Meutre devant un collège en France: une alerte d’une jeunesse de plus en plus violente envers ses professeurs et encadreurs? Quelles mesures d’urgence pour en sortir

Un élève suspecté d’avoir poignardé une assistante d’éducation devant un collège de Haute-Marne a été arrêté, ce mardi 10 juin au matin. La victime a succombé à ses blessures. Aucun mobile n’a pour le moment été défini, le passage à l’acte étant d’autant plus sidérant que le collégien n’avait aucun antécédent judiciaire. Un drame qui met en lumière une jeunesse scolaire de plus en plus violente envers ses formateurs et la nécessité de protéger l’école.

La mort d’une surveillante, poignardée, mardi 10 juin, par un élève de 14 ans lors d’un contrôle des sacs devant un collège à Nogent (Haute-Marne), a suscité une émotion immense dans les sphères éducatives et politiques. Le président Emmanuel Macron a évoqué « un déferlement de violence insensé » et le Premier ministre  François Bayrou a souhaité que le gouvernement travaille à « l’expérimentation » de portiques de sécurité à l’entrée des établissements scolaires. Il a également assuré que le gouvernement allait interdire « tout de suite » la vente aux mineurs de « tout couteau qui peut constituer une arme« .

Que s’est-il passé?

Les faits se sont déroulés mardi 10 juin matin, devant le collège Françoise Dolto de Nogent, en Haute-Marne. Un contrôle de sac, avant l’entrée des élèves dans l’établissement, a viré au drame. Le collégien, auteur des faits, a été arrêté après avoir « blessé grièvement une assistante d’éducation » de 31 ans avec un couteau, a indiqué la préfecture en début de matinée. La surveillante, ancienne coiffeuse qui travaillait au collège depuis septembre, était mère d’un petit garçon, selon Aurore, l’une de ses cousines, elle a succombé à ses blessures. Un policier qui participait au contrôle des sacs a été légèrement blessé lors de l’arrestation de l’élève, a indiqué le service de gendarmerie.

Que sait-on du suspect ?

Inconnu des services de police, le suspect est âgé de 14 ans, selon une source proche du dossier. Il a été placé en garde à vue à la gendarmerie de Nogent, a précisé la préfecture. Outre la violence des faits, le profil de l’élève sidère ses camarades et professeurs. L’auteur présumé des faits est un collégien de 14 ans, inscrit à Françoise-Dolto. Il ne possède aucun antécédent judiciaire, selon le procureur de la République. Au quotidien, le jeune homme «ne présentait pas de difficultés particulières», ajoute Elisabeth Borne. Questionnée sur le profil de l’élève, elle précise qu’il vient d’une famille «dont les deux parents travaillent».

La France et le problème de violence des mineurs ?

Pas autant qu’on le croit, les chiffres globaux de la délinquance des mineurs en France vont à rebours de ceux qui vous parlent d’ensauvagement généralisé ou d’un pays à feu et à sang. En 7 ans, cette délinquance a baissé de 25 % . 65 000 mineurs poursuivis par la justice en 2016. 48 000 en 2023. Avec un recul presque similaire des condamnés, ainsi que des mis en cause par la police et la gendarmerie. En revanche, les actes les plus violents ont bondi. Le nombre d’adolescents poursuivis pour meurtre ou tentative d’homicide, a plus que doublé : 108 en 2016. 255 en 2023. Narcotrafic et règlements de comptes. Cela reste à la fois très minoritaire et très médiatisé.

La réalité en milieu scolaire ?

Pas de chiffre, les statistiques manquent mais les crimes restent rarissimes. Mais la série donne à réfléchir. Février 2023, Agnès Lasalle, professeur d’espagnol à Saint-Jean-de-Luz est poignardé dans sa classe par un élève qui dit entendre « une petite voix ». Avril 2025, dans un lycée privé de Nantes, une adolescente de 15 ans est massacrée de 57 coups de couteau par un garçon de 16 ans, « fasciné par Hitler », selon le procureur, et en proie à des « tendances suicidaires ». Juin 2025 à Nogent. Un élève de 14 ans sort du rang pour se jeter sur une assistante d’éducation, sans raison apparente. « Il avait des comportements bizarres » a dit une ex-camarade de classe.

Voilà donc ce que pourrait faire les politiques : prendre enfin à bras le corps le sujet de la santé mentale des jeunes, pour laquelle les alertes se multiplient et miser sur la prévention. Il s’agit aussi d’arrêter de faire croire qu’il est possible de tout contrôler et de tout empêcher. Car les gendarmes étaient sur place et c’est justement lors d’un contrôle qui visait à trouver des couteaux, que la victime a été tuée. Installer des portiques à l’entrée des établissements est peut être moins efficace car c’est au dehors que les coups de couteau ont eu lieu et vidéosurveillance ? Elle n’aurait été, ici, d’aucune utilité. Pas assez d’attention portée aux jeunes depuis les quartiers ? Non sens car Nogent n’a rien d’une cité sensible, c’est une ville de moins de 5.000 habitants, où d’après le maire, il fait bon vivre et tout le monde se connait en plus.

L’écart entre les mesures gouvernementale et la réalité dans les établissements est assez patente. De l’avis de plusieurs acteurs de l’éducation nationale, la mise en place des fouilles » devant les établissements par le gouvernement depuis mars « a largement aggravé » la situation a indiqué un responsable vie scolaire pour le syndicat CGT Educ’action à l’AFP « Elles accentuent les tensions » et « les directions pressent les AED [assistants d’éducation, surveillants, NDLR] à participer à la fouille, ce qui n’est pas dans leurs missions ». Entre le 26 mars et le 23 mai, 6000 contrôles en France ont entraîné la saisie de 186 couteaux, et 587 conseils de discipline ont eu lieu au total pour détention de couteaux, selon le ministère de l’Éducation nationale

Les opposants politiques au gouvernement ont aussi réagi dès mardi soir, notamment la cheffe de file de l’extrême droite Marine Le Pen qui a réclamé que les élèves surpris avec un couteau ne soient pas uniquement convoqués devant un conseil de discipline, mais « tout de suite [devant] le tribunal ». Le dirigeant du parti de gauche radicale La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a de son côté appelé à « veiller à la santé mentale » des jeunes, en particulier des garçons, qui « s’enfoncent » dans la violence.

Les actions annoncées par les autorités.

Le premier ministre François Bayrou a promis d’interdire « tout de suite » la vente aux mineurs de tous les couteaux, en direct à la télévision mardi soir. Il a également annoncé le contrôle de l’âge de celui qui recevra le colis. Dans le même temps sur une autre chaîne, le président français, Emmanuel Macron a assuré qu’« un jeune de quinze ans ne pourra plus acheter un couteau sur l’internet ».

Outre l’interdiction de la vente de couteaux, le premier ministre a souhaité que le gouvernement travaille à « l’expérimentation » de portiques de détection d’armes à l’entrée des établissements scolaires, une piste jugée irréaliste par de nombreux professionnels de l’éducation, et dont son ministre de l’Intérieur a relativisé mardi l’efficacité. Emmanuel Macron a également affirmé mardi que la France interdira les réseaux sociaux aux enfants de moins de quinze ans si, d’ici « quelques mois », cela n’est pas fait au niveau européen.

Un point presse est prévu mercredi à 17 heures pour apporter davantage d’informations sur l’avancée de l’enquête, a indiqué le procureur de la République de Chaumont, Denis Devallois. D’après les médias locaux, elle a été confiée aux gendarmes des brigades de recherche de Chaumont et de Reims.

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