La province de Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique, connaît une nouvelle flambée de violence d’une brutalité extrême. Décapitations, villages incendiés, églises réduites en cendres : les insurgés islamistes affiliés à Daesh multiplient les attaques contre les populations chrétiennes, provoquant l’exode de plus de 22 000 personnes en une seule semaine.
Une vague d’horreur et d’exode massif
Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), cette explosion de violence a plongé la région dans une crise humanitaire sans précédent. Près de 1,3 million de personnes ont déjà été déplacées depuis le début du conflit en 2017, dont plus de 100 000 rien qu’en 2025.
« Ce à quoi nous avons assisté au cours des deux dernières semaines est une souffrance humaine extraordinaire. Les civils ne sont plus des victimes collatérales : ils sont désormais directement pris pour cible », a déploré Xavier Creach, représentant du HCR au Mozambique, depuis Pemba, capitale provinciale de Cabo Delgado.
Le responsable a souligné que cette récente recrudescence de la violence marque un tournant dans le nord du Mozambique, où les 17 districts sont désormais touchés.
Daesh multiplie les attaques contre les civils
Les insurgés, localement connus sous le nom d’Al-Shabaab, ont lancé de nouvelles offensives en septembre, notamment contre la ville portuaire stratégique de Mocimboa da Praia. Ces attaques se sont accompagnées de combats contre l’armée, mais aussi d’exécutions sommaires et de décapitations de civils.
D’après le Middle East Media Research Institute (Memri), plusieurs villages ont été attaqués et incendiés, les insurgés publiant eux-mêmes des images montrant des habitants exécutés à bout portant et des églises en flammes.
Le HCR estime que plus de 500 affrontements ont déjà été recensés depuis le début de l’année, avec des enlèvements, meurtres, pillages et recrutements forcés. Les femmes et les enfants sont particulièrement exposés : les premières victimes de violences sexuelles, les seconds menacés d’enrôlement forcé.
Une « crise invisible » et un système humanitaire à bout
Le représentant du HCR évoque une « crise invisible », passée sous les radars de la communauté internationale.
« Après des années d’incertitude, les familles atteignent leurs limites : certaines restent malgré le danger, d’autres fuient à nouveau sans espoir de retour », explique Xavier Creach.
La situation humanitaire se dégrade rapidement. Près de 60% des établissements de santé dans les districts touchés ont cessé de fonctionner, victimes de pillages, de départs massifs du personnel et d’un manque criant de médicaments.
Le plan d’intervention sanitaire du Mozambique n’est financé qu’à 11%, tandis que le HCR n’a reçu que 66 millions de dollars sur les 352 millions nécessaires pour ses opérations dans le pays.
Un appel urgent à la communauté internationale
Face à l’ampleur du drame, 22 organisations humanitaires ont été contraintes de suspendre leurs activités à Cabo Delgado cette année, aggravant encore la détresse des populations locales.
Le HCR et ses partenaires appellent à une mobilisation internationale immédiate pour éviter une catastrophe humanitaire majeure. L’arrivée prochaine de la saison des pluies pourrait encore accentuer les risques de maladies, d’épidémies et de famine dans les camps de déplacés.
« Nous sommes vraiment en difficulté. Les civils sont piégés entre la peur, la faim et la violence. Cette crise est en train d’échapper à tout contrôle », alerte Xavier Creach.
Une guerre oubliée qui s’enracine
Depuis huit ans, la province de Cabo Delgado, riche en gaz naturel, reste le théâtre d’une insurrection islamiste que le gouvernement mozambicain, malgré le soutien militaire du Rwanda et de la SADC, peine à contenir.
Entre violences ciblées contre les chrétiens, déplacements massifs et défaillance humanitaire, la région s’enfonce un peu plus dans le chaos, dans l’indifférence presque totale du reste du monde.