La Nouvelle-Zélande traverse une crise économique sans précédent qui pousse des milliers de ses citoyens, souvent parmi les plus qualifiés, à quitter le pays. Attirés par de meilleures opportunités et une qualité de vie plus élevée, nombre d’entre eux trouvent refuge en Australie. Le quotidien allemand « Die Welt » tire la sonnette d’alarme : cette fuite des cerveaux risque de compromettre l’avenir du pays du « Long Nuage blanc ».
Une récession historique
La Nouvelle-Zélande connaît actuellement sa plus grave récession depuis 35 ans, avec une contraction de 1,1 % de son économie en 2023. En conséquence, l’exode s’accélère. En 2024, environ 129 000 habitants ont quitté le pays, soit près de 2,5 % de la population totale. Même si le pays continue d’accueillir des immigrants, le solde migratoire reste négatif avec une perte nette de 47 000 citoyens. Avant la pandémie, le pays ne perdait en moyenne que 3 000 citoyens par an.
L’Australie, un nouvel eldorado
Avec des métropoles dynamiques comme Sydney et Melbourne, une économie plus robuste et un niveau de vie plus élevé, l’Australie est devenue la destination de choix. Son PIB par habitant ajusté au pouvoir d’achat est supérieur d’un tiers à celui de la Nouvelle-Zélande. Pour David Haugh, économiste à l’OCDE, les grandes villes australiennes sont des moteurs d’innovation, un avantage que les petites localités néo-zélandaises ne peuvent pas égaler.
Des départs lourds de conséquences
Le sociologue Paul Spoonley met en garde : ceux qui quittent la Nouvelle-Zélande sont souvent les plus éduqués, des jeunes talents, des diplômés ou des entrepreneurs. Une perte précieuse pour un pays déjà confronté à des défis structurels. Cette fuite des cerveaux prive la Nouvelle-Zélande de ressources humaines cruciales pour son développement futur.
Un mal structurel : la faible productivité
Le problème ne se limite pas à la conjoncture. Malgré une croissance soutenue entre 2013 et 2019, la productivité du travail en Nouvelle-Zélande reste historiquement faible. Les investissements privés et publics, notamment en recherche et développement, sont insuffisants pour stimuler l’innovation. “La productivité détermine le niveau de vie, et en Nouvelle-Zélande, elle stagne depuis trop longtemps”, souligne David Haugh.
Des réformes engagées, mais des résultats incertains
Face à l’ampleur de la crise, le gouvernement a lancé une série de réformes : attraction d’investisseurs étrangers, simplification des réglementations, soutien à la recherche scientifique. Mais les experts restent prudents. “Les décisions vont dans la bonne direction, mais les effets ne seront visibles qu’à moyen terme”, prévient David Haugh.
En attendant que ces mesures portent leurs fruits, la Nouvelle-Zélande continue de perdre ceux qui, paradoxalement, pourraient le plus contribuer à sa relance. Un paradoxe douloureux pour un pays qui, il y a peu, faisait figure de modèle.
Didier Maréchal