1er sommet UE-Asie Centrale : un partenariat stratégique inédit pour renforcer les liens économiques, sécuritaires et géopolitiques

L’Union Européenne a conclu un nouvel accord de partenariat stratégique avec les cinq pays d’Asie centrale le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan à l’issue d’un premier sommet bilatéral historique qui s’est tenu dans la ville ouzbèke de Samarkand. Ce sommet marque une nouvelle ère dans les relations euro-asiatiques, avec des ambitions claires : renforcer les liens économiques, soutenir la sécurité régionale et affirmer l’engagement commun envers un ordre mondial multilatéral fondé sur des règles.

Un tournant stratégique dans un contexte géopolitique tendu

Ce sommet s’est déroulé dans un contexte mondial instable, notamment après l’annonce par le président américain Donald Trump de nouveaux droits de douane visant plusieurs pays, y compris des alliés comme l’Union européenne et le Royaume-Uni. Ces mesures ont ébranlé les marchés mondiaux et suscité de vives critiques. Dans ce climat incertain, l’UE entend consolider des alliances stratégiques, notamment avec une région disposant d’un potentiel économique et géopolitique majeur.

Des investissements massifs au cœur du partenariat

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté un ambitieux plan d’investissement de 12 milliards d’euros pour la région, porté par l’initiative Team Europe. Ce programme vise à financer :

•3 milliards d’euros pour les infrastructures de transport

•2,5 milliards d’euros pour les matières premières critiques

•6,4 milliards d’euros pour les secteurs de l’eau, de l’énergie et du climat

•Un soutien à la connectivité numérique

Certains projets sont déjà validés et partiellement financés par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), avec en prime l’ouverture prochaine d’un bureau local de la BERD en Ouzbékistan.

Von der Leyen a souligné l’importance d’un partenariat équitable, déclarant : “Ces matières premières sont l’élément vital de la future économie mondiale. L’Europe ne veut pas seulement extraire, mais aussi investir dans le développement industriel local. La valeur ajoutée doit être locale.”

Ressources critiques : une alternative stratégique à la Chine

L’UE, qui vise la neutralité climatique d’ici 2050, dépend fortement de ressources telles que le lithium, le manganèse, le chrome ou encore le titane, indispensables pour les technologies vertes et les industries de défense. Aujourd’hui, la Chine domine largement l’extraction, le traitement et le recyclage de ces matières premières.

Or, l’Asie centrale possède d’importants gisements : 38,6 % du manganèse mondial, 30 % du chrome, 20 % du plomb, 12,6 % du zinc et près de 9 % du titane. Ce partenariat avec l’UE représente donc une opportunité stratégique de diversification, dans une approche plus durable et équilibrée.

Multilatéralisme et sécurité au cœur des échanges

Le président du Conseil européen, António Costa, a souligné que ce sommet marque 30 ans de relations diplomatiques entre l’UE et l’Asie centrale. Il a insisté sur l’importance de défendre et réformer un multilatéralisme inclusif et efficace, notamment face aux menaces transnationales : terrorisme, extrémisme violent, trafic de drogue…

“Notre réunion d’aujourd’hui encourage une coopération encore plus étroite dans les enceintes multilatérales. L’engagement partagé en faveur d’un monde pacifique et prospère est plus important que jamais”, a déclaré M. Costa.

Le dossier ukrainien en toile de fond

La guerre en Ukraine a été largement évoquée lors du sommet. Si les cinq pays d’Asie centrale se sont abstenus de voter à l’ONU sur les résolutions condamnant la Russie, ils ont en partie bénéficié de la réexportation de biens occidentaux vers Moscou, malgré les sanctions.

L’UE, qui a déjà imposé 16 trains de sanctions contre la Russie, a nommé un envoyé spécial pour lutter contre le contournement de ces sanctions, lequel s’est rendu à plusieurs reprises dans la région. António Costa a lancé un appel clair à la coopération : “L’Europe continuera à accroître la pression si nécessaire. Et la coopération de l’Asie centrale à ce sujet est inestimable.”

Le président ouzbek, Shavkat Mirziyoyev, a réaffirmé que son pays partage les valeurs du droit international et soutient une résolution pacifique du conflit en Ukraine.

Une coopération qui s’inscrit dans la durée

En conclusion, les dirigeants ont convenu :

•D’organiser un forum des investisseurs d’ici la fin de l’année pour attirer davantage de capitaux, notamment dans le corridor de transport transcaspien, destiné à relier l’Asie centrale à l’Europe tout en contournant la Russie.

•De tenir un sommet UE-Asie centrale tous les deux ans, afin d’assurer le suivi des engagements.

Ce premier sommet marque ainsi le début d’une nouvelle ère de coopération stratégique entre l’Union européenne et l’Asie centrale, fondée sur des valeurs communes, une ambition économique partagée et une volonté de peser ensemble dans un monde en pleine recomposition géopolitique.

Didier Maréchal

Laisser un commentaire