Royaume-Uni : Londres et Manchester annoncent des arrestations contre les appels à l’« intifada » lors de manifestations propalestiniennes

Les polices de Londres et de Manchester ont annoncé qu’elles procéderaient désormais à l’arrestation de manifestants propalestiniens qui lanceraient des appels à l’« intifada » lors de rassemblements publics. Cette décision a été officialisée mercredi 17 décembre par les chefs des deux forces de police, Mark Rowley pour Londres et Stephen Watson pour Manchester, dans un contexte sécuritaire jugé aggravé.

Les slogans tels que « Mondialisons l’intifada », scandés oralement ou affichés sur des pancartes, seront désormais considérés comme passibles d’interpellation. Le terme « intifada » renvoie aux soulèvements palestiniens contre l’armée israélienne, notamment entre 1987 et 1993, puis au début des années 2000.

Un durcissement lié au contexte sécuritaire

« Des actes de violence ont eu lieu, le contexte a changé, les mots ont un sens et des conséquences », ont déclaré les deux responsables policiers, affirmant leur volonté « d’agir fermement ». Cette annonce intervient trois jours après un attentat antisémite meurtrier sur la plage de Bondi, à Sydney, qui a fait 15 morts lors de la fête juive de Hanoukka.

Dans ce climat de tension, la police britannique estime nécessaire de « recalibrer son approche » face à certains slogans jugés susceptibles d’encourager la violence ou de raviver des menaces contre la communauté juive.

Pressions et débats autour des discours de haine

La décision fait suite à des prises de position du grand rabbin du Royaume-Uni, Ephraim Mirvis, qui a qualifié ces slogans d’« illégaux » et appelé les autorités à clarifier les règles applicables lors des manifestations.

Le chef de la police de Londres avait déjà exprimé récemment sa « frustration » face aux limites de la législation sur les discours de haine. Il avait notamment regretté l’impossibilité d’interpeller des manifestants scandant « De la rivière à la mer, la Palestine sera libre », un slogan que certains interprètent comme un appel à la disparition de l’État d’Israël. À ce stade, ces propos ne remplissent pas les critères légaux permettant des poursuites, selon le parquet britannique.

Un responsable du parquet, Lionel Idan, a toutefois indiqué que ses services travaillaient avec le gouvernement afin « d’identifier les domaines dans lesquels la loi peut être renforcée » pour mieux poursuivre les actes de haine, dissuader leurs auteurs et protéger les victimes.

Critiques du mouvement propalestinien

Du côté des organisations propalestiniennes, la décision policière suscite de vives critiques. Ben Jamal, directeur de la Palestine Solidarity Campaign, qui a organisé de nombreux rassemblements contre la guerre à Gaza, a dénoncé ce qu’il considère comme une instrumentalisation de l’attentat de Bondi pour justifier une « répression politique des manifestations en faveur des droits des Palestiniens ».

Sécurité renforcée autour des lieux juifs

Parallèlement à ce durcissement, la police britannique a renforcé les patrouilles et les dispositifs de sécurité autour des synagogues, des écoles et des lieux communautaires juifs à travers le pays. Ces mesures font suite à plusieurs attaques antisémites récentes, dont celle survenue début octobre contre une synagogue de Manchester, où deux fidèles juifs avaient été tués le jour de Yom Kippour.

Ces annonces illustrent le durcissement progressif de la réponse sécuritaire des autorités britanniques face aux tensions liées au conflit israélo-palestinien, sur fond de débat persistant sur les limites entre liberté d’expression, maintien de l’ordre public et lutte contre les discours de haine.

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