Tanzanie : le chef de l’opposition inculpé pour «trahison» à six mois de la présidentielle

Tundu Lissu, le président du principal parti de l’opposition tanzanien, a été inculpé pour «trahison» au lendemain de son arrestation, a indiqué, ce jeudi 10 avril, l’un de ses avocats. Une accusation, passible de peine de mort et qui ne permet pas de libération sous caution en Tanzanie, où la répression politique s’accroît à six mois de l’élection présidentielle.

Opposant emblématique au parti au pouvoir, Lissu avait, selon son parti « Chadena», été « arrêté aux côtés d’autres membres » du mouvement mercredi 9 avril. Il a été placé en détention par la police après un meeting dans la ville de Mbinga située dans la région du Ruvuma (sud). Les forces de l’ordre avaient dispersé les militants qui prenaient part à ce meeting à l’aide de gaz lacrymogène.

« Lissu est accusé de trahison sans possibilité de libération sous caution, et de publication de fausses informations », a indiqué à l’AFP Jebra Kambole, l’un de ses avocats après son apparition au tribunal.

Plutôt, le commandant de la police régionale, Marco Chiya, avait annoncé devant la presse que l’opposant était poursuivi pour des allégations d’«incitations à bloquer les élections » à venir. Figure politique tanzanienne, M. Lissu, élu président de son parti en janvier, remplaçant Freeman Mbowe qui dirigeait le mouvement de longue date, avait prévenu l’an dernier que Chadema allait « bloquer les élections par la confrontation» à moins que le système électoral soit réformé.

« Nous croyons fermement que la ‘justice est de son côté », a déclaré à des journalistes Rugemeleza Nshalla, un autre des ses avocats, après que Lissu a été présenté au tribunal de Dar es Salaam. Il devrait comparaître le 24 avril, a déclaré Me Nshella.

Multiples arrestations

Ce n’est pas la première fois que Tundu Lissu, avocat de formation, est arrêté par les autorités. Parlementaire de 2010 à 2017, il avait survécu cette année là à une tentative d’assassinat. Mais jusqu’ici , il n’a jamais fait face à des accusations aussi graves. Il a notamment été interpellé à plusieurs reprises, il y a quelques mois, lors de la campagne pour les élections locales remportées par le parti au pouvoir avec près de 99% des sièges. Le mois passé, il avait été brièvement détenu lorsque la police anti-émeute avait empêché la tenue d’un grand meeting à Dar es Salaam, la capitale du pays.

L’escalade de la répression du nouveau régime

La présidente Samia Suluhu Hassan, avait d’abord été célébrée après son accession au pouvoir en 2021, pour avoir relâché les restrictions imposées aux médias et à l’opposition dans ce pays de 67 millions d’habitants. Mais le parti de M. Lissu accuse son gouvernement de retomber dans les pratiques autoritaires de son prédécesseur John Magufuli (2015-2021).

« Le plan est de le jeter ( M. Lissu) en prison pour que la présidente Suhulu puisse célébrer sa réélection sans l’opposition », a commenté sur « X » l’avocat tanzanien des droits humains, Tito Magoti. «C’est, une fois de plus, un triste jour pour notre démocratie», a-t-il regretté, parlant de l’arrestation du chef de l’opposition.

Son parti, « Chadema », accuse les forces de sécurité d’être responsable de la disparition de plusieurs de ses partisans, ainsi que du meurtre d’au moins un membre de son secrétariat national l’an dernier. Des affirmations reprises par les organisations de défense des droits humains et les pays occidentaux, qui dénoncent également une nouvelle répression en cours.

La Tanzanie doit organiser des élections législatives et présidentielle en Octobre prochain.

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