Sophia Chikirou relaie une fausse image générée par IA de l’épouse de Nicolás Maduro

En diffusant sur le réseau X une image générée par intelligence artificielle pour faire croire que Cilia Flores, épouse de Nicolás Maduro, aurait subi des violences physiques lors de son arrestation, la députée Sophia Chikirou a franchi un seuil supplémentaire dans l’usage militant de la falsification visuelle. Une séquence révélatrice d’une instrumentalisation idéologique de la souffrance féminine et d’une confusion assumée entre combat politique et manipulation émotionnelle.

À l’heure où l’image vaut preuve avant même d’être interrogée, le mensonge n’a plus besoin d’être crédible : il lui suffit d’être émotionnellement efficace.

Le 3 janvier, Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores sont arrêtés par les autorités des États-Unis d’Amérique. L’opération, qualifiée d’« enlèvement » par les soutiens du régime vénézuélien, déclenche une vague de réactions au sein de la gauche radicale européenne.

Le 6 janvier, Sophia Chikirou, députée de La France insoumise, publie sur X un message de soutien à Cilia Flores accompagné d’une image montrant cette dernière le visage tuméfié, un œil au beurre noir et un bandage frontal. Le texte décrit une femme victime de violences physiques infligées par des hommes armés états-uniens et érige son visage en symbole universel des violences impérialistes et patriarcales.

Or, cette image est un faux, généré par intelligence artificielle.

L’image diffusée reprend les traits physiques de Cilia Flores tels qu’ils apparaissaient il y a environ une décennie. Pourtant, plusieurs photographies d’archives récentes notamment issues d’agences de presse et de banques d’images professionnelles attestent que l’épouse de Nicolás Maduro arbore depuis au moins 2023 une chevelure blonde, très éloignée de celle visible sur le visuel relayé.

Une autre photographie, prise lors de l’arrivée de Cilia Flores sur le sol états-unien après son arrestation, la montre aux côtés de son mari, sans trace visible de violences physiques.

La comparaison ne laisse aucune place au doute : l’image diffusée par Sophia Chikirou ne correspond ni à l’apparence actuelle de Cilia Flores ni à la situation réelle au moment des faits – et ce d’autant plus que sa comparution devant la justice états-unienne et celle de son mari sont à huis-clos, avec interdiction de photographe et/ou cameraman de presse (ce sont des dessins réalisés durant l’audience qui sont réalisés afin de donné une idée du déroulé des audiences). Elle est le produit d’une génération artificielle à partir d’un modèle ancien, retravaillé pour susciter l’émotion.

Ce recours à une image falsifiée ne relève pas d’une simple erreur ou d’une méconnaissance. Il s’inscrit dans une logique militante où la véracité factuelle devient secondaire face à l’efficacité symbolique.

En présentant l’épouse de Nicolás Maduro comme une femme physiquement violentée, Sophia Chikirou mobilise un imaginaire précis : celui de la femme victime, agressée par des hommes, incarnation d’un système oppressif global. Ce schéma narratif, immédiatement reconnaissable, permet de court-circuiter toute réflexion sur la nature du régime vénézuélien, sur les accusations judiciaires visant le couple Maduro-Flores, ou sur la complexité géopolitique du dossier.

La souffrance des femmes réellement victimes de violences est ainsi instrumentalisée au service d’un combat idéologique, transformée en outil rhétorique. Ce procédé, loin de renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes, en affaiblit la crédibilité en la soumettant à des usages politiques opportunistes.

Cette séquence s’inscrit également dans une cohérence militante déjà observée chez Sophia Chikirou, régulièrement critiquée pour des prises de position où la logique victimaire prévaut sur l’exactitude des faits, notamment lorsqu’il s’agit de défendre des régimes ou des mouvements inscrits dans une opposition frontale à l’Occident libéral, à condition qu’ils se revendiquent d’un camp idéologique perçu comme « dominé ».

L’affaire Chikirou illustre un phénomène plus large : la normalisation de la falsification émotionnelle comme outil politique. L’intelligence artificielle ne crée pas cette dérive, elle l’accélère, en offrant des images prêtes à l’emploi pour nourrir des récits préexistants.

En relayant une image générée par intelligence artificielle pour accréditer l’idée de violences inexistantes, Sophia Chikirou ne commet pas seulement une faute informationnelle. Elle participe à une dégradation du débat public où l’émotion fabriquée remplace la preuve et où la cause affichée ici, la défense des femmes est affaiblie par son instrumentalisation.

À force de substituer le symbole au réel, ce type de militantisme ne combat plus les injustices : il les exploite.

Celine Dou & Christian Estevez

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