Une nouvelle étude publiée dans la revue Science met en lumière une réalité alarmante : depuis au moins 25 ans, la Terre perd continuellement de l’eau. Selon les chercheurs, les activités humaines ont modifié de façon significative le cycle de l’eau, entraînant un déséquilibre global du système hydrologique terrestre.
Une perte continue de l’eau terrestre
L’étude, menée par une équipe internationale de scientifiques, s’appuie sur une vaste base de données comprenant des observations satellites de l’humidité du sol, des mesures du niveau de la mer, des bouées de la NOAA, ainsi que des relevés des mouvements polaires. Leurs analyses révèlent un appauvrissement constant des réservoirs d’eau à la surface de la Terre.
Entre 2000 et 2002, l’humidité des sols a chuté de 1 614 gigatonnes (Gt), soit bien plus que la perte de masse glacière du Groenland (environ 900 Gt entre 2002 et 2006). À titre de comparaison, une gigatonne équivaut à un milliard de tonnes. Cette perte s’est poursuivie entre 2003 et 2016, avec une diminution supplémentaire estimée à 1 009 Gt.
Un impact mesurable sur les océans et la rotation de la Terre
Cette perte d’eau terrestre ne reste pas sans effet : elle contribue directement à l’élévation du niveau moyen des mers (environ 4,4 mm) et au déplacement de l’axe de rotation terrestre, avec un mouvement de 45 centimètres observé depuis le début du siècle.
« Le pôle de rotation de la Terre change constamment, un phénomène connu sous le nom de mouvement polaire. Ce mouvement est principalement dû à la redistribution des masses d’eau et d’air à la surface du globe », explique Ki-Weon Seo, géodésien à l’Université nationale de Séoul et auteur principal de l’étude.
Les chercheurs ont isolé le rôle spécifique de l’humidité des sols dans ces déplacements, après avoir exclu les effets d’autres facteurs connus comme la fonte des glaces et l’épuisement des nappes souterraines.
Un cycle de l’eau déstabilisé
Traditionnellement, le cycle de l’eau est considéré comme un système fermé : l’eau s’évapore, forme des nuages, retombe en précipitations, alimente les nappes, rivières et lacs, puis retourne à l’océan. La masse globale d’eau reste stable, même si sa répartition varie. Or, les résultats de l’étude montrent que cette répartition est aujourd’hui profondément déséquilibrée, au détriment des réservoirs terrestres.
Les principaux moteurs de ce changement sont d’origine humaine. Le réchauffement climatique a modifié les régimes de précipitations : les épisodes de sécheresse sont plus nombreux, plus longs et plus intenses. Lorsqu’il pleut, les précipitations sont souvent violentes, empêchant l’eau de s’infiltrer dans les sols. Elle ruisselle vers les océans sans être absorbée.
Des écosystèmes sous pression
La sécheresse météorologique est aujourd’hui doublée d’une sécheresse atmosphérique. En Europe, par exemple, l’air n’a jamais été aussi sec depuis 400 ans. Cela affecte les forêts, qui jouent un rôle clé dans la régulation de l’humidité : les arbres dépérissent de plus en plus tôt. Les nappes phréatiques sont également surexploitées, parfois jusqu’à provoquer l’affaissement de certaines zones urbaines, comme observé en Chine.
« Bien que l’eau circule en permanence entre la terre et les océans, le rythme actuel de perte d’eau terrestre dépasse sa capacité de renouvellement », indique Ki-Weon Seo. Il ajoute que cette dynamique pourrait être irréversible, à moins de profonds changements dans les tendances climatiques et les usages de l’eau.
Un avertissement pour l’avenir
L’étude conclut que le déséquilibre du cycle hydrologique risque de se prolonger, avec une perte nette d’eau des terres vers les océans au fil du temps. Les auteurs soulignent que, sans transformation de nos modèles de développement et d’exploitation des ressources en eau, les impacts sur l’agriculture, les écosystèmes, et l’approvisionnement en eau potable pourraient être graves et durables.
Cette recherche s’ajoute à un corpus grandissant d’analyses scientifiques qui alertent sur l’empreinte de l’humanité sur les grands équilibres naturels de la planète — et rappelle l’urgence de politiques plus ambitieuses en matière de gestion durable de l’eau et de lutte contre le changement climatique.