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France : Yvette Roudy, première ministre des Droits de la femme, est morte à 97 ans

Yvette Roudy est morte mardi 18 août à Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales, à l’âge de 97 ans. Ministre des Droits de la femme de 1981 à 1986 dans les gouvernements de Pierre Mauroy puis de Laurent Fabius, elle fut la première à occuper en France un ministère de plein exercice consacré aux droits des femmes. Son nom reste attaché au remboursement de l’interruption volontaire de grossesse par la Sécurité sociale et à la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle. Mais son parcours raconte aussi une période où l’égalité entre les femmes et les hommes commençait à sortir du seul champ militant pour entrer dans celui de l’action gouvernementale.

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En 1981, un ministère change de nom et de dimension

Lorsque François Mitterrand arrive à l’Élysée en mai 1981, la question des femmes n’est pas nouvelle dans la politique française. Françoise Giroud avait déjà été secrétaire d’État chargée de la Condition féminine sous Valéry Giscard d’Estaing.

Mais le gouvernement socialiste fait un choix différent. Yvette Roudy reçoit un ministère consacré aux Droits de la femme.

La nuance compte.

Il ne s’agit plus seulement de s’intéresser à la situation des femmes ou de mettre en place des actions ponctuelles. Le gouvernement inscrit leurs droits dans un portefeuille ministériel identifié et dans l’administration de l’État. Les archives du ministère montrent d’ailleurs l’ampleur progressivement donnée à cette structure, avec des relais régionaux et départementaux et des dossiers portant aussi bien sur le travail que sur la contraception, l’IVG, les associations ou les relations avec le Parlement.

Roudy arrive à ce poste avec un parcours déjà consacré à la cause des femmes. En 1964, elle avait traduit en français The Feminine Mystique de Betty Friedan, publié sous le titre La Femme mystifiée. Elle avait également signé en 1971 le Manifeste des 343 et participé aux mouvements féministes avant son engagement gouvernemental.

Elle ne découvre donc pas le féminisme en entrant au gouvernement. Elle y apporte des revendications qu’elle veut désormais transformer en décisions publiques.

Après la loi Veil, l’IVG reste une question d’accès

L’un de ses premiers combats concerne l’avortement.

Il faut ici distinguer deux étapes que les hommages rendus depuis sa mort tendent parfois à rapprocher. La loi Veil de 1975 avait dépénalisé l’IVG sous certaines conditions. Yvette Roudy n’est pas à l’origine de cette légalisation.

Son combat porte sur ce qui vient ensuite : la prise en charge financière de l’intervention.

En 1982, le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale est adopté. Une liberté reconnue par la loi quelques années auparavant devient ainsi moins dépendante des ressources financières des femmes qui souhaitent y recourir. La mesure constitue l’une des principales réalisations de son passage au gouvernement.

Le raisonnement qui sous-tend cette réforme est alors décisif : un droit reconnu par la loi peut rester théorique si les conditions matérielles permettant de l’exercer ne sont pas réunies.

En 1983, le travail devient le nouveau terrain de bataille

La deuxième grande réforme porte sur l’emploi.

La loi du 13 juillet 1983, qui prendra le nom de « loi Roudy », interdit notamment de fonder sur le sexe le refus d’une embauche, d’une formation ou d’une promotion. Elle impose également aux entreprises concernées de présenter un rapport comparant la situation professionnelle des femmes et des hommes.

L’objectif est de donner aux inégalités professionnelles une existence juridique et de contraindre les entreprises à regarder leur propre fonctionnement.

Mais le texte porte déjà en lui une difficulté qui apparaîtra avec les années : la loi peut fixer une obligation sans garantir qu’elle sera respectée.

Roudy le constatera elle-même. Des décennies après l’adoption de son texte, elle déplorera encore son application insuffisante et la persistance des écarts entre les femmes et les hommes dans le monde professionnel.

