C’est une chemise qui habille mal et l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire en a pris la pleine ampleur, lui qui a été photographié lors d’une cérémonie officielle portant une chemisé floquée à l’effigie de Dominique Ouattara l’épouse du président ivoirien Alassane Ouattara. Un geste dénoncé par le PPA-CI de l’opposant Laurent Gbagbo dont la candidature aux présidentielles est fortement mis en cause et qui s’interroge » si la France a déjà choisi son candidat pour la présidentielle 2025″?
Les autorités françaises se seraient bien passées de cette nouvelle polémique. Elles qui sont déjà suspectées de soutenir l’actuel président Alassane Ouattara pour un autre mandat à la tête de la Côte d’Ivoire. Alors que le devoir de réserve s’applique à tout diplomate, Jacques Christophe Belliard, ambassadeur de France en Côte d’Ivoire est apparu dans une manifestation officielle dans le nord du pays, portant une chemise à l’effigie de Dominique Ouattara, épouse du Chef d’État ivoirien.
Sur le pagne outre l’effigie de la première dame ivoirienne, on peut également lire ce message » Merci Maman Dominique Ouattara ». Le 31 mai dernier, Dominique Ouattara a inauguré le lycée d’excellence de jeunes filles de Sinématiali, dans le nord du pays. Parmi les officiels, l’ambassadeur Jean-Christophe Belliard.
Pour le PPA-CI, pas de doute, cette image est le signe du soutien de la France au camp du président Alassane Ouattara, pour les présidentielles à venir. « Vous avez l’ambassadeur de France qui se drape dans un pagne à l’effigie de l’épouse du président du RHDP, à savoir M. Alassane Ouattara. Ce n’est pas rien ! […] Toute action va donner lieu à une interprétation politique. Nous sommes en Côte d’Ivoire, un pays qui a une histoire douloureuse avec le processus électoral […] pour le PPA-CI, un diplomate ne devrait jamais faire ça », a déclaré Habiba Touré.
Pour l’heure la chancellerie française a indiqué que l’ambassadeur ne souhaite pas réagi, arguant néanmoins, l’entretien entre Monsieur Jean Christophe Belliard et Laurent Gbagbo président du PPA-CI. Une rencontre organisée chez l’ancien président en novembre dernier et « cordiale » selon les témoins.
De son côté la communication de la fondation de Dominique Ouattara a expliqué que le pagne était un cadeau des villageois de la localité de Sinématiali, ajoutant au passage que » la fondation fait dans le caritatif, elle ne fait pas de politique ».
Des signes qui ne trompent peut être pas
Il va falloir des arguments solides s’il est possible d’en trouver, pour faire retomber une polémique politique qui vient renforcer des suspicions de soutien acté de Paris en faveur du régime d’Abidjan. Les relations entre Ouattara et la France échappent à l’ordre de l’institutionnel, trouvant leur fondement dans un giron clientéliste nourri et entretenu depuis son élection, plutôt « son installation » au Palais de la Lagune par le pouvoir de Paris en 2010.
Les nombreux changements survenus à l’Elysée n’ont fait que renforcer ce paternalisme outrancier sur lequel Alassane Ouattara, 83 ans surfe aisément. « ADO »(initiale de Alassane Dramane Ouattara) n’a jusqu’ici essuyé aucune invective des autorités françaises en dépit de ses efforts pour demeurer au pouvoir. Ni sanctions encore moins critiques de la part de ceux qui sont partis ou d’Emmanuel Macron, actuellement au pouvoir.
La dernière trouvaille du natif de Dimbokro dans le nord du pays, pour mieux s’ouvrir le chemin d’un nouveau mandat à la tête de la Côte d’Ivoire est passée comme lettre à la poste. Sous les carreaux, Laurent Gbagbo, sur qui la communauté internationale, instrumentalisée par la France avait fait pression lorsqu’il était aux affaires, pour réhabiliter Alassane Ouattara, afin qu’il soit éligible aux élections présidentielles de 2010. Autres victimes de la méthode « ADO », Charles Blé Goude, Tidjane Thiam et Guillaume Soro, dont les desseins différents s’entremêlent malheureusement: ne pas être éligible pour les prochaines présidentielles de 2025.
L’activisme des chancelleries occidentales et notamment française s’est mué en mutisme complice et désolant, depuis cette décision de la Commission électorale indépendante ivoirienne d’exclure ces quatre mousquetaires de la liste des électeurs. Les manoeuvres des recalées peinent jusqu’ici à trouver l’écho tant sur le continent africain qu’en dehors. Pendant ce temps, sur le perron de l’Elysée, Alassane Ouattara est toujours la bienvenue et les discussions sous les lambris feutrés du palais présidentiel français, n’augurent pas d’un lendemain meilleur pour la démocratie ivoirienne.