Officiellement installé depuis 2024 en Afrique du Sud, l’ancien président de la république congolais est à nouveau sorti du silence dans lequel il s’était terré, ce mardi 8 avril. Il annonce, dans une déclaration écrite, son retour prochain en RDC, expliquant sa décision par la gravité de la situation sécuritaire et institutionnelle et par sa volonté de contribuer à la recherche d’une solution à la crise que traverse son pays.
C’est par la partie orientale du pays, sans qu’on ne sache dans quelle province exactement, que l’ancien président de la RDC, Joseph Kabila, prévoit de regagner le sol congolais, d’après ses propos lors d’un entretien exclusif accordé au magazine panafricain « Jeune Afrique ». Dans sa sortie du mardi 8 avril, Joseph Kabila justifie sa décision par la situation qui sévit actuellement dans son pays et que l’ancien président qualifie d’ «hors contrôle ». Il estime qu’après six années d’absence et une année en exil, le moment est venue pour lui de « rentrer sans délai », « compte tenu de la dégradation de la situation sécuritaire à travers [ toute la RDC], ainsi que de la déliquescence qui gangrène tous les secteurs de la vie nationale »
Si ce dernier n’a pas indiqué la date précise de ce retour, l’un de ses proche a affirmé qu’il pourrait intervenir « dans les prochains jours». Dans sa déclaration, M. Kabila affirme avoir, sans les nommer « consulté plusieurs dirigeants ou ex dirigeants de la region » ainsi que « des acteurs politiques et sociaux congolais ou étrangers », avant de prendre sa décision .
Quel est le but de ce retour ?
Le retour annoncé de Joseph Kabila en RDC reste entouré de plusieurs questions. Installé depuis une année en Afrique du Sud pour des travaux concernant sa thèse consacrée aux relations entre la Chine et la RDC, il semble avoir décidé de mettre entre parenthèses ce projet. Des interrogations fusent de tout part au sein du giron politique à Kinshasa, notamment sur ses intentions, a avoué un chercheur congolais. Kabila pourrait-il éventuellement rejoindre et faire cause commune avec l’AFC/ M23 de Corneille Nangaa, qui s’est lancé dans une phase de consolidation de ses positions dans le cadre du conflit avec l’armée congolaise à l’Est du pays ?. Une hypothèse que n’exclut pas son entourage interrogé sur ce point mais qui préfère répondre laconiquement « participer à l’action de l’AFC ? C’est possible…» .
La veille de l’annonce de son retour, le PPDR, son parti politique, a fait sa rentrée politique après avoir rejeté l’appel du président Félix Tshisekedi à rejoindre les consultations devant aboutir à la mise enplace d’un gouvernement d’union national.
Depuis plusieurs mois, Joseph Kabila réactive ses réseaux. En début d’année, il a convoqué et reçu à Nairobi, capitale du Kenya, des figures-clés de son régime. Cette rencontre a abouti à la désignation d’Aubin Minaku comme vice-président du PPRD, à qui mission a été donnée d’assurer l’intérim du parti en l’absence de Kabila , dans une gestion collégiale avec Ramazani Shadary , battu par Felix Tshisekedi lors des élections présidentielles de 2018.
Un signe, de l’avis de plusieurs observateurs de la scène politique congolaise, qui prouve que Kabila est à la manette et qu’il a mis sur pied un dispositif qui va structurer son prochain retour. C’est dans cette offensive politique que l’ex président congolais a signé dernièrement aussi son retour sur les plateformes numériques, en activant de nouveau sa page Facebook. Il prévoit d’ouvrir également un compte officielle sur « X » ( ancien « Twitter »), « une première pour lui et sur laquelle il travaille » reconnaît un de ses proches. L’ancien président veut « peser dans le débat politique, mobiliser ses soutiens et répondre aux critiques en temps réel » avoue la même source.
Les autorités congolaises, préoccupées par la gestion des inondations, conséquences de pluies diluviennes qui sont tombées samedi 5 avril dans la capitale, n’ont pas encore réagi à cette annonce. Depuis que les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ont investi Bukavu, dans l’Est du pays, le 14 février dernier, le président congolais Félix Tshisekedi a accusé nommément M. Kabila d’être «le vrai commanditaire de cette opposition ».