La justice tunisienne poursuit son examen d’un dossier sensible : l’envoi de jeunes Tunisiens vers les zones de conflit en Syrie et en Irak entre 2011 et 2014. La seconde audience de ce procès très attendu s’est tenue mardi 25 mars, avec en ligne de mire plusieurs figures politiques, notamment Ali Larrayedh, ancien Premier ministre et ministre de l’Intérieur, aujourd’hui secrétaire général du parti islamiste Ennahdha.
Un dossier qui secoue la Tunisie
L’affaire porte sur une période marquée par un afflux massif de jeunes Tunisiens vers les rangs djihadistes, en particulier au sein de l’État islamique. Ce phénomène avait suscité une vive inquiétude dans le pays, qui comptait l’un des plus grands contingents de combattants étrangers dans ces conflits. Pour Samir Dilou, l’un des avocats d’Ali Larrayedh, « ce n’est pas le procès d’Ennahdha, mais plutôt de la politique du parti au moment où il était au pouvoir ».
Ali Larrayedh jugé pour “laxisme”
Ministre de l’Intérieur entre 2011 et 2013, puis chef du gouvernement tunisien en 2014, Ali Larrayedh est accusé d’avoir fait preuve de complaisance, voire de laxisme, dans la gestion de ces départs. Incarcéré depuis trois ans dans le cadre de cette affaire, il comparaissait mardi en visioconférence, tout comme sept autres accusés, dont trois figures de la mouvance salafiste Ansar Al Charia.
Alors qu’il tentait de prendre la parole, le juge a lancé son réquisitoire avant d’être interrompu par les avocats de la défense, qui ont demandé un report du procès, arguant que le dossier n’était pas complet.
Un procès sous tension
Ali Larrayedh est poursuivi sur la base de la loi antiterrorisme. Ses avocats reconnaissent la nécessité d’établir la vérité sur cette période trouble, mais estiment que l’on ne peut pas juger l’action d’un ministre sans preuves matérielles solides. Ce procès, qui mêle enjeux politiques et sécuritaires, est suivi de près par l’opinion publique, dans un contexte où Ennahdha est de plus en plus fragilisé sur la scène politique tunisienne.
Reste à savoir si la justice tunisienne parviendra à faire toute la lumière sur ces départs vers la Syrie et l’Irak et à établir les responsabilités avec impartialité.
Joseph Kouamé