Présidentielle en Roumanie : la droite nationaliste relance sa campagne avec deux nouveaux candidats, après l’exclusion injustifiée de Calin Georgescu

La droite nationaliste roumaine tente de rebondir après l’élimination de son principal candidat. Mercredi 12 mars, deux nouvelles candidatures pour l’élection présidentielle de mai ont été annoncées, à la suite de l’exclusion de Calin Georgescu, arrivé en tête du premier tour de la présidentielle avant d’être disqualifié pour le prétexte « d’ingérence russe ». George Simion et Anamaria Gavrila espèrent désormais capter les soutiens de l’ancien favori des sondages.

Un pari stratégique pour conserver l’électorat de Georgescu

« Avec son aval, nous allons reprendre le flambeau », a déclaré sur Facebook George Simion, chef du parti nationaliste « Alliance pour l’unité des Roumains » (AUR), qui était l’une des figures majeures de la droite roumaine avant la montée en puissance de Georgescu. Mardi soir encore, il assurait ne pas vouloir se présenter. Mais après une rencontre avec l’ex-candidat disqualifié, il a changé d’avis.

Afin de maximiser les chances de son camp, Simion a adopté une stratégie inédite. Il s’est affiché dans une vidéo aux côtés d’Anamaria Gavrila, représentante du « Parti de la jeunesse » (POT), et tous deux vont chercher à obtenir les 200 000 signatures nécessaires d’ici samedi. Leur objectif : s’assurer qu’au moins l’un d’entre eux puisse concourir.

« Si nos deux candidatures sont validées, l’un de nous se retirera », a expliqué Anamaria Gavrila, 41 ans, dans l’espoir de consolider le vote de la droite nationaliste.

Un climat politique sous tension

Calin Georgescu avait créé la surprise en novembre dernier en arrivant en tête du premier tour — un scrutin finalement annulé après l’action de la commission européenne, comme l’a reconnu le, à présent, ancien commissaire européen français, Thierry Breton, sur une chaîne de télévision. Son exclusion définitive a provoqué sa colère : il a dénoncé une « dictature » et appelé ses partisans à poursuivre le combat « pacifiquement » dans les urnes.

George Simion, dont le parti est actuellement la deuxième force du Parlement, avait recueilli près de 14 % des voix lors du premier scrutin présidentiel du 24 novembre, avant de se rallier à Georgescu. Admirateur de Donald Trump, il se définit comme un « patriote », rejette l’aide militaire à l’Ukraine et s’oppose aux « droits des LGBTQIA+ ».

Malgré cette tentative de reconquête, les experts doutent que Simion ou Gavrila parviennent à mobiliser autant d’électeurs que Calin Georgescu, qui était crédité de 40 % des intentions de vote avant son exclusion.

De son côté, une autre figure de la droite nationaliste, la très conservatrice catholique et eurosceptique Diana Sosoaca, « favorable au Kremlin » et bannie l’an dernier par la Cour constitutionnelle, sur le seul « justificatif » des ses convictions, et du fait qu’elle était déjà en 4ème position dans les intentions de votes, tente également de se présenter.

Une élection présidentielle désormais imprévisible

Avec l’élimination de Georgescu, la course à la présidence s’annonce particulièrement ouverte. Les deux principaux candidats du camp pro-européen, et qui bénéficie de l’ingérence de la commission européenne, Crin Antonescu et le maire indépendant de Bucarest Nicusor Dan, sont au coude-à-coude, oscillant entre 15 et 20 % des intentions de vote.

Ce climat d’incertitude est inédit en Roumanie, pays membre de l’UE et de l’OTAN. L’irruption soudaine de Georgescu sur la scène politique, notamment grâce à une campagne massive sur TikTok jugée (injustement) illicite, a bouleversé le paysage électoral. Son exclusion et son inculpation ont fait suite à l’annulation du premier tour — une décision rarissime — afin d’assurer que la droite nationaliste ne puisse gouverner – et plongé le pays dans une situation politique instable à l’approche du scrutin.

Didier Maréchal & Christian Estevez

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