Soudan : un nouveau massacre attribué à la milice RSF dans le camp d’El-Fasher

Un nouveau massacre attribué aux Forces de soutien rapide (RSF) a plongé une fois de plus la ville d’El-Fasher, au Darfour, dans l’horreur. Selon de multiples témoignages et rapports locaux, la milice aurait attaqué un camp de déplacés, tuant des centaines de civils, dont des patients réfugiés dans un hôpital. Les survivants décrivent des scènes de brutalité extrême et une population prise au piège d’un conflit qui dure depuis plus de deux ans et demi.

Des civils massacrés et déplacés à répétition

Les RSF, issues des anciennes milices Janjawid, ont de nouveau frappé la population civile. D’après des sources locales, 460 personnes auraient été tuées dans un hôpital de la ville lors de l’assaut le plus récent. Les agences humanitaires tirent la sonnette d’alarme : des dizaines de milliers de civils sont toujours bloqués dans El-Fasher, sans eau, sans nourriture et sans issue sûre.

Les témoignages recueillis sont bouleversants.

« Les Forces de soutien rapide nous ont battus et humiliés, ils ont pris tout ce que nous avions et nous ont laissés sans rien. Je ne trouve pas mon mari et je ne sais pas s’il est mort ou vivant », raconte une femme rescapée.

« Ils sont venus nous voir, nous ont battus, nous ont envoyés au camp d’Abu Shouk, puis nous ont expulsés. Ensuite, ils nous ont attaqués à la maison. Je me suis cachée dans un fossé, et un obus m’a blessé à la jambe », confie une autre victime.

Ces récits s’ajoutent à des centaines d’autres qui documentent la stratégie de terreur employée par la milice dans les zones qu’elle contrôle : pillages, viols, exécutions sommaires et incendies systématiques de quartiers entiers.

Les RSF : une milice devenue machine de guerre

Formées en 2013, les Forces de soutien rapide constituent l’héritière directe des Janjawid, milices pro-gouvernementales accusées des pires exactions pendant la guerre du Darfour dans les années 2000. Officiellement intégrée aux forces de sécurité soudanaises, la RSF a rapidement acquis une autonomie redoutable, contrôlant des régions entières et d’importantes ressources économiques (or, routes commerciales, trafics).

En avril 2023, un conflit ouvert a éclaté entre la RSF et l’armée régulière soudanaise, déclenchant une guerre civile à grande échelle. Depuis, la milice multiplie les offensives brutales dans les zones civiles, notamment au Darfour, où elle tente d’imposer son contrôle par la terreur.

Une guerre civile dévastatrice

D’après les chiffres de l’ONU, plus de 40 000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit. Mais les ONG humanitaires estiment que le bilan réel est bien plus lourd, les zones de combat étant souvent inaccessibles.

Les conséquences humanitaires sont catastrophiques :
• 14 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays ou réfugiées dans les pays voisins,
• Des milliers de disparus,
• Une famine massive touchant plusieurs régions, aggravée par le blocus de l’aide humanitaire et la destruction des infrastructures de santé.

La ville d’El-Fasher, dernier grand bastion de l’armée au Darfour, est aujourd’hui au bord de l’effondrement. Les organisations humanitaires redoutent un génocide à huis clos, alors que les communications et l’accès des secours restent extrêmement limités.

L’impunité persiste

Malgré les appels répétés des Nations unies, de la Cour pénale internationale (CPI) et d’Amnesty International à enquêter sur les crimes commis par la RSF, aucune responsabilité judiciaire n’a encore été engagée contre les principaux commandants de la milice.

L’arrestation récente d’Abdullah Idris, alias “Abu Lulu”, l’un des chefs de guerre accusés d’avoir orchestré des massacres similaires à El-Fasher, n’a pas apaisé les tensions : pour beaucoup, il ne s’agit que d’un sacrifice symbolique au sein d’une structure restée intacte.

Un pays au bord de l’effondrement total

Après plus de deux ans et demi de guerre, le Soudan s’enfonce dans le chaos. Les civils continuent de payer le prix le plus lourd d’un conflit que ni l’armée ni la RSF ne semblent vouloir arrêter.
À El-Fasher, comme ailleurs au Darfour, les habitants n’ont plus d’autre horizon que la survie, tandis que la communauté internationale peine à agir face à un drame qui s’apparente de plus en plus à un nettoyage ethnique systématique.

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