la Cour constitutionnelle.

Si cette dernière décide de rétablir Yoon dans ses fonctions, une nouvelle élection présidentielle devra être organisée dans un délai de 60 jours. En revanche, une décision de destitution définitive entraînerait des bouleversements politiques majeurs et pourrait marquer la fin de la carrière politique de Yoon Suk Yeol.

La situation juridique et politique en suspens

La situation juridique de Yoon Suk Yeol demeure incertaine. Bien que libéré de prison, il reste accusé de rébellion et la procédure pénale à son encontre se poursuivra, même si la Cour constitutionnelle décide de le rétablir dans ses fonctions. Les partisans de Yoon saluent sa libération comme un triomphe de l’État de droit, mais l’opposition continue de dénoncer ce qu’elle considère comme une manipulation politique, visant à maintenir Yoon au pouvoir malgré sa tentative d’imposer la loi martiale et la division qu’elle a provoquée dans le pays.

La Corée du Sud vit donc une période d’incertitude, avec des manifestations qui risquent de continuer de manière prolongée. Alors que Yoon Suk Yeol regagne sa résidence présidentielle, le pays attend toujours une décision de la Cour constitutionnelle qui pourrait décider de l’avenir de l’ancien président et de l’avenir politique du pays tout entier.

Joseph Kouamé

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