La Centrafrique tient dimanche ses élections générales, dont une présidentielle où Faustin-Archange Touadéra part grand favori pour un troisième mandat consécutif en se targuant d’avoir stabilisé ce pays abonné aux conflits.(Source : AFP ).
Dans cet Etat enclavé d’Afrique centrale, l’un des plus pauvres du monde, la situation sécuritaire s’est quelque peu apaisée après la sanglante guerre civile des années 2010, même si cet acquis reste « fragile », de l’aveu du président sortant.
Selon plusieurs observateurs, l’armée, soutenue par les mercenaires de la société militaire russe Wagner a repoussé de plusieurs régions les groupes armés rebelles qui avaient perturbé les dernières élections fin 2020.
Côté gouvernemental, tout semble avoir été programmé pour permettre à Faustin-Archange Touadéra (FAT), 68 ans, de l’emporter dès le premier tour. Élu début 2016, il avait été réélu au premier tour à l’issue du scrutin de 2020, entaché d’accusations de fraude.
Une partie de l’opposition a appelé à boycotter les élections de dimanche, dénonçant une « mascarade » en accusant FAT d’avoir fait adopter par référendum en 2023 une nouvelle constitution taillée sur mesure pour lui permettre de rester président à vie, et de n’avoir pas tenu sa promesse d’organiser un dialogue politique avant les élections.
Le texte, contesté par la cour constitutionnelle, lui a permis de se représenter en abolissant la règle de deux mandats présidentiels maximum, et a exclu une partie significative de l’opposition en interdisant l’accès des binationaux à la magistrature suprême.
T-shirts et portraits géants
Sept candidatures à la présidentielle ont été validées, dont deux jugées crédibles face à FAT : Anicet-Georges Dologuélé, le chef de file de l’opposition arrivé second lors des deux dernières élections et considéré comme le principal challenger, et Henri-Marie Dondra, candidat de l’Union Républicaine (UNIR), ancien Premier ministre de FAT passé à l’opposition.
Les bureaux de vote seront ouverts de 05H00 à 17H00 GMT pour ces élections à la fois présidentielle, législatives, municipales et régionales.
Les résultats provisoires du scrutin présidentiel sont attendus le 5 janvier.
Les scrutins centrafricains clôturent, avec la présidentielle en Guinée organisée le même jour, une année riche en élections sur le continent africain, marquée par une montée de l’autoritarisme et de la répression parfois violente des oppositions et le maintien de nombreux dirigeants déjà en place (Cameroun, Côte d’Ivoire, Tanzanie notamment) à l’issue de votes dont les principaux opposants ont été exclus.
Depuis plus d’un an, des manifestations sont « orchestrées » à travers la Centrafrique, selon le politologue et acteur de la société civile Paul Crescent Béninga, pour instiller l’idée d’un soutien populaire massif au président sortant.
L’espace public est aussi largement acquis au candidat Touadéra. Dans la capitale Bangui, enseignes lumineuses, portraits géants et T-shirts à son effigie ont inondé les rues.
Alors que le président sortant a tenu son meeting d’ouverture de campagne dans l’unique stade de la capitale (20.000 places) les deux principaux opposants ont dû se contenter de déambulations dans les quartiers de la ville et de meetings dans des sièges de partis ou des écoles.
Candidat de la stabilité
« La validation des candidatures de Dologuélé et Dondra (contestées au départ par d’autres candidats qui estiment qu’ils ont une autre nationalité que la centrafricaine, ndlr) était une condition sine qua non pour mobiliser les quelques 2,3 millions d’électeurs », estime Paul Crescent Béninga. Mais malgré cela, ajoute-t-il, « de nombreux Centrafricains demeurent sceptiques quant à l’utilité de leur vote et la transparence des élections ».
Aujourd’hui, près de 90% du pays est de nouveau sous l’autorité du gouvernement, contre 80% tenu par les groupes armés en 2021, soulignent plusieurs analystes interrogés par l’AFP.
Mais si la sécurité s’est accrue dans les villes, des combats ou attaques se poursuivent dans les campagnes depuis 2020, et l’ONU et des ONG accusent régulièrement rebelles, militaires et mercenaires russes de commettre des crimes contre les civils, que la force de maintien de la paix des Nations unies sur place (Minusca) ne parvient pas à endiguer.
FAT se présente comme le « candidat de la stabilité », en mettant en avant d’autres progrès en plus de la sécurité: des routes ont été bitumées, l’éclairage public installé sur les principales voies et les canaux d’évacuation des eaux de pluie rénovés dans la capitale.
Mais la vie des Centrafricains, dont 71% vivent toujours sous le seuil de pauvreté, reste précaire, avec un manque des services de base, de routes carrossables, un chômage endémique, un taux de formation faible et un coût de la vie de plus en plus élevé.
La signature d’accords de paix avec trois groupes armés cette année, la présence de la Minusca et celle de quelque 2.000 éléments du groupe paramilitaire russe Wagner présents à la demande du président devraient garantir un scrutin plus apaisé qu’en 2020.
Une coalition de six groupes rebelles s’était formée en marge de la dernière élection présidentielle pour renverser le pouvoir et n’avait été repoussée que grâce à l’intervention de Wagner et de l’armée rwandaise.