Vers la fin du conflit entre la Turquie et le PKK ? Zübeyir Aydar proche d’Abdullah Öcalan pose les conditions du désarmement

Le 27 février 2025 restera une date clé dans l’histoire du conflit kurde et des relations entre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et l’État turc. Depuis plus de 40 ans, le PKK mène une lutte armée contre Ankara pour la reconnaissance des droits des Kurdes. Mais Abdullah Öcalan, leader du mouvement et prisonnier depuis 26 ans sur l’île d’Imrali, a lancé un appel inédit : il exhorte le PKK à déposer les armes et à se dissoudre.

Une décision historique d’Öcalan

Cet appel au désarmement n’a pas été lancé à la légère. Il résulte de discussions approfondies entre Öcalan et plusieurs de ses proches, dont Zübeyir Aydar, membre influent de l’Union des communautés du Kurdistan (KCK), l’organisation mère du PKK. Dans un entretien exclusif avec le média Marianne,Aydar explique que cette évolution était en préparation depuis un certain temps.

“Le président Öcalan avait déjà lancé des appels à la paix par le passé, mais cette fois-ci, les conditions semblent plus favorables. Le PKK a été fondé en pleine Guerre froide avec une philosophie marxiste-léniniste. Il était temps de changer de paradigme”, affirme-t-il. Selon lui, la lutte armée a rempli sa mission historique et le mouvement kurde doit désormais trouver une issue politique.

Une paix conditionnée aux engagements d’Ankara

Si le PKK se dit prêt à déposer les armes, il attend en retour des garanties de l’État turc. Aydar souligne plusieurs exigences essentielles :
• La fin des opérations militaires contre les militants kurdes.
• L’arrêt des arrestations de responsables kurdes et la restitution de leurs fonctions aux maires démis de leurs postes.
• La reconnaissance officielle des droits des Kurdes dans la Constitution turque.
• La levée de l’isolement carcéral d’Abdullah Öcalan, pour lui permettre de jouer un rôle actif dans le processus de paix.

“Nous avons écrit à Öcalan pour lui dire que nous étions prêts à aller jusqu’au bout de son appel, mais seulement si la Turquie respecte ses engagements” affirme Aydar.

En d’autres termes, la balle est désormais dans le camp d’Ankara.

Un scepticisme persistant côté turc

Malgré l’annonce du cessez-le-feu du PKK, le gouvernement turc demeure prudent. Si certains responsables sécuritaires semblent ouverts à la négociation, d’autres, comme Devlet Bahçeli, allié du président Recep Tayyip Erdoğan, posent de nouvelles conditions.

Le 9 mars, Bahçeli a déclaré que le désarmement du PKK ne suffirait pas : selon lui, les Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance militaire dominée par les YPG (milices kurdes en Syrie), devraient elles aussi déposer les armes.

Pour Aydar, cette demande est inacceptable : “L’appel d’Öcalan concerne le PKK, pas les YPG ni d’autres organisations. La Turquie n’a aucun droit d’exiger leur désarmement, d’autant plus qu’elles ne sont pas en guerre contre elle.”

Un désarmement sous supervision internationale ?

Si la Turquie respecte ses engagements, comment pourrait concrètement se dérouler la dissolution du PKK ?

Aydar suggère qu’un acteur tiers, comme une organisation internationale, pourrait jouer un rôle clé dans ce processus. “Nous devons encore discuter des modalités. Nous ne sommes qu’au début des négociations.”

Vers une paix durable ?

Après plus de 40 ans de conflit, le PKK semble prêt à tourner la page de la lutte armée. Mais l’histoire a montré que la méfiance entre le mouvement kurde et Ankara est profonde, et que toute tentative de paix repose sur un équilibre fragile.

“Nous avons payé un lourd tribut dans cette lutte. Si cette initiative échoue, le conflit se poursuivra. Il faut que cette tentative aboutisse, pour la stabilité du Moyen-Orient tout entier.”

L’Union européenne, l’ONU et d’autres acteurs internationaux pourraient jouer un rôle de médiation pour garantir une paix durable. Mais encore faut-il qu’Ankara saisisse cette opportunité historique.

Les semaines à venir seront décisives.

Didier Maréchal

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