Après le refus du Burkina Faso, le Ghana divisé sur l’accueil des immigrants expulsés des États-Unis d’Amérique

L’administration Trump poursuit sa politique migratoire controversée, en cherchant à expulser vers des pays tiers africains des migrants n’ayant souvent aucun lien avec les États-Unis. Mais cette stratégie rencontre de plus en plus de résistance sur le continent. Après le refus catégorique du Burkina Faso, le Ghana est désormais au cœur d’une vive polémique sur son accord d’accueil de migrants africains expulsés d’Amérique.

Le Burkina Faso dit non à Washington

Le 9 octobre, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, a confirmé que son pays avait refusé la proposition américaine visant à recevoir des personnes expulsées par les États-Unis.
« La question était de voir si le Burkina Faso, en dehors de nos propres ressortissants, était prêt à recevoir d’autres personnes qui seraient expulsées par les États-Unis », a-t-il expliqué à la télévision nationale.

Pour Ouagadougou, cette proposition est jugée “indécente” et “contraire à la valeur de dignité qui fait partie de la vision du capitaine Ibrahim Traoré”. Le ministre a insisté sur le fait que le Burkina Faso “est une terre de dignité, une destination et non pas une terre de déportation”.

Quelques heures après cette déclaration, l’ambassade américaine à Ouagadougou a annoncé la suspension de la délivrance de la plupart des catégories de visas aux résidents burkinabè. Les demandes devront désormais être déposées à Lomé, au Togo.
Selon les autorités burkinabè, cette mesure serait une forme de pression ou de chantage diplomatique de la part de Washington.

Un programme américain qui divise l’Afrique

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les États-Unis ont multiplié les accords bilatéraux avec plusieurs pays africains pour y transférer des migrants expulsés.
En échange, certains États bénéficient d’une aide financière ou logistique.

Ainsi, l’Eswatini a accepté d’accueillir jusqu’à 160 expulsés contre 5,1 millions de dollars d’aide américaine pour renforcer ses capacités migratoires.
Le Rwanda et le Soudan du Sud ont également signé des accords similaires.

Mais ces partenariats sont dénoncés comme des “marchandages migratoires” par les organisations de défense des droits humains, qui soulignent l’absence de garanties juridiques pour les personnes concernées.

Ghana : un pays sous tension politique et morale

Au Ghana, la situation est devenue explosive. Après avoir accepté un premier groupe de migrants expulsés début septembre, le pays a de nouveau reçu quatorze nouveaux arrivants ouest-africains cette semaine, portant à quarante-deux le nombre total d’expulsés accueillis depuis le lancement du programme.

Selon l’avocat Oliver Barker-Vormawor, du collectif Democracy Hub, cet accord est inconstitutionnel.
« Nous ne pouvons accepter que notre pays serve de terre d’accueil pour des individus que d’autres États refusent de garder, sans cadre légal ni contrôle démocratique », a-t-il déclaré.

Le collectif a saisi la justice ghanéenne pour obtenir la suspension immédiate de l’accord migratoire signé avec Washington, estimant qu’il viole les principes de non-refoulement inscrits dans les conventions internationales sur les droits humains.

De son côté, le gouvernement, par la voix de son porte-parole Felix Kwakye Ofosu, a confirmé que le procureur général défendrait l’accord devant les tribunaux, tout en refusant de commenter davantage.

Conditions précaires et critiques internationales

Sur le terrain, plusieurs expulsés seraient actuellement retenus dans un camp militaire à la périphérie d’Accra, dans des conditions qualifiées de “préoccupantes” par des ONG locales.
Certains auraient même été renvoyés vers des pays voisins, comme le Togo ou le Mali, où ils ne possèdent aucune attache ni soutien.

Les défenseurs des droits humains dénoncent un dispositif opaque et contraire au droit international.
Selon eux, ces accords fragilisent davantage les migrants africains déjà victimes d’errance et d’exclusion, et renforcent une logique de marchandisation des vies humaines.

Un test diplomatique pour l’Afrique de l’Ouest

Le refus du Burkina Faso et la polémique au Ghana illustrent la fracture grandissante entre souveraineté nationale et dépendance économique dans les relations entre Washington et les pays africains.
Face à la fermeté du capitaine Ibrahim Traoré, d’autres États de la région pourraient être poussés à reconsidérer leurs engagements migratoires avec les États-Unis.

Cette affaire met en lumière un enjeu de fond : l’Afrique doit-elle accepter d’être une “terre d’accueil” pour des expulsés étrangers en échange d’aides financières, ou affirmer sa dignité et son indépendance face aux puissances occidentales ?.

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