L’Égypte renforce sa présence militaire dans le Sinaï, Israël exprime ses inquiétudes

Les rumeurs circulaient depuis plusieurs semaines, elles sont désormais confirmées : l’Égypte a officiellement reconnu le déploiement de troupes supplémentaires dans la péninsule du Sinaï. Ce renforcement militaire, annoncé ce week-end, est présenté par Le Caire comme une réponse aux « actes terroristes » et aux « opérations de contrebande » dans cette zone stratégique, frontalière avec Israël.

Une zone sensible au cœur des accords de paix

Ce déploiement inhabituel attire l’attention d’Israël. Selon le site américain Axios, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a demandé au président américain Donald Trump d’exercer des pressions sur l’Égypte afin de limiter ces mouvements militaires.

La question est particulièrement sensible : en vertu du traité de paix de 1979, la péninsule du Sinaï a été démilitarisée et divisée en quatre zones (A, B, C, D). L’armée égyptienne n’y dispose que de capacités limitées, avec la présence d’une division mécanisée en zone A, de forces de sécurité allégées en zone B et de la force multinationale MFO, qui patrouille en zone C aux côtés de la police civile. Tout changement doit être préalablement approuvé par Israël.

Des ajustements temporaires avaient été négociés par le passé, notamment après les révolutions arabes, afin de permettre à l’Égypte de lutter contre l’insurrection islamiste dans le Sinaï. Mais l’ampleur du déploiement actuel reste inédite.

Contexte régional tendu

Cette montée en puissance militaire intervient alors qu’Israël est engagé simultanément sur plusieurs fronts :
• Gaza, où les combats se poursuivent depuis les attaques du Hamas du 7 octobre,
• le Liban, cible régulière de frappes israéliennes,
• et la Syrie, où Israël mène des opérations contre des positions iraniennes.

Le Caire, de son côté, redoute un afflux massif de réfugiés en provenance de Gaza, notamment via le point de passage de Rafah, désormais sous contrôle israélien. Le précédent de 2008, lorsque le mur frontalier s’était effondré et qu’une partie de la population de Gaza s’était déplacée vers l’Égypte, reste présent dans les esprits.

Les autorités égyptiennes craignent que des combattants du Hamas puissent se mêler à ces flux de population et renforcer les rangs de « Province du Sinaï », le groupe djihadiste local affilié à l’État islamique depuis 2014.

Tensions diplomatiques autour de Gaza

Début septembre, Benyamin Netanyahou avait accusé l’Égypte de « retenir de force les habitants de Gaza » souhaitant fuir les combats. La réponse du ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a été ferme :

« Le déplacement n’est pas une option et c’est une ligne rouge pour l’Égypte. […] Le déplacement signifie la liquidation et la fin de la cause palestinienne. »

L’Égypte et la Jordanie – deux premiers pays arabes à avoir signé la paix avec Israël – rejettent toute mesure d’expulsion, de colonisation ou de transfert de population qu’ils considèrent comme une « atteinte aux droits inaliénables » des Palestiniens.

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