À 91 ans , Paul Biya, dictateur à vie ayant le titre trompeur de « président de la République » du Cameroun, se fait une cure de jouvence sur les réseaux sociaux à travers des messages d’appel à l’unité qu’il multiplie et lance à ces concitoyens, à cinq mois de la présidentielle.
Au Cameroun, Paul Biya, dictateur au pouvoir depuis 43 ans, s’exprime quotidiennement à travers « X » et « Facebook », en anglais et français sur divers sujets d’intérêt national. À 91 ans, le Chef d’État camerounais signe ainsi un retour virtuelle remarquable, et perçu par plusieurs comme un prélude à sa possible candidature aux prochaines élections prévues dans cinq mois.
Depuis le 1er avril, les publications du Président Paul Biya sur les réseaux sociaux s’enchaînent presque quotidiennement, en français et en anglais. Le chef d’État camerounais, habituellement discret dans les médias a décidément changer de cap, s’exprimant désormais sur des sujets aussi sensibles que l’unité nationale, la cohésion sociale ou la paix.
Il est évident qu’à mesure que le Cameroun s’approche de la célébration de la fête nationale qui sera célébrée ce mardi 20 mai 2025, le Chef d’État s’exprime sur » l’unité nationale », un sujet délicat surtout au moment où le pays est en proie à la prolifération des discours de haine, et fait face à la crise sécuritaire dans les régions anglophones du Nord ouest et du sud ouest depuis fin 2016.
Pour plusieurs observateurs de la scène politique locale, cette orientation de Paul Biya n’est pas anodine. » Les publications du président de la République sur les réseaux sociaux permettent de suivre en permanence l’évolution de l’opinion des compatriotes dans le but de s’adapter à leurs tendances changeantes et de se montrer de plus en plus proche de la jeunesse « , a confié à »Afriksoir », Aboya Manassé, politologue à l’Université de Yaoundé 2. L’universitaire voit dans cette manœuvre une stratégie de contrôle de l’espace médiatique en ligne, possiblement en prélude à une nouvelle candidature du président aux prochaines élections prévues dans cinq mois.
Réalisme politique
Alors qu’il n’a pas encore officialisé sa candidature pour l’élection présidentielle à venir, son recours aux médias sociaux, notamment « X », ne laisse pas les experts indifférents. S’exprimant au micro de RFI au sujet de cette présence virtuelle du numéro un camerounais, Thomas Atenga a affirmé que » Le président Paul Biya sait qu’il y a eu un basculement de l’électorat, surtout jeune, des médias conventionnels classiques vers les médias électroniques. Le réalisme politique impose que tout leader qui se veut perspicace au plan communicationnel s’attache les services des médias sociaux en ligne ».
Une opération qui ne suscite pas l’unanimité
Si certains observateurs y voient une tentative de modernisation, d’autres s’en offusquent dénonçant une manœuvre de communication sans fond. Parmis ces voix critiques, celle d’Alexie Tcheuyap, professeur et doyen de la Faculté des Arts de l’université de Waterloo au Canada. » revenir à « X » permet de redonner vie à un pouvoir moribond et à une monarchie retardataire décidée à user de tous les moyens pour immortaliser un prince déclinant », a-t-il indiqué à un média panafricain, fustigeant au passage un système qui s’appuie sur une » faune médiatique locale mendiante ».
Quelle efficacité ?
Le contraste entre l’effort de modernisation de l’image du président tranche avec la réalité de l’accès au numérique au Cameroun. En début de cette année(2025), seuls 5,45 millions d’habitants sur les 13.73 millions que compte le pays, étaient présents sur les réseaux sociaux, et à peine 0,6% actifs sur la plateforme « X », prisée par la présidence de la république camerounaise. D’ailleurs préviens Thomas Atenga, observateur du paysage médiatique locale » la portée de ces messages reste néanmoins limitée du fait de l’audience elle-même limitée de ce réseau social ».
Si ses adversaires politiques ont depuis longtemps investi le numérique, Paul Biya « candidat statutaire » du RDPC( son parti politique), semble vouloir rattraper le temps perdu, s’appuyant sur une parole soigneusement calibrée et des messages centrées sur l’unité.
Christian Estevez