Tensions géopolitiques : Putin se dit prêt à faire face au réarmement de l’Otan, Macron appelle à aller beaucoup plus loin dans les sanctions contre la Russie, Trump sceptique

À quelques jours d’un sommet décisif de l’Otan prévu les 24 et 25 juin à La Haye, les grandes puissances occidentales affichent des positions contrastées face à la Russie. Alors que Vladimir Putin affirme que la Russie est « prête à faire face au réarmement de l’Otan », Emmanuel Macron appelle à renforcer les sanctions économiques contre Moscou. Le président états-unien Donald Trump, de son côté, mise sur le dialogue et exprime son scepticisme quant à l’efficacité de ces nouvelles mesures coercitives.

Poutine assure que la Russie ne craint pas l’Otan

Lors d’un échange à Saint-Pétersbourg avec des journalistes internationaux, dont des représentants de l’AFP, le président russe Vladimir Poutine a minimisé les risques posés par l’intensification de l’effort militaire des membres de l’Otan.

« Nous ne considérons aucun réarmement de l’Otan comme une menace pour la Fédération de Russie, car nous sommes autosuffisants en matière de sécurité », a-t-il affirmé.

Tout en reconnaissant que ces évolutions pourraient poser des « défis spécifiques », Poutine a insisté sur la capacité de Moscou à y répondre. Il a réitéré que la Russie poursuivait une modernisation constante de ses forces armées, mais a également souligné que les intentions russes n’étaient pas agressives à l’égard des pays membres de l’alliance.

Cette déclaration intervient alors que plusieurs États membres de l’Otan, notamment les pays baltes et la Pologne, expriment des inquiétudes croissantes quant aux intentions du Kremlin. Le chef du renseignement allemand a récemment affirmé que la Russie pourrait viser le flanc oriental de l’Alliance, tandis que le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a alerté sur la montée en puissance de l’industrie militaire russe, capable selon lui de rendre Moscou opérationnellement prêt à confronter l’Otan d’ici cinq ans.

L’un des enjeux majeurs du sommet de La Haye sera l’approbation d’un objectif commun de dépenses militaires : 5 % du PIB pour chaque État membre. Une exigence soutenue par Donald Trump, qui a plusieurs fois reproché aux Européens leur « dépendance » à la protection américaine.

Macron appelle à un durcissement des sanctions, Trump freine

Depuis le sommet du G7 organisé au Canada, Emmanuel Macron a plaidé pour un renforcement significatif des sanctions économiques à l’égard de Moscou. Le président français appelle les alliés à adopter des mesures « beaucoup plus fortes » si la Russie refuse de répondre à la proposition d’un cessez-le-feu sans conditions — proposition que l’Ukraine dit déjà avoir acceptée.

« La force est le seul langage que la Russie va comprendre », a martelé de son côté Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.

Elle propose notamment d’abaisser le plafond du prix de vente du pétrole russe de 60 à 45 dollars le baril, une mesure visant à assécher davantage les revenus énergétiques de Moscou.

Mais les ambitions européennes se heurtent à la prudence des États-Unis. Donald Trump, de retour au pouvoir depuis janvier, privilégie un dialogue direct avec Vladimir Poutine, estimant qu’une issue diplomatique à la guerre est encore possible. Le président américain a fait part de ses doutes quant à l’efficacité des sanctions économiques, évoquant leur impact limité sur le comportement du Kremlin et leurs retombées économiques sur les pays occidentaux.

L’Union européenne prépare un 18e paquet de sanctions

En dépit des divisions transatlantiques, la Commission européenne finalise un 18e train de sanctions contre la Russie. Ce nouveau paquet comprend plusieurs mesures fortes :
• L’ajout de 70 navires pétroliers dits “fantômes” à la liste noire de l’UE.
• L’exclusion de 22 banques russes supplémentaires du système Swift.
• Des sanctions contre des entreprises, y compris chinoises, accusées d’aider Moscou à contourner les restrictions existantes.
• Un nouveau volet visant le gazoduc Nord Stream, actuellement à l’arrêt, pour empêcher toute tentative de remise en service.

Ce plan doit encore être adopté à l’unanimité des 27 États membres. Toutefois, la Hongrie et la Slovaquie ont déjà émis des réserves, ce qui pourrait freiner son adoption rapide.

Une fracture croissante entre Européens et Américains

Le différend entre les capitales européennes et Washington illustre les tensions croissantes au sein du camp occidental quant à la stratégie à adopter face à la Russie. Là où l’Europe semble déterminée à renforcer la pression économique, Donald Trump adopte une ligne plus pragmatique et moins offensive, misant sur la négociation.

À l’approche du sommet de l’Otan, cette divergence stratégique pose la question de la cohérence de la réponse occidentale au conflit en Ukraine, alors que le risque d’un affrontement plus direct entre Moscou et l’Otan semble, selon certains experts, plus élevé que jamais.

Prochain rendez-vous clé : le sommet de l’Otan des 24 et 25 juin, qui devrait non seulement trancher sur les niveaux de dépenses militaires, mais aussi tester la capacité des alliés à parler d’une seule voix face à la Russie.

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