La situation en RDC est toujours aussi dramatique, avec de nombreux combats faisant beaucoup de victimes, et des déclarations politiques de tous les côtés.
Notre point de ce 1er avril.
Violents affrontements aux portes de Bukavu
Ce mardi 1er avril, des combats intenses ont éclaté dans le groupement de Karhongo-Nyangezi, dans le territoire de Walungu, à environ 20 kilomètres au nord de Bukavu (Sud-Kivu). Les affrontements se sont propagés jusqu’à Nyakabongola, dans le territoire de Kabare, notamment dans le groupement de Mudusa, atteignant la localité de Nyantende, une porte d’entrée de Bukavu.
Des sources locales rapportent que les combattants du M23/Alliance Fleuve Congo (M23/AFC) et leurs alliés rwandais, lourdement armés, mènent des manœuvres militaires vers les lignes de front. Ces combats reprennent après l’offensive menée il y a deux semaines par les milices Wazalendo contre les positions du M23 dans les mêmes zones de Nyangezi et Nyantende.
Tirs nourris et assassinats à Goma : trois morts signalés
La nuit du 31 mars au 1er avril a été particulièrement tendue à Goma. Des coups de feu nourris ont été entendus dans plusieurs quartiers de la commune de Karisimbi, terrorisant la population. Au matin, trois corps sans vie, criblés de balles, ont été retrouvés dans différents endroits :
•Katoyi : Une restauratrice, connue sous le surnom de Sombe-kinono en raison de son célèbre plat de feuilles de manioc, a été abattue sur l’avenue Kasindi par des hommes armés non identifiés.
•Mabanga-Sud : Un homme soupçonné d’être un criminel, dénoncé par la population, a été retrouvé exécuté. Des témoins accusent les rebelles du M23 d’être responsables de cet acte.
•Nyiragongo : Un troisième corps criblé de balles a été découvert à la lisière de Goma, également attribué au M23.
La nuit a été marquée par des affrontements et des échanges de tirs, en particulier dans les quartiers de Kasika, Mapendo, Katindo, Majengo et Mikeno, laissant la population plongée dans la peur et l’incertitude.
Le M23/AFC consolide son emprise et poursuit son avancée
Depuis le début de l’année, le M23/AFC, soutenu par le Rwanda, renforce son contrôle sur les territoires conquis et continue son avancée vers Kindu (Maniema) et Uvira (Sud-Kivu). À Goma et Bukavu, les rebelles tentent d’instaurer une administration parallèle, malgré la méfiance des populations locales.
Si certaines foules acclament les combattants rebelles, des témoignages indiquent que ces manifestations de soutien sont souvent forcées. Le grand meeting organisé au stade de l’Unité à Goma par Corneille Nangaa, dirigeant du M23/AFC, a vu une participation contrainte sous la menace des armes.
Sur le plan humanitaire, la situation est dramatique :
•Expulsions forcées des déplacés vers des villages non sécurisés.
•Pénurie de liquidités à Goma et Bukavu, les banques n’étant plus approvisionnées par Kinshasa.
•Pillages massifs, pertes d’emplois et effondrement de l’économie locale.
•Travaux forcés imposés aux civils (Salongo chaque samedi).
•Persécutions ciblées contre les opposants, journalistes et militants des droits humains, notamment les membres de La Lucha.
Dans les zones sous son contrôle, le M23/AFC remplace systématiquement les chefs coutumiers, parfois en les exécutant, afin de redistribuer les terres à ses partisans.
Félix Tshisekedi acculé, entre isolement politique et absence de soutien militaire
Le président congolais Félix Tshisekedi fait face à une impasse politique et militaire. Le retrait des troupes de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) et le refus du Tchad d’intervenir l’ont privé de renforts militaires externes.
Cherchant de nouvelles alliances, il a proposé aux États-Unis un accès aux richesses minières congolaises en échange d’une protection militaire. Washington, bien que potentiellement intéressé, hésite en raison du contrôle massif des mines congolaises par la Chine (70 à 80 %).
Face à cette crise, des discussions avec le M23/AFC, jusqu’alors exclues par Kinshasa, semblent désormais envisagées. Cependant, des concessions trop importantes au Rwanda risqueraient de fragiliser Tshisekedi sur le plan interne et de provoquer une réaction hostile de l’Ouganda, qui craint une hégémonie économique et politique de Kigali dans l’Est congolais.
La MONUSCO réaffirme son engagement en Ituri
Le 31 mars, la MONUSCO a réitéré son soutien aux FARDC (Forces armées de la RDC) dans la protection des civils en Ituri, une province toujours en proie à des violences armées.
Lors d’une visite à Bunia, le général Ulisses de Mesquita Gomes, commandant des forces onusiennes, a déclaré :
« Les opérations conjointes avec les FARDC sont essentielles pour mieux coordonner nos actions et protéger les populations civiles. Nous appliquons le chapitre 7 de la Charte de l’ONU, autorisant des mesures actives de protection. »
Malgré ces engagements, la MONUSCO est régulièrement critiquée pour son inefficacité face aux massacres et aux déplacements forcés.
Tshisekedi dénonce un “génocide oublié” et lance une table ronde sur les massacres de l’Est
Le 31 mars, à Kinshasa, Félix Tshisekedi a ouvert une table ronde sur les massacres perpétrés depuis trois décennies en RDC, dénonçant un “génocide oublié” orchestré sur fond de pillage économique.
« Plus de 10 millions de vies ont été fauchées dans des violences systémiques visant des communautés entières. »
La présidence congolaise accuse le Rwanda d’être à l’origine de ces massacres pour exploiter illégalement les ressources minières congolaises. Ces allégations sont appuyées par des rapports onusiens, bien que Kigali continue de les nier, affirmant que le M23 est un mouvement congolais.
Tshisekedi a annoncé :
•La création d’un groupe d’experts chargé d’évaluer les pertes humaines et économiques liées aux crimes de masse.
•L’intégration de ces événements dans les programmes scolaires et universitaires pour sensibiliser la jeunesse congolaise.
•La promotion d’un discours national sur le Genocost, terme désignant les massacres de l’Est sur fond de pillage minier.
Cette initiative intervient alors que l’Est congolais reste sous le contrôle de plus de 100 groupes armés, qui exploitent les ressources minières locales, exacerbant les violences.
Vers une issue diplomatique incertaine
Alors que les initiatives de médiation se multiplient, aucune solution durable ne semble en vue. La communauté internationale, bien que consciente de la situation, tarde à agir, laissant la RDC en proie à une crise sécuritaire et humanitaire de grande ampleur.
Dans ce contexte, l’isolement politique de Tshisekedi, la montée en puissance du M23/AFC et l’impasse diplomatique avec le Rwanda laissent présager une intensification des combats dans les semaines à venir.