L’image de Ruben Vardanyan, l’ancien chef du gouvernement du Haut-Karabakh, émacié et affaibli, a bouleversé les observateurs après sa diffusion ce mardi par un média azerbaïdjanais. Capturé lors de la prise de l’enclave par l’Azerbaïdjan en 2023, le milliardaire russo-arménien, qui avait pris les rênes du gouvernement de la république autoproclamée d’Artsakh en 2022, fait face à un procès devant un tribunal militaire à Bakou. Depuis le 17 janvier, lui et 15 autres anciens dirigeants d’Artsakh sont jugés pour des accusations graves telles que le « terrorisme », le « séparatisme » et les « crimes de guerre ».
L’image de Vardanyan, qui était auparavant connu pour son visage rond et jovial, contraste fortement avec son apparence actuelle, une fois de plus soulignant l’ampleur de sa détresse physique après près de trois semaines de grève de la faim, entamée le 25 février pour protester contre un procès qu’il qualifie de simulacre. La grève de la faim a été décidée en marge d’un procès qu’il juge injuste, se faisant l’écho des revendications de transparence et d’équité.
Dans un message audio diffusé par sa famille début mars, Vardanyan a exprimé son désir de voir un procès « équitable et transparent », réclamant une audience publique avec la présence de journalistes et d’observateurs internationaux. Il a ajouté que son procès ne concerne pas seulement lui-même et les 15 autres dirigeants, mais tous les Arméniens, dans un contexte de pression géopolitique et humanitaire intense. “Ce n’est pas moi et 15 autres personnes que l’on juge, mais tous les Arméniens”, a-t-il déclaré.
Les autorités azerbaïdjanaises, dans un contexte de tensions régionales, refusent l’accès aux journalistes et aux observateurs internationaux lors des audiences. Le procès de Vardanyan et de ses co-détenus se déroule dans un climat d’isolement, à la suite de la guerre éclair menée par Bakou pour prendre le contrôle de l’enclave d’Artsakh en 2023, une guerre qui a poussé plus de 100 000 réfugiés arméniens à fuir la région.
L’ex-représentant de l’Artsakh en France, Hovhannès Guevorkian, est catégorique sur les intentions du pouvoir azerbaïdjanais. « Il ne fait aucun doute que le président azerbaïdjanais est prêt à laisser mourir Ruben Vardanyan. Ce n’est pas seulement une question de cruauté, c’est une question de stratégie », a-t-il déclaré. Selon Guevorkian, l’Azerbaïdjan cherche à écraser un symbole de résistance et de lutte pour la liberté, incarné par Vardanyan et ses compagnons de lutte, qui ont toujours défendu le droit des Artsakhiotes à décider de leur propre avenir.
La famille de Ruben Vardanyan, bien qu’attristée par son état de santé, comprend et soutient sa décision de poursuivre sa grève de la faim, estimant que la situation dépasse les violations humanitaires. Le fils de Vardanyan, David, inquiet de l’état de santé de son père, souligne l’importance de dénoncer les violations des droits internationaux par les autorités azerbaïdjanaises, en soulignant qu’il s’agit de la seule option qu’il lui reste pour attirer l’attention sur ces graves abus.
Ainsi, ce procès continue de déstabiliser la région et de nourrir des tensions internationales. Pour les Arméniens du Haut-Karabakh, il incarne une lutte pour leur survie, leur identité et leur droit à l’autodétermination dans un contexte de pression intense et de persécution croissante.
Joseph Kouamé