Argentine : la condamnation de l’ex-présidente Cristina Kirchner met fin à sa carrière politique

La Cour suprême argentine a confirmé mardi la condamnation de l’ex-présidente péroniste Cristina Kirchner à une peine de six ans de prison et d’inéligibilité à vie pour fraude pendant sa présidence, un jugement retentissant contre une figure dominante de la vie politique argentine depuis 20 ans. Celle-ci dénonce une « guérilla » judiciaire et « une sentence écrite d’avance ».

La Cour suprême d’Argentine a confirmé, mardi 10 juin, la condamnation de la dirigeante Cristina Kirchner à une peine de six ans de prison et d’inéligibilité à vie. Dans une décision unanime, la plus haute instance judiciaire du pays a validé la décision de la Cour fédérale de cassation, qui avait condamné l’ancienne présidente (2007-2015) pour le délit d’« administration publique frauduleuse ».

Cris de rage, larmes et gémissements : rassemblée devant le siège du Parti péroniste, à Buenos Aires, la foule vient d’apprendre la confirmation de la Cour suprême argentine tombée «comme un coup de tonnerre» mardi 10 juin en fin d’après-midi. Cristina Fernández de Kirchner, principale figure de l’opposition à Javier Milei, ancienne présidente de 2007 à 2015 et actuelle présidente du parti, devra bien purger en peine de prison de six ans et sera inéligible à vie, avec interdiction d’exercer toute charge publique.

Avant l’annonce de la décision, plusieurs autoroutes aux abords de la capitale étaient coupées par des manifestations d’organisations sociales et de syndicats mobilisés en attendant la nouvelle. Clameur et bronca à l’énoncé du jugement. Des protestations auxquelles s’est ajouté un concert de klaxons dans toute la ville, dont on ne sait trop s’ils condamnent ou appuient la décision.

La sentence était écrite à l’avance »

L’ex-présidente, niant toute malversation, n’a eu de cesse dans la procédure de dénoncer une « persécution politico-judiciaire » pour la « bannir » de la politique. « Ils me veulent soit prisonnière, soit morte », a-t-elle lancé à maintes reprises en référence à l’attentat auquel elle réchappa en 2022. « La sentence était écrite à l’avance », a-t-elle réaffirmé, l’air nullement abattue, mardi soir à plusieurs centaines de personnes venues exprimer leur soutien devant le siège du Parti justicialiste (péroniste) à Buenos Aires.

Traitant les juges de « trio de marionnettes répondant à des ordres bien au-dessus d’eux, le pouvoir économique de l’Argentine », Cristina Kirchner a estimé que face à un tel pouvoir, « être prisonnière est un certificat de dignité politique, personnel, et historique ». « Justice. Fin », a commenté pour sa part le président Javier Milel  sur son compte « X ».

Ces derniers jours, plusieurs syndicats n’ont pas exclu une grève en cas de sentence confirmée. Et la CGT, la plus grande centrale – qui a déjà convoqué trois grèves générales en 18 mois de présidence Milei –, a alerté sur « la démocratie en danger ». Cristina Kirchner en prison, ou assignée à résidence : le symbole est un séisme politique, s’agissant de la figure omniprésente de la gauche argentine depuis deux décennies, successivement première dame, cheffe d’État et vice-présidente (2019-2023).

Son âge, 72 ans, devrait éviter à Cristina Kirchner l’incarcération, au bénéfice d’une assignation à résidence. Elle a cinq jours ouvrables pour se présenter en vue de l’exécution de sa peine.

Crépuscule politique pour autant ? Condamnée, se poser en victime, pourrait la voir garder son influence sur l’opposition, dont elle reste la personnalité la plus populaire, estime l’analyste politique Rosendo Fraga. « Il sera difficile à un péroniste de se dresser face à elle ».

Mais son étoile a pâli. Si elle revendique le soutien d’un noyau dur, la clivante politicienne suscite un rejet bien plus large: 24% « de bonne ou très bonne opinion », contre 66% de « mauvaise ou très mauvaise », selon le baromètre bimestriel de l’Université de San Andres.

« Cristina a aujourd’hui un leadership limité, ce n’est plus la Cristina de 2019 », considère l’historien politique Sergio Berensztein. Qui voit deux hypothèses : « une influence même depuis une détention à domicile », ou au contraire « une espèce de lente mort » politique

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