La situation en République démocratique du Congo (RDC) reste préoccupante, avec une intensification des combats entre l’armée congolaise et les rebelles du M23 dans l’Est du pays. Pendant que le groupe armé tente d’imposer un système financier parallèle à Goma, Kinshasa cherche du soutien sur la scène internationale. Sur le plan diplomatique, le président congolais Félix Tshisekedi s’est rendu en Angola pour rencontrer son homologue João Lourenço, malgré le retrait de ce pays de la médiation. Par ailleurs, un nouveau panel de médiateurs africains a été mis en place pour tenter de résoudre le conflit.
Le M23 tente d’instaurer un système financier parallèle à Goma
Depuis la prise de Goma le 26 janvier, les autorités congolaises ont ordonné la fermeture de toutes les banques commerciales dans la ville. Cette décision a paralysé l’économie locale, rendant les devises rares et compliquant les transactions financières.
Face à cette crise, le M23 cherche à établir une structure financière parallèle sous le nom d’Autorité de régulation du secteur économique, financier et des assurances. Cette entité, qui se veut une banque centrale dans les territoires sous contrôle du M23, vise à capter les recettes fiscales et à organiser un système monétaire indépendant.
Le mouvement rebelle tente également de réactiver la Cadeco, une institution financière publique congolaise en déclin, en nommant une nouvelle direction et en demandant aux opérateurs économiques d’ouvrir des comptes dans cette banque. Toutefois, ce projet se heurte à des obstacles majeurs, notamment l’absence de reconnaissance internationale, les restrictions imposées par le GAFI (Groupe d’action financière), et l’isolement du M23 sur la scène mondiale.
Tshisekedi et Lourenço tentent de préserver le dialogue
Le président Félix Tshisekedi s’est rendu le 27 mars en Angola pour une rencontre avec João Lourenço, quelques jours après l’annonce du retrait de Luanda du processus de médiation dans le conflit. Malgré cette décision, les deux chefs d’État ont réaffirmé leurs bonnes relations et ont convenu de maintenir des consultations régulières.
L’Angola avait jusque-là joué un rôle central dans la médiation à travers le processus de Luanda, mais a préféré se retirer pour se concentrer sur les priorités de l’Union africaine, dont il assure la présidence tournante. Ce retrait intervient alors que le Qatar prend de plus en plus d’importance dans la diplomatie régionale. Le 18 mars, une rencontre à Doha a réuni Félix Tshisekedi et Paul Kagame, sous l’égide de l’émir du Qatar.
Washington reconnaît l’avancée du M23 et critique Kinshasa
Lors d’une audition au Congrès américain, le député Ronny Jackson a souligné que le M23 demeure quasiment incontesté dans l’est de la RDC, indépendamment du soutien du Rwanda. Il a notamment affirmé que certains soldats congolais déposaient les armes et rejoignaient le groupe rebelle, illustrant la fragilité du gouvernement face à cette crise.
Le député américain a également évoqué un problème historique, affirmant que l’Est de la RDC faisait autrefois partie du Rwanda avant que les colonisateurs ne redessinent les frontières. Il a estimé que le gouvernement congolais devrait accorder une reconnaissance et des droits aux populations locales, y compris aux membres du M23, pour éviter que ces derniers ne poursuivent leur insurrection.
Un panel de cinq anciens dirigeants africains désigné pour la médiation
Face à l’impasse diplomatique, un nouveau panel de cinq anciens chefs d’État africains a été nommé pour tenter de relancer le processus de médiation. Il est composé de :
• Olusegun Obasanjo (ancien président du Nigéria)
• Uhuru Kenyatta (ancien président du Kenya)
• Kgalema Motlanthe (ancien président de l’Afrique du Sud)
• Catherine Samba-Panza (ancienne présidente de la République centrafricaine)
• Sahle-Work Zewde (ancienne présidente de l’Éthiopie)
Le choix de ces figures politiques a pris en compte des critères d’équilibre régional, linguistique et de genre. Une première séance de travail devrait avoir lieu dans les sept prochains jours.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Le conflit dans l’est de la RDC continue d’avoir des conséquences humanitaires dramatiques. Selon l’ONU, environ un million de personnes ont été déplacées depuis la fin janvier 2025, dont près de 400 000 enfants. Le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, riches en ressources minières comme l’or, le coltan ou le tantale, restent le théâtre d’affrontements violents entre l’armée congolaise et les rebelles du M23.
L’issue du conflit reste incertaine. Si le M23 continue de consolider son emprise territoriale, la pression diplomatique internationale pourrait forcer les parties à envisager une solution négociée. Reste à savoir si les efforts du nouveau panel de médiateurs porteront leurs fruits, ou si la crise s’enlisera encore davantage.