Mali : rançon, blocus et montée en puissance du groupe terroriste JNIM — Bamako sous pression, Washington explore une coopération sécuritaire

Au Mali, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), groupe terroriste et jihadiste affilié à Al-Qaïda, accentue sa pression sur le régime de transition. Après la libération de trois otages étrangers contre une rançon colossale et du matériel militaire, le JNIM poursuit un blocus économique étouffant, provoquant pénuries, paralysie et inquiétude à Bamako. Face à la dégradation de la situation, les États-Unis multiplient les échanges diplomatiques et évoquent une coopération sécuritaire renforcée.

Une rançon estimée entre 50 et 70 millions d’euros

Selon des informations confirmées par plusieurs sources, dont France 24 et RFI, le groupe terroriste JNIM a relâché deux Émiriens et un Iranien capturés le 23 septembre dernier à Sanankoroba, près de Bamako. Leur libération, intervenue le 29 octobre, aurait été obtenue après le versement d’une rançon comprise entre 50 et 70 millions d’euros, la livraison de matériel militaire — véhicules, armement, carburant — et un échange de prisonniers.

Pour Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, cette transaction constitue un tournant :

« C’est une injection de liquidités immédiate et massive dans les caisses du JNIM. Ces fonds peuvent être convertis en capacités opérationnelles concrètes : achat d’armes lourdes, de drones, ou de systèmes de communication cryptés. À court terme, cela signifie une montée en puissance exponentielle. »

Le chercheur souligne également l’impact psychologique et idéologique de l’opération :

« Chaque rançon payée est présentée par le JNIM comme une taxe imposée aux “croisés économiques”, nourrissant leur propagande et leur recrutement. »

Un blocus qui asphyxie le pays

Depuis début septembre, le groupe terroriste JNIM maintient un blocus sur les importations de carburant, un levier stratégique destiné à paralyser l’économie malienne. Les conséquences sont dramatiques : fermetures d’écoles, arrêt d’usines, pénuries d’essence et hausse des prix.

Les axes routiers stratégiques, notamment Kayes–Bamako et Bamako–Ségou, sont devenus des zones de non-droit, où les attaques de convois sont quasi quotidiennes. Plusieurs centaines de camions-citernes ont été détruits depuis deux mois, aggravant la crise énergétique.

Ce blocus s’ajoute à une vague d’enlèvements et d’attaques contre les intérêts économiques étrangers : ingénieurs indiens, travailleurs chinois, et sites miniers dans la région de Kayes zone cruciale représentant 80 % de la production d’or du Mali.

Une stratégie d’« étouffement progressif »

Contrairement à 2012, le JNIM ne cherche pas à conquérir Bamako par la force. Ce groupe jihadiste et terroriste mise sur une guerre d’usure économique et psychologique.

« Le JNIM veut que Bamako s’effondre de l’intérieur », analyse Bakary Sambe. « Il vise la chute économique, la fuite des investisseurs, la montée du mécontentement populaire et la perte de crédibilité du régime, surtout après ses alliances avec Moscou. »

Cette stratégie d’« asphyxie progressive » semble porter ses fruits : plusieurs ambassades occidentales — dont celles des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de l’Espagne, de l’Italie et de l’Australie — ont recommandé à leurs ressortissants de quitter le Mali dans les plus brefs délais.

Riposte malienne et coopération américaine envisagée

Dans un communiqué diffusé lundi, l’armée malienne a affirmé avoir détruit une base terroriste près de Sirakoro (région de Bougouni), utilisée pour planifier des attaques contre les convois de carburant. L’état-major revendique la neutralisation de plus d’une dizaine de jihadistes et la saisie de matériel.

De leur côté, les États-Unis surveillent de près la situation. Le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau s’est entretenu mardi avec le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop. Sur le réseau X, le diplomate américain a salué les efforts de l’armée malienne dans la lutte contre les groupes terroristes, en particulier le JNIM, et a évoqué des pistes de coopération sécuritaire régionale.

Mais face à la détérioration de la sécurité, Washington a ordonné le départ du personnel non essentiel de son ambassade et des familles d’employés.

Une capitale sous tension

Le groupe jihadiste JNIM reste actif à moins de 50 kilomètres de Bamako, multipliant les embuscades et imposant des restrictions sociales, comme l’obligation du port du hijab pour les femmes dans les transports publics.
L’économie s’essouffle, les exportations chutent, et la colère gronde dans une population déjà éprouvée par l’insécurité et la vie chère.

Alors que la junte cherche à montrer qu’elle garde le contrôle, le Mali s’enfonce dans une crise multidimensionnelle, où le terrorisme, l’économie et la diplomatie s’entremêlent dangereusement.

« Le JNIM ne cherche pas à gouverner, mais à prouver que l’État malien ne peut plus le faire », conclut un analyste du Timbuktu Institute.
Un constat alarmant pour Bamako, aujourd’hui prise en étau entre le blocus terroriste du JNIM et l’isolement international.

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