L’écrivain Boualem Samsal Gracié : arrivé à Berlin, le président français Emmanuel Macron salue l’aide de l’Allemagne dont la diplomatie a joué un rôle essentielle dans sa libération

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, emprisonné depuis près d’un an en Algérie, a été gracié mercredi 12 novembre par le président Abdelmadjid Tebboune. Il est arrivé le soir même à Berlin, à bord d’un avion affrété par les autorités allemandes, pour y recevoir des soins médicaux. Cette libération met fin à une longue crise diplomatique entre Alger et Paris, et illustre le rôle décisif de la médiation allemande.

Une libération fruit d’une intense médiation diplomatique

Boualem Sansal, arrêté le 16 novembre 2024 et condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l’intégrité du territoire algérien », a bénéficié d’une grâce présidentielle sollicitée par son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier. Ce dernier avait invoqué les raisons humanitaires liées à la santé fragile de l’écrivain, atteint d’un cancer de la prostate.
Selon la présidence algérienne, « l’État allemand prendra en charge le transfert et le traitement » de l’écrivain. L’avion militaire de la Bundeswehr a quitté Alger dans l’après-midi et s’est posé à Berlin vers 21 heures, sept heures seulement après l’annonce officielle de la grâce.

À son arrivée, Boualem Sansal a été accueilli par l’ambassadeur de France en Allemagne, François Delattre, avant d’être conduit dans un hôpital militaire berlinois pour des examens médicaux. « Il était extrêmement heureux d’être libre et très reconnaissant à la France et à son président pour leur soutien constant », a confié le diplomate.

Macron salue « l’aide de l’Allemagne » et le « geste d’humanité » de Tebboune

En déplacement à Toulouse, Emmanuel Macron a exprimé sa gratitude envers Berlin et Alger :

« Cette libération est le fruit des efforts constants de la France et d’une méthode faite de respect, de calme et d’exigence », a déclaré le président français, qui s’est entretenu avec Frank-Walter Steinmeier pour le remercier « des bons offices de l’Allemagne ».

Le chef de l’État a également salué « le geste d’humanité du président Tebboune » et assuré rester « disponible pour échanger sur l’ensemble des sujets d’intérêt commun ». L’Élysée a confirmé que le président Macron avait aussi pu s’entretenir directement avec Boualem Sansal pendant le vol de ce dernier vers Berlin.

Soulagement et réactions politiques en France

Le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est dit « soulagé » et a souhaité que l’écrivain « puisse rejoindre ses proches au plus vite ». Il a remercié « du fond du cœur celles et ceux qui ont contribué à cette libération ».
Dans l’opposition, le chef de la droite, Bruno Retailleau, a salué « un immense soulagement », tandis que Marine Le Pen et Jordan Bardella ont appelé à la libération du journaliste français Christophe Gleizes, toujours détenu en Algérie.

Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, a célébré « la victoire de la liberté de penser, d’écrire et de critiquer », et Laurent Wauquiez a salué « ceux qui n’ont jamais renoncé à ce combat ».
Gabriel Attal, chef du parti Renaissance, a rappelé que, « à travers Boualem Sansal, c’est la liberté d’expression et le refus de l’obscurantisme qui triomphent ».

Émotion dans la famille et le monde culturel

« J’y ai toujours cru », a confié sa fille, Sabeha Sansal, à l’AFP, tout en admettant avoir craint pour la vie de son père.
Ses avocats, Pierre Cornut-Gentille et François Zimeray, ont salué « une victoire de l’humanité sur toute autre considération ».
Antoine Gallimard, son éditeur, a parlé d’« une immense joie pour ses lecteurs et amis du monde entier », adressant ses pensées « à tous les écrivains et journalistes emprisonnés ».

Le comité de soutien de l’auteur a, de son côté, estimé que « cette libération met fin à l’arbitraire de son incarcération et fait naître l’espoir qu’il puisse recouvrer la santé ».
Reporters sans frontières (RSF) a appelé à ce que cette grâce « ouvre la voie à la libération de Christophe Gleizes ».

Le rôle clé de l’Allemagne

L’Allemagne, considérée comme un « intermédiaire de confiance », œuvrait depuis des mois en coulisses pour obtenir la libération de l’écrivain. Berlin avait su préserver un dialogue constant avec Alger, notamment grâce aux liens personnels entre Frank-Walter Steinmeier et Abdelmadjid Tebboune, ce dernier ayant été hospitalisé en 2020 à Berlin lors de sa convalescence du Covid-19.

« Cette libération, c’est le résultat d’un processus patient et discret », a souligné Stéphane Romatet, ambassadeur de France en Algérie, sur franceinfo.
Cette approche diplomatique apaisée, à rebours de la ligne dure initialement défendue à Paris, a permis d’éviter un nouvel affrontement entre les deux capitales.

Une issue humanitaire, un symbole politique

Boualem Sansal, âgé de 76 ans, est désormais libre. Son arrivée à Berlin marque la fin d’une longue épreuve, mais aussi une victoire symbolique pour la liberté d’expression et le dialogue diplomatique.
Comme l’a résumé le président Macron :

« Cette libération, c’est celle d’un homme, d’un écrivain courageux, mais aussi d’une certaine idée de la dignité et de la fraternité entre nos peuples. »

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