Guerre en RDC : l’UE sanctionne des responsables du M23 et de l’armée rwandaise, le Rwanda rompt ses relations diplomatiques avec la Belgique et expulse tous ses diplomates, le M23 annule sa participation aux pourparlers de Luanda avec la RDC etc… (Notre point du 18 mars)

L’Est de la République démocratique du Congo (RDC) est une fois de plus le théâtre d’une escalade majeure des tensions géopolitiques et militaires. Ce lundi 18 mars, trois événements majeurs sont venus bouleverser la dynamique régionale : l’Union européenne a sanctionné plusieurs responsables du M23 et de l’armée rwandaise, le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la Belgique, et le M23 a annoncé son retrait des pourparlers de paix de Luanda. Pendant ce temps, les violences continuent de dévaster la population civile, avec près de 100 000 déplacés depuis janvier 2025 dans l’est du pays.

Sanctions de l’Union européenne : le M23 et l’armée rwandaise visés

Dans une décision attendue à Kinshasa, l’Union européenne a frappé fort en imposant des sanctions contre neuf responsables du mouvement rebelle M23 et de hauts gradés de l’armée rwandaise. Parmi les figures visées :
• Bertrand Bisimwa, chef politique du M23, déjà sanctionné par l’ONU ;
• John Imani Nzenze, colonel au sein du M23 ;
• Jean Bahati Musanga, gouverneur de facto du Nord-Kivu nommé par le M23/AFC.

Côté rwandais, les sanctions visent notamment :
• Eugène Nkubito, commandant de la 3e division de l’armée rwandaise (RDF) ;
• Pascal Muhizi, brigadier général de la 2e division de la RDF ;
• Francis Kamanzi, directeur de l’Office rwandais des mines, du pétrole et du gaz (RMB).

Ces mesures comprennent l’interdiction de se rendre dans l’UE et le gel de leurs avoirs dans l’Union. Elles visent à sanctionner le soutien militaire présumé du Rwanda au M23, qui contrôle aujourd’hui de vastes territoires riches en ressources minières dans l’est de la RDC.

Réactions sur le terrain à Goma : entre scepticisme et désillusion

À Goma, bastion du M23, les sanctions divisent.
Pour Gabriel Mukaba, habitant : « Ces sanctions seront importantes si elles peuvent seulement amener la paix. Sinon, elles ne valent pas la peine. »
Jonathan Heshima, motard, dénonce quant à lui des sanctions étrangères « pour leurs intérêts » : « Les Congolais doivent trouver la solution eux-mêmes. »
Même son de cloche pour Eustache Mumbere, qui juge ces mesures inefficaces : « Plusieurs en ont eu, mais ils sont toujours au Congo et poursuivent leurs activités. »

Rupture diplomatique : le Rwanda expulse tous les diplomates belges

En représailles aux sanctions européennes, le Rwanda a annoncé lundi la rupture immédiate de ses relations diplomatiques avec la Belgique, accusée de soutenir Kinshasa dans le conflit. Tous les diplomates belges ont reçu 48 heures pour quitter Kigali.

Le ministère rwandais des Affaires étrangères a dénoncé les « tentatives pitoyables de Bruxelles de maintenir ses illusions néocoloniales ». Le président Paul Kagame a accusé la Belgique de « nous avoir tués tout au long de l’Histoire et de revenir pour nous tuer davantage », évoquant notamment la responsabilité historique belge dans le génocide des Tutsi de 1994.

Riposte belge et tensions accrues

En retour, la Belgique a déclaré les diplomates rwandais persona non grata, dénonçant une décision « disproportionnée » du Rwanda, selon le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot. Il estime que Kigali « préfère fuir le dialogue plutôt que de confronter ses responsabilités ».
Ces tensions diplomatiques illustrent la détérioration rapide des relations entre Kigali et les capitales européennes, alors que le rôle du Rwanda dans le conflit en RDC est de plus en plus critiqué sur la scène internationale.

Le M23 se retire des pourparlers de paix de Luanda

Alors que des négociations directes étaient attendues ce mardi à Luanda, sous médiation angolaise, le M23 a annoncé à la dernière minute son retrait, dénonçant les sanctions européennes. Selon un responsable du mouvement, ces mesures sont perçues comme un obstacle au dialogue, notamment parce qu’elles visent le chef politique du M23 et des responsables clés du Rwanda, pays accusé d’être son principal soutien.

Ce retrait complique considérablement la résolution du conflit, alors que les affrontements continuent de s’intensifier, notamment dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu.

Crise humanitaire : près de 100 000 déplacés en Ituri depuis janvier

Dans ce contexte de tensions régionales, la crise humanitaire en RDC prend une tournure dramatique. Selon l’OCHA, près de 100 000 personnes ont été déplacées depuis janvier 2025 dans la province de l’Ituri, en raison de violences armées persistantes, notamment de la part des Forces démocratiques alliées (ADF).

Depuis le début de l’année :
• 205 civils ont été tués, dont beaucoup de femmes et d’enfants ;
• 78 écoles ont fermé, affectant 30 000 enfants, principalement dans les zones de Fataki et Drodro ;
• 40 000 enfants supplémentaires sont privés d’éducation suite aux affrontements récents à Nyamamba.

L’accès humanitaire est aussi gravement affecté, avec près de 92 000 personnes privées d’aide, faute de sécurité suffisante.

Une épidémie de choléra en pleine expansion

La région est aussi frappée par une épidémie de choléra, qui se propage rapidement dans les camps de déplacés, notamment à Goma, où 68 % des 1 846 cas recensés dans le Nord-Kivu ont été enregistrés.
Les conditions sanitaires précaires, la promiscuité, et l’absence d’eau potable aggravent la propagation de la maladie, déjà meurtrière dans plusieurs localités.

Conclusion : vers une régionalisation du conflit ?

La rupture diplomatique Rwanda-Belgique, combinée aux sanctions européennes et à la crise humanitaire, marque une nouvelle étape dans la régionalisation du conflit. Le retrait du M23 des pourparlers repousse l’éventualité d’une paix négociée, tandis que les populations civiles continuent de subir le poids d’un conflit qui échappe à tout contrôle.

La communauté internationale, divisée sur la question du rôle du Rwanda, peine à imposer une solution durable. L’Angola, médiateur désigné, voit sa mission fragilisée par le refus du M23 de s’asseoir à la table des négociations. Sur le terrain, la RDC reste dans la guerre, et plus de 21 millions de Congolais dépendent désormais de l’aide humanitaire pour survivre.

Joseph Kouamé

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