Le rapatriement de la citoyenne britannique Lindsay Sandiford d’Indonésie, où elle était condamnée la peine de mort. Si cela est une bonne chose concernant l’individu, il reste, cependant, une démonstration du double standard mondial concernant les détenus – majoritairement occidentaux pour ceux étrangers au pays qui les condamne – et les condamnés, citoyens autochtones.
En novembre 2025, Lindsay Sandiford, ressortissante britannique de 69 ans, a été rapatriée au Royaume-Uni après avoir passé plus de 12 ans dans le couloir de la mort à Bali, en Indonésie. Arrêtée en 2012 avec près de 5 kg de cocaïne dans sa valise, elle avait été condamnée à mort en 2013. Selon ses avocats, elle aurait été contrainte par un réseau de trafiquants menaçant son fils.
Sandiford a été transférée sur la base d’un accord bilatéral entre Jakarta et Londres, invoquant des raisons humanitaires, notamment sa santé fragilisée par la détention. Elle n’était pas seule : un autre Britannique condamné pour trafic de drogue, Shahab Shahabadi, a également été rapatrié dans le cadre de ce même accord.
Ces transferts ne sont pas exceptionnels. En 2025, le Français Serge Atlaoui, condamné à mort depuis 2007, a lui aussi été rapatrié pour servir sa peine en France, dans un cadre similaire. Selon l’Indonesian Center for Judicial Reform (ICJR), 21 % des condamnés à mort en Indonésie sont des ressortissants étrangers, soit 88 sur 428 individus recensés en 2022, démontrant que les étrangers constituent une part non négligeable de la population carcérale condamnée à mort.
Un double standard judiciaire et diplomatique
Le poids de la diplomatie et des intérêts économiques
Le rapatriement de Sandiford montre que la nationalité et le poids géopolitique peuvent influencer le traitement judiciaire. Les pays occidentaux disposent de leviers diplomatiques et économiques, capables de négocier des accords de rapatriement ou d’aménagement de peine pour leurs ressortissants, tandis que les citoyens locaux et ceux issus de pays moins influents n’ont souvent pas accès aux mêmes protections.
Application sélective de motifs humanitaires
Le motif officiel pour le rapatriement de Sandiford est sa santé fragile et son âge avancé. Si la prise en compte de critères humanitaires est légitime, elle semble appliquée de manière sélective : de nombreux détenus locaux ou ressortissants du Sud global ne bénéficient pas du même traitement, même dans des conditions similaires.
Le Sud global face à un système à deux vitesses
Le phénomène n’est pas unique à l’Asie. En Afrique, des ressortissants étrangers y compris d’autres pays africains économiquement plus puissants peuvent bénéficier de traitements préférentiels. Cela peut se traduire par une tolérance face à des infractions, un accès facilité aux services ou des protections informelles, accentuant le sentiment d’injustice parmi les citoyens nationaux.
Implications pour la légitimité judiciaire et la diplomatie
Ces transferts de détenus étrangers soulèvent plusieurs enjeux :
La légitimité des systèmes judiciaires locaux est mise à l’épreuve lorsqu’un étranger bénéficie d’un traitement plus favorable.
La justice devient parfois modulée par la diplomatie, ce qui interroge l’universalité des droits humains.
Sur le plan éthique, la question se pose : peut-on justifier une justice « à géométrie variable » en fonction de la nationalité ou du poids économique du pays d’origine ?
Exemples comparatifs récents
Serge Atlaoui (France) : transféré en 2025 après 19 ans dans le couloir de la mort.
Mary Jane Veloso (Philippines) : rapatriée pour des raisons humanitaires après des années dans le couloir de la mort en Indonésie.
Bali Nine (Australie) : plusieurs membres transférés pour servir leurs peines dans leur pays d’origine.
Ces exemples confirment une tendance : les États puissants peuvent protéger leurs ressortissants, tandis que les citoyens locaux ou ceux des pays moins influents n’ont souvent pas accès à ce type de recours.
Vers une justice véritablement universelle ?
Le rapatriement de Lindsay Sandiford ne doit pas être vu uniquement comme un acte humanitaire. Il révèle une inégalité structurelle dans l’accès à la justice mondiale, où nationalité, diplomatie et poids économique peuvent peser plus que les faits eux-mêmes.
En Afrique et ailleurs, ce phénomène se traduit par des *traitements différenciés pour les étrangers, même au sein du même continent. Ce cas soulève une question fondamentale : *comment garantir que tous les individus, quelle que soit leur nationalité, bénéficient d’une justice équitable et d’un traitement humain égalitaire ?
Celine Dou & Christian Estevez