Le Pakistan et l’Afghanistan s’accordent sur un cessez-le-feu après une semaine d’affrontements meurtriers

Après près d’une semaine d’affrontements intenses le long de leur frontière commune, le Pakistan et l’Afghanistan ont convenu, mercredi soir, d’un cessez-le-feu de 48 heures, alors que les combats avaient déjà fait plusieurs dizaines de morts. Cette trêve fragile intervient dans un contexte d’escalade militaire et diplomatique sans précédent entre les deux voisins, sur fond d’accusations réciproques et de rivalités régionales croissantes.

Une semaine d’escalade sanglante

Les tensions entre Kaboul et Islamabad se sont brutalement aggravées depuis le 9 octobre, date à laquelle des explosions ont été entendues à Kaboul. Le lendemain, le ministère taliban de la Défense accusait le Pakistan d’avoir violé la souveraineté territoriale de l’Afghanistan — une première, tant les frappes pakistanaises avaient pénétré profondément sur le territoire afghan.

Islamabad n’a jamais confirmé être à l’origine de ces bombardements, mais peu de doutes subsistent : selon plusieurs sources, les attaques visaient des positions du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), un groupe armé islamiste responsable de nombreuses attaques meurtrières contre les forces pakistanaises.

« Pendant cette période [de cessez-le-feu], les deux parties s’efforceront sincèrement de trouver une solution positive à ce problème complexe, mais résoluble, par un dialogue constructif », a déclaré la diplomatie pakistanaise dans un communiqué.

Avant l’annonce de la trêve, les combats de mercredi avaient encore fait au moins 30 morts, chaque camp s’accusant mutuellement d’avoir initié de nouvelles attaques nocturnes. Islamabad a reconnu avoir procédé à des « frappes de précision » sur le territoire afghan, tandis que les autorités de Kaboul dénonçaient une agression injustifiée.

Un conflit enraciné dans la lutte contre les talibans pakistanais

Depuis plusieurs mois, le Pakistan accuse l’Afghanistan d’abriter et de protéger les membres du TTP, un groupe terroriste considéré comme la principale menace intérieure du pays. Basé historiquement dans les zones tribales du nord-ouest pakistanais, le TTP aurait trouvé un refuge sûr en Afghanistan depuis la prise de pouvoir des talibans à Kaboul en 2021.

En 2024, les affrontements entre l’armée pakistanaise et le TTP ont fait 1 600 morts, un bilan sans précédent depuis dix ans.
Le Pakistan reproche aux autorités talibanes afghanes de soutenir activement le TTP, notamment en lui offrant des bases logistiques et des armes.

« Nous devons sévir contre ceux qui les aident, que leurs cachettes se trouvent sur notre sol ou sur le sol afghan », avait averti le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, devant le Parlement, la veille des frappes sur Kaboul.

Un rapport du Conseil de sécurité de l’ONU, publié en début d’année, a confirmé que le TTP avait « sans doute été le groupe extrémiste étranger en Afghanistan qui a le plus profité du retour au pouvoir des talibans », ces derniers ayant « accueilli et activement soutenu » le mouvement.

Des représailles et un lourd bilan humain

Les frappes pakistanaises sur Kaboul ont provoqué une réaction immédiate de l’armée talibane, qui a revendiqué des représailles le long de la frontière. Les échanges de tirs à l’arme légère et d’artillerie ont causé des pertes importantes :
• 23 morts côté pakistanais,
• près de 200 victimes recensées du côté afghan, selon des bilans encore provisoires.

Cette spirale de violence a renforcé la méfiance entre les deux pays, pourtant liés par des échanges économiques et une histoire commune.

Un rapprochement Kaboul–New Delhi perçu comme une provocation

Au-delà de la guerre contre le TTP, certains observateurs voient dans ces frappes un message stratégique du Pakistan à l’Inde, son rival historique.
Quelques heures avant les explosions à Kaboul, le ministre taliban des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, se trouvait à New Delhi pour une visite officielle — la première d’un haut responsable taliban en Inde depuis 2021.

Ce rapprochement spectaculaire entre les talibans et le gouvernement indien, pourtant idéologiquement opposés, a surpris la région.
Selon Gautam Mukhopadhaya, ancien ambassadeur d’Inde en Afghanistan, cette nouvelle relation repose sur un calcul géopolitique pragmatique :

« Nous avons tous deux des griefs et des problèmes avec le Pakistan. Cela fait de nous des alliés naturels », a-t-il expliqué à Al Jazeera.

Un cessez-le-feu sous haute tension

Le cessez-le-feu de 48 heures entre Islamabad et Kaboul, obtenu à la hâte, reste fragile. Les deux gouvernements affirment vouloir favoriser le dialogue, mais la méfiance demeure profonde.
Le Pakistan continue d’exiger la neutralisation du TTP sur le sol afghan, tandis que les talibans dénoncent les violations répétées de leur souveraineté.

Dans un climat régional déjà tendu entre rivalités indo-pakistanaises, montée du terrorisme et instabilité afghane , cette trêve apparaît comme un simple répit dans une guerre larvée qui menace de déstabiliser davantage toute l’Asie du Sud.

Laisser un commentaire