Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo lance le mouvement «trop c’est trop» pour une protestation «multiforme et permanente »

Laurent Gbagbo, président du « Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire » (PPA-CI) a annoncé, samedi 26 avril 2025, en marge de la première réunion du Comité Central de son parti, la création d’un mouvement citoyen dénommé « Trop c’est trop», une plateforme d’expression pour toutes les personnes victimes «d’abus et d’injustices sociales » a-t-il souligné.

L’ancien président et opposant ivoirien Laurent Gbagbo, a lancé, samedi 26 avril, à Abidjan, le mot d’ordre de création de la plateforme «Trop, c’est trop», dans un pays « fracturé en deux » entre les «opprimés» et les «privilégiés», a-t-il affirmé, devant de ses sympathisants.

Il a appelé au rassemblement de «tous ceux qui ont des raisons de se plaindre. Si on détruit ta maison, nous t’accueillons. Si tu es mal payé, nous t’accueillons. Si la vie est trop chère pour toi, nous t’accueillons. La viande, le poisson, l’huile, le riz, l’attieke (plat traditionnel local obtenu par cuisson à la vapeur de semoule de pulpe de manioc fermentée qui se consomme avec du poisson, de la viande et des légumes – ndr), tout cela devient inabordable, et tu n’arrives pas à te nourrir, nous t’accueillons. Si on prend ta forêt ou ton terrain, nous t’accueillons. Le nom de ce mouvement est «Trop, c’est trop!». Parce que, en effet, trop c’est toujours », a-t-il lancé.

C’est un mouvement qui transcende les «clivages politique », a-t-il précisé, alors qu’il désignait, Sébastien Danon Djédjé, président exécutif du PPA-CI, pour coordonner la mise en place de cette initiative. À six mois du scrutin présidentiel, ce mouvement citoyen qui se présente comme apolitique réuni «tous ceux qui ont quelque chose à déplorer» de la gestion actuelle du pays a martelé Laurent Gbagbo.

« Il faut donner la parole à tous ceux qui veulent se plaindre de tous les méfaits de la politique» menée par les autorités. «On ne peut pas continuer comme cela, dans la gadoue, les pieds dans la gadoue, Ce n’est pas possible», a insisté l’ancien Chef de l’État ivoirien de 2000 à 2011.

Selon lui, ce mouvement doit être une «protestation», dans un pays qui connaît, depuis une décennie, une croissance économique de plus de «6%» mais avec une inflation qui s’établissait l’an dernier à «3,5%» et les inégalités qui «se creusent». Une «évaluation» de la campagne «Trop, c’est trop», est annoncée la «première quinzaine de juin». Passé ce délai, le Parti de Laurent Gbagbo « se réserve le droit d’un nouveau palier dans la lutte», a-t-il indiqué dans son communiqué, à l’issue du Comité Central.

Après avoir écopé de 20 ans de prison pour des faits liés à la crise post-électoral de 2010-2011 qui avait fait quelque «3 000 morts», Laurent Gbagbo a été acquitté par la justice internationale le 15 janvier 2019 et a pu rentrer en Côte d’Ivoire, le 17 juin 2021. Mais faute d’amnistie du président Alassane Ouattara après sa condamnation ivoirienne, il ne peut pas être réinscrit sur la liste électorale dont-il a été radié, comme l’atteste la liste provisoire publiée par la Commission électorale indépendante(CEI), le 17 mars 2025.

Monsieur Gbagbo, 79 ans, s’est montré jusqu’ici très déterminé à participer à l’élection présidentielle d’octobre prochain, malgré son inéligibilité. Son parti a d’ailleurs, au cours de cette concertation du 26 avril à Abidjan, réitéré, par la bouche de son porte-parole, Maître Habiba Touré, son appel pour que ce dernier soit «réintégré», sur la liste électorale. Le parti a demandé par ailleurs, la mise en place d’un «nouvel organe électoral consensuel» et appelé à un «audit» de la liste électorale.

L’ancien président ivoirien a affiché son soutien et sa solidarité avec le PDCI-RDA dont le candidat désigné, Tidjane Thiam, vient comme lui, d’être radié de la liste électorale. «Nous ne laisserons pas le PDCI mourir. Nous allons lui apporter notre soutien en n’espérant rien en retour », a ainsi déclaré Laurent Gbagbo, selon qui toutes les expressions politiques doivent pouvoir coexister. Le premier Comité Central de l’année au sein du PPA-CI a eu lieu alors que le parti a claqué la porte de la commission électorale indépendante qu’il juge «déséquilibrée».

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