Syrie : Paris appelle à l’arrêt des violences contre les Druzes, Israël bombarde le quartier du palais présidentiel à Damas en représailles des violences

La tension monte en Syrie après de violents affrontements confessionnels ayant fait plus de cent morts en quelques jours. La France, Israël, les États-Unis d’Amérique et d’autres acteurs internationaux réagissent à la crise, marquée par une flambée de violences contre la communauté druze et une frappe israélienne inédite sur Damas pour punir la nouvelle dictature islamique syrienne de s’en prendre aux druzes.

Appel urgent de Paris à la désescalade

Dans un communiqué publié ce jeudi 1er mai, le ministère français des Affaires étrangères a exprimé sa « profonde préoccupation » face aux violences meurtrières ciblant la communauté druze en Syrie. Paris appelle « l’ensemble des acteurs syriens et régionaux à l’arrêt des affrontements » et exhorte les autorités syriennes à « rétablir le calme ». La diplomatie française a également mis en garde Israël, demandant à l’État hébreu « de ne pas conduire d’actions unilatérales susceptibles d’aggraver les tensions communautaires en Syrie ».

Une flambée de violence confessionnelle

Ces derniers jours, des combats sanglants ont opposé des milices druzes à des groupes armés affiliés au pouvoir islamiste sunnite du nouveau président syrien, Ahmad al-Chareh, successeur de Bachar al-Assad, renversé en décembre dernier. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) rapporte que les heurts ont commencé lundi soir à Jaramana, à la suite de la diffusion d’un message audio jugé blasphématoire contre le prophète Mohammed et attribué à un Druze.

Les violences se sont étendues mardi à Sahnaya, au sud-ouest de Damas, faisant au total plus de 100 morts, dont 17 personnes tuées à Jaramana, 22 à Sahnaya et 15 dans une embuscade visant un convoi druze. Ces affrontements réveillent le souvenir des massacres de mars dernier, qui avaient coûté la vie à plus de 1 700 personnes, principalement des Alaouites.

Le chef spirituel druze dénonce une “campagne génocidaire”

Face à cette flambée de violence, le cheikh Hikmat al-Hajri, plus haute autorité spirituelle des Druzes en Syrie, a pris la parole jeudi. Dans un message particulièrement dur, il a dénoncé une « campagne génocidaire injustifiée » visant des civils druzes et a appelé à une « intervention immédiate de forces internationales ».

Il a sévèrement accusé le régime d’Ahmad al-Chareh : « Un gouvernement ne tue pas son peuple en recourant à ses propres milices extrémistes, puis, après les massacres, prétend que ce sont des éléments incontrôlés. »

Israël frappe Damas après des menaces de représailles

Dans un contexte explosif, Israël, qui s’est positionné comme protecteur de la communauté druze, a annoncé, aujourd’hui, vendredi 2 mai, avoir mené des frappes aériennes contre le quartier du palais présidentiel à Damas. « Des avions de combat ont frappé les environs du palais », a annoncé l’armée israélienne sur Telegram, précisant que cette attaque visait à envoyer un « message clair au régime syrien ».

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le ministre de la Défense Israël Katz ont déclaré : « Nous ne permettrons pas que des forces syriennes soient dépêchées au sud de Damas ou menacent la communauté druze. »

Condamnations internationales et retour au calme fragile

À Washington, la réaction ne s’est pas fait attendre. Tammy Bruce, porte-parole du département d’État américain, a qualifié les violences contre les Druzes d’« actes répréhensibles et inacceptables », exhortant les autorités syriennes à « tenir les auteurs de violences responsables et assurer la sécurité de tous les Syriens ».

De son côté, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a appelé la communauté internationale à agir : « Je demande à la communauté internationale de protéger les minorités en Syrie – en particulier les Druzes – du régime et de ses bandes terroristes. »

Le Liban voisin, par la voix du leader druze Walid Joumblatt, a accusé Israël d’exploiter la situation : « Israël continue de vouloir morceler la région en entités confessionnelles et étendre le chaos. »

Une crise dans une Syrie en pleine recomposition

Depuis la chute de Bachar al-Assad il y a cinq mois, le nouveau régime d’Ahmad al-Chareh peine à asseoir son autorité sur un pays déchiré par les rivalités communautaires et les luttes de pouvoir. Vendredi dernier, le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, hissait le nouveau drapeau syrien au siège de l’ONU, symbole d’une ère nouvelle qui peine à convaincre.

Les autorités syriennes ont annoncé des accords locaux ayant permis de calmer la situation à Jaramana et Sahnaya, grâce au déploiement de forces de sécurité. Damas affirme son « engagement ferme à protéger toutes les composantes du peuple syrien » et rejette toute « ingérence étrangère », en référence directe à la frappe israélienne.

Mais pour de nombreux Syriens, et notamment les Druzes, la confiance dans le pouvoir central semble irrémédiablement brisée.

Didier Maréchal

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