La Lituanie menace de fermer sa frontière avec le Bélarus après de nouveaux survols de ballons

La tension monte entre Vilnius et Minsk. Pour la troisième nuit consécutive, des ballons venus du Bélarus ont pénétré dans l’espace aérien lituanien, provoquant l’indignation des autorités et des perturbations sur le trafic aérien. En réponse, la Première ministre Inga Ruginienė a annoncé ce lundi la fermeture immédiate et potentiellement indéfinie de la frontière avec son voisin bélarusse, principal allié de Moscou.

Des survols répétés et des aéroports perturbés

Selon les autorités lituaniennes, plusieurs objets aériens ont été détectés vendredi, samedi et dimanche se dirigeant vers l’aéroport international de Vilnius, entraînant annulations, déviations et retards de vols. L’aéroport de Kaunas, pourtant plus éloigné de la frontière bélarusse, a également été affecté.

Les postes-frontières de Medininkai et Šalčininkai ont dû être fermés temporairement après chaque intrusion, avant que le service des gardes-frontières ne décide, dans la nuit de dimanche à lundi, d’une fermeture totale de la frontière pendant 24 heures, selon l’agence BNS.

La cheffe du gouvernement a annoncé que les restrictions resteraient en place au moins jusqu’à mercredi, le temps pour son cabinet de statuer sur une fermeture prolongée « pour une durée indéterminée ». Un projet de décret prévoyant cette mesure a déjà été rédigé, tout en laissant passer les diplomates, le courrier officiel, ainsi que les citoyens lituaniens et européens souhaitant entrer au Bélarus.

Une frontière stratégique sur le flanc est de l’OTAN

La Lituanie, membre de l’Union européenne et de l’OTAN, occupe une position géographique hautement stratégique : elle partage près de 680 km de frontière avec le Bélarus et plus de 200 km avec l’enclave russe de Kaliningrad.
Cette proximité en fait une zone sensible pour l’Alliance atlantique, surtout dans le contexte de guerre en Ukraine et de tensions croissantes avec Moscou.

Les incidents répétés liés à ces ballons ne sont pas une première. Depuis le début du mois d’octobre, plusieurs vols de ballons transportant des cigarettes de contrebande ont été observés, perturbant ponctuellement le trafic aérien et alimentant les soupçons d’opérations hybrides menées depuis Minsk.

L’opposition bélarusse dénonce une « agression hybride »

Sviatlana Tsikhanouskaya, cheffe de l’opposition bélarusse en exil à Vilnius, a immédiatement réagi, accusant le régime de Loukaschenko de se livrer à une provocation délibérée.

« Ces ballons sont un nouveau signe que le régime utilise la contrebande de cigarettes comme un outil d’agression hybride contre l’Europe », a-t-elle déclaré.

Elle a salué la décision de Vilnius, estimant que la fermeture des postes-frontières constituait « une mesure logique pour protéger la sécurité nationale », tout en appelant à un renforcement des sanctions contre les acteurs liés à la contrebande.

Un climat régional de tension croissante

Ces nouveaux incidents s’inscrivent dans une série d’actes suspects observés à travers l’Europe de l’Est, que plusieurs responsables occidentaux attribuent à des tentatives d’intimidation orchestrées par la Russie et ses alliés.

Le mois dernier, la Pologne avait déjà recommandé à ses ressortissants de quitter le Bélarus en raison du risque d’« aggravation des tensions » et d’une possible fermeture unilatérale des frontières.

En Lituanie, la décision de fermer les points de passage pourrait marquer un tournant majeur dans les relations avec Minsk, accentuant l’isolement du régime bélarusse tout en renforçant la posture défensive du flanc oriental de l’OTAN.

Laisser un commentaire