Le Royaume-Uni a signé jeudi 22 mai un accord transférant à l’île Maurice le contrôle des Îles Chagos. Ces îles, contestées et stratégiques, comprennent Diego Garcia, une base militaire clé.
Un tribunal britannique a annoncé jeudi que le gouvernement britannique pouvait signer l’accord de rétrocession de l’île des Chagos à Maurice. Une signature intervenue à la dernière minute après quelques blocages.
C’est le Premier ministre britannique qui en a fait l’annonce après une décision de justice ouvrant la voie à cet accord. Il a déclaré » il y a quelques instants, j’ai signé un accord pour sécuriser la base commune Royaume-Uni Etats-Unis sur Diego Garcia », ajoutant que « ceci est absolument essentiel pour notre défense et notre renseignement et donc pour la sécurité du peuple britannique ».
Réagissant à cette signature, le premier ministre mauricien, Navin Rangoolan, a salué « une grande victoire », estimant que l’île a ainsi « complété le procès de décolonisation qui a commencé avec l’accession de l’île à l’indépendance en 1968 ».
Cet accord prévoit que le Royaume-Uni dispose d’un bail de 99 ans sur Diego Garcia avec une option de prolongation moyennant le paiement annuel de 101 millions de livres(120 millions d’euros) au total.
Cependant tout n’a pas été facile, en cause, un blocage de dernière minute survenu avant la signature de l’accord. Une juge britannique a imposé une injonction empêchant le gouvernement britannique de finaliser le transfert. La plainte a été déposée par deux femmes chagosiennes (Bertrice Pompe et Bernadette Dugasse) qui contestent la légalité de l’accord. Elles dénoncent une perte de droits et craignent qu’il devienne impossible pour les habitants de revenir. Mais pour le premier ministre britannique, il n’y avait pas d’autre option possible, « cet accord était le seul moyen de maintenir la base à long terme », a-t-il martelé après sa signature.
Déboutée de sa demande, Béatrice Pompe a déclaré à l’issue du jugement, » aujourd’hui est un jour triste ». Selon elle, cet accord « compromet » les droits limités dont elle jouit actuellement, dont la garantie de pouvoir aller à Maurice sans encombre. Une cinquantaine de membres chagosiennes s’étaient aussi rassemblés devant la Haute Cour de Londres pour protester contre l’accord. Un sentiment partagé également par la cheffe de l’opération conservatrice Kemi Badenoch qui a qualifié l’accord » d’acte d’auto-mutilation » qui va exposer( le Royaume-Uni) à la Chine et ignore la volonté du peuple chagossien ».
La finalisation de cet accord a été ralentie par l’arrivée de Donald Trump à la maison Blanche et un changement de premier ministre à Maurice. Critiqué dans un premier temps par l’administration Trump au motif qu’il favorisait la Chine, ce n’est qu’en début avril que le président des EUA a annoncé l’approuver. Le secrétaire d’État états-unien, Marco Rubio a d’ailleurs salué sur « X » un accord qui « assure une exploitation à long terme, stable, et efficace » de la base de Diego Garcia « essentielle pour la sécurité régionale et mondiale ».
L’accord met fin à un litige vieux d’un demi-siècle. Lorsque Maurice accède à l’indépendance en 1968, Londres garde le contrôle de l’Archipel des Chagos. Environ 2 000 habitants de l’archipel ont été ensuite expulsés, notamment de Diego Garcia, devenue rapidement une base militaire stratégique. En 2019, la Cour internationale de Justice avait estimé que le Royaume-Uni devait restituer les Îles à Maurice, une décision appuyée en son temps par l’Assemblée générale de l’ONU.