Alors que le soutien au Front Polisario s’est progressivement érodé au sein de la Communauté de Développement de l’Afrique australe (SADC), plusieurs États membres semblent vouloir raviver la mobilisation en faveur de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Une initiative récente, saluée par l’agence de presse du Polisario, vise à réactiver la solidarité autour de la cause sahraouie.
Un protocole d’accord symbolique
Le 2 avril, un protocole d’accord a été signé entre Elias M. Magosi, secrétaire exécutif de la SADC, et Bah El Mad Abdellah, représentant du Polisario au Botswana. L’accord a pour but de matérialiser les décisions adoptées lors du sommet de la SADC en août 2019 et la Déclaration de solidarité exprimée en mars de la même année à Pretoria. Selon le communiqué de l’organisation régionale, il s’agit de relancer la dynamique autour de la « décolonisation » et du droit à l’« autodétermination » du peuple sahraoui.
Ce geste intervient dans un contexte diplomatique tendu, environ dix jours après un appel lancé par le président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, actuel président de la SADC, exhortant les membres à soutenir la cause du Sahara occidental face à ce qu’il considère comme une situation de colonisation.
Une dynamique contrariée par l’influence grandissante du Maroc
Malgré cette initiative, le Maroc a marqué des points diplomatiques notables au sein même de la SADC au cours des dernières années. La dynamique de reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental a été renforcée par l’ouverture de consulats dans les villes de Laâyoune et Dakhla.
La République des Comores avait ouvert la voie en décembre 2019 en inaugurant un consulat à Laâyoune. Elle a été suivie par la Zambie et l’Eswatini, qui ont ouvert simultanément des représentations diplomatiques en octobre 2020. La République démocratique du Congo a emboîté le pas en décembre 2020 à Dakhla, et le Malawi a rejoint le mouvement en juin 2021 avec un consulat à Laâyoune.
Ces choix stratégiques ont affaibli la position du Polisario au sein de la SADC, traditionnellement favorable à sa cause, mais également sur le plan continental.
Le Polisario en perte d’influence sur la scène africaine
La déclaration finale du sommet de l’Union africaine, en février dernier à Addis-Abeba, a illustré ce recul diplomatique du Front Polisario. Contrairement aux années précédentes, ses partisans n’ont pas réussi à inscrire dans le communiqué final le soutien traditionnel de l’UA à la cause sahraouie. À l’inverse, le Maroc a su imposer sa vision, comme en témoigne la Déclaration du 38e sommet de l’Union africaine, marquée par l’absence de références explicites au Polisario.
Une rivalité diplomatique durable
Alors que le Front Polisario tente de raviver les soutiens historiques en Afrique australe, le Maroc continue d’étendre son influence sur le continent, en particulier à travers la coopération économique, les investissements et les alliances bilatérales.
Le bras de fer diplomatique autour du Sahara occidental reste donc très actif, oscillant entre soutiens résiduels au Polisario dans certaines régions et reconnaissance croissante de la souveraineté marocaine sur les provinces sahariennes.
Joseph Kouamé