Le sud de la Corse traverse un épisode de sécheresse exceptionnel. Les réserves d’eau des communes littorales comme Bonifacio, Porto‑Vecchio ou Figari sont à des niveaux historiquement bas, obligeant les autorités à imposer des restrictions strictes sur l’usage domestique et touristique de l’eau.
Des réserves au plus bas
Depuis le printemps 2025, la pluviométrie dans le département de la Corse‑du‑Sud est largement déficitaire. Les données météorologiques font état de seulement 11 mm de pluie en moyenne en juin, un volume inférieur de moitié à la normale saisonnière. Les barrages alimentant la zone, dont celui de Figari, n’affichent plus que 19 % de remplissage fin septembre, un niveau critique comparable aux pires années de sécheresse comme 2003.
Parallèlement, la consommation d’eau reste élevée, en particulier en période estivale, ce qui accentue le déséquilibre entre offre et demande. Le maintien d’un flux élevé, notamment pour l’activité touristique, amplifie la pression sur un territoire déjà fragile.
Des mesures restrictives et ciblées
Pour éviter une rupture de l’alimentation en eau potable, la préfecture et les communes concernées ont mis en place un ensemble de mesures strictes :
- Coupures nocturnes de l’eau entre 22 h 30 et 6 h dans neuf communes du sud du département.
- Interdiction de l’arrosage des jardins, terrains de sport, massifs fleuris et pelouses entre 9 h et 20 h.
- Interdiction de remplir ou de vidanger les piscines, sauf remise à niveau indispensable.
- Interdiction de laver les véhicules, bateaux et façades en dehors des dispositifs professionnels ou recyclant l’eau.
Ces mesures, qui touchent autant les résidents permanents que les résidences secondaires et les acteurs touristiques, sont qualifiées de « radicales » par les autorités locales, mais elles répondent à l’urgence d’une ressource en forte tension.
Impacts sur la vie quotidienne et l’économie
Pour les habitants, ces restrictions modifient les usages domestiques et de loisirs. Jardins, piscines et arrosages sont désormais strictement régulés, ce qui entraîne une adaptation rapide des pratiques.
Le secteur touristique, essentiel à l’économie locale, subit également de plein fouet ces mesures. Les hôtels et résidences secondaires voient leur capacité d’accueil limitée par l’interdiction de remplir les piscines, tandis que les activités nautiques et les terrains de sport sont affectés. Cette situation met en lumière la tension entre l’exploitation touristique du littoral et la disponibilité réelle des ressources.
Une crise qui dépasse le contexte local
Au-delà de la Corse, cet épisode illustre la vulnérabilité des territoires méditerranéens face au changement climatique. L’augmentation des températures et la diminution des pluies impactent non seulement la disponibilité de l’eau mais aussi la biodiversité, la sécurité incendie et la cohésion territoriale.
À moyen et long terme, la gestion de l’eau dans le sud de la Corse devra combiner plusieurs leviers : économies d’eau, modernisation des infrastructures, recyclage et stockage de la ressource, adaptation des activités économiques et planification stricte du développement touristique. La question de l’équité dans la répartition de l’eau entre habitants permanents, résidences secondaires et tourisme sera également centrale.
La Corse‑du‑Sud fait face à un déséquilibre inédit entre consommation et disponibilité de l’eau. Les mesures actuelles, bien que contraignantes, traduisent la nécessité de protéger une ressource vitale et de préparer le territoire à des épisodes de sécheresse plus fréquents. Pour les habitants et les acteurs économiques, la priorité est désormais de s’adapter à une réalité où l’eau devient un bien rare, géré avec prudence et anticipation.
Celine Dou