Élections locales en Serbie: pouvoir et opposition revendiquent la victoire dans un scrutin sous haute tension

Les Serbes ont voté dimanche 8 juin lors de municipales partielles dans deux communes en Serbie, depuis la chute d’un auvent de béton dans la gare de Novi Sad en novembre 2024, qui avait tué seize personnes. Ce scrutin a valeur de test, aussi bien pour les mouvements étudiant anti-corruption que pour le président serbe Aleksandar Vucic.

À l’issue des deux scrutins municipaux organisés dimanche 8 juin dans une ambiance très tendue, aussi bien l’opposition que le camp gouvernemental ont déclaré victoire cristallisant une tension déjà présente dans le pays.

Affirmant s’appuyer sur des « registres » officiels de la commission électorale de Kosjeric, petite ville de 10 000 habitants dans l’ouest du pays, le président serbe a déclaré que son parti SNS (droite nationaliste) avait remporté 3 686 voix, soit un peu plus de 50%, contre 49,3% pour la liste citoyenne « Unis pour Kosjeric », soutenue par le mouvement étudiant,fer de lance des manifestations. « Nous avons gagné, parce que le peuple a choisi l’État, parce que le peuple a dit : « Vous ne détruirez pas la Serbie » », a ajouté Aleksandra Vucic lors d’une conférence de presse à Belgrade, accusant ensuite les manifestants d’être payés et de vouloir le renverser, ce qu’il répète régulièrement.

Il a aussi salué la participation, de 84% contre 73% lors du dernier scrutin en 2021, selon les chiffres qu’il a donnés. Les habitants de Zajecar, localité d’environ 40 000 habitants, étaient aussi appelés à voter. Là, le SNS a remporté, toujours selon le président, 48% des voix, contre près de 38% pour une liste d’opposition.

Quelques heures plus tôt à Kosjeric, aussitôt après la fermeture des bureaux de vote, les partisans de la liste d’opposition avaient pourtant revendiqué la victoire. « La victoire a commencé. Que toute la Serbie célèbre », a lancé à la foule Slavica Pantovic, tête de liste « Unis pour Kosjeric », sans attendre l’annonce officielle de la commission électorale. « Nous ne doutons pas du tout de la victoire et personne ne peut nous en priver », a-t-elle réagi après le discours du président, ajoutant que le scrutin devrait être annulé dans certains bureaux de vote à cause d’« irrégularités ».

Les contestataires espèrent des élections nationales

Depuis l’effondrement de l’auvent en béton de la gare de Novi Sad le 1er novembre 2024, qui a coûté la vie à 16 personnes, dont deux enfants, un vaste mouvement de contestation s’est emparé de la Serbie, dont les étudiants ont pris la tête. Chaque jour ou presque, des manifestants à travers le pays se rassemblent pour demander une véritable enquête sur ce drame qu’ils imputent à la corruption et pour exiger l’arrestation des responsables. Les contestataires réclament aussi désormais des élections nationales anticipées.

Les étudiants espèrent faire de Kosjeric un exemple, en s’appuyant sur l’histoire de la ville qui a été, en 1992, l’une des premières à voter pour l’opposition au président de l’époque, Slobodan Milošević. En face, Aleksandar Vučić, à la tête du pays comme Premier ministre, puis président depuis plus de 10 ans, est « certain » de la victoire de son parti.

Le président accuse depuis des mois les manifestants de vouloir orchestrer un « coup d’État » piloté depuis l’étranger. Il souffle le chaud et le froid sur de possibles élections, affirmant un jour qu’elles pourraient avoir lieu « bientôt », refusant le lendemain de donner une date.

Des incidents durant la campagne

L’ONG CRTA, proche des contestataires, a enregistré de nombreux incidents durant les campagnes électorales dans ces deux villes. Les pratiques « normalisées » d’achat de voix, de propagande se sont étendues à des violences verbales et physiques contre des militants de l’opposition, des journalistes et des citoyens de Zajecar et Kosjeric. De nombreux groupes de la société civile ont appelé à une mobilisation citoyenne d’ampleur pour empêcher les manipulations électorales et les intimidations des électeurs.

Aux dernières élections parlementaires de décembre 2023, le parti présidentiel n’avait réalisé que 48 % des voix à Kosjeric. Dans un discours à la nation le 3 juin, le président Aleksandar Vučić s’est montré confiant : « Je pense que cela sera davantage » ce dimanche, avait-il déclaré.

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