Cette distance entre le droit et la réalité constitue l’une des limites de son bilan, mais aussi l’une des raisons pour lesquelles son action demeure importante : elle avait fait entrer l’égalité professionnelle dans la loi à une époque où elle n’allait nullement de soi.

Même les mots deviennent une affaire d’État

Son ministère s’intéresse également au vocabulaire.

En 1984, une commission est créée pour travailler sur la féminisation des noms de métiers, de fonctions, de grades et de titres. Elle est présidée par Benoîte Groult.

La démarche répond à une évolution très concrète : les femmes occupent de plus en plus de professions et de responsabilités, mais la langue administrative continue largement à les désigner au masculin.

La féminisation des fonctions n’est donc pas, pour Roudy, une question décorative. Elle accompagne la place nouvelle que les femmes cherchent à prendre dans la vie professionnelle et publique.

Le sujet, aujourd’hui banal dans de nombreux usages, était alors suffisamment controversé pour devenir une véritable question politique.

Roudy n’a pourtant pas remporté toutes ses batailles

C’est aussi ce qui distingue son parcours d’un récit simplement triomphal.

En 1983, elle défend un projet de loi visant à lutter contre le sexisme. Le texte rencontre une forte opposition, notamment autour de la publicité et de la liberté d’expression, et ne débouche pas sur la réforme espérée. Les archives du Calvados conservent d’ailleurs les traces de cette bataille politique menée alors qu’elle était ministre.

La représentation politique des femmes constitue un autre terrain difficile.

En 1982, une disposition destinée à favoriser la présence des femmes sur les listes municipales est censurée par le Conseil constitutionnel. La volonté politique d’introduire une représentation plus équilibrée se heurte ainsi au cadre constitutionnel de l’époque.

Il faudra attendre près de vingt ans pour qu’une réforme constitutionnelle puis la loi du 6 juin 2000 permettent d’instaurer la parité dans les élections politiques.

Roudy continuera, entre-temps, à défendre cette cause.

Une bataille commencée en 1981 qui ne s’arrête pas en 1986

Son départ du gouvernement ne signifie pas son retrait du combat.

Députée du Calvados, puis maire de Lisieux de 1989 à 2001, elle continue de s’investir dans la représentation des femmes et dans les questions d’égalité. Le combat pour la parité devient notamment l’un de ses engagements des années suivantes.

Cette continuité est importante.

La ministre qui avait vu une première tentative de quota censurée en 1982 poursuit son action jusqu’à l’adoption, en 2000, de la loi favorisant l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives.

Entre ces deux dates, la société française a changé. Le principe même de la parité, longtemps considéré comme incompatible avec une conception stricte de l’égalité devant la loi, finit par trouver sa place dans le droit.

Une ministre, mais surtout une femme qui avait changé de terrain

Yvette Roudy avait commencé sa vie professionnelle loin des sommets de l’État. Née à Pessac en 1929, elle entre dans la vie active comme dactylographe avant de devenir traductrice et militante.

Cette trajectoire explique en partie la nature de son engagement.

Elle avait connu le monde du travail avant d’en faire un objet de réforme. Elle avait découvert les grandes idées du féminisme international par son travail de traduction. Elle avait participé aux mobilisations féministes avant de rejoindre les institutions.

Puis elle avait fait le chemin inverse de celui que beaucoup de militants redoutent : elle n’a pas abandonné ses revendications en entrant au pouvoir ; elle a tenté de donner au pouvoir les moyens de les appliquer.

C’est là que se trouve la singularité de son passage au gouvernement.

Ce que son parcours dit de la France d’aujourd’hui

Yvette Roudy disparaît alors que plusieurs des questions qu’elle avait portées sont toujours présentes dans la société française.

L’égalité professionnelle demeure un sujet, malgré les nombreuses réformes adoptées depuis 1983. La représentation des femmes dans la vie politique a progressé avec la parité, sans que toutes les fonctions de pouvoir soient devenues également accessibles. Et les droits liés à la santé reproductive continuent de dépendre, au-delà des textes, de l’accès concret aux services et aux soins.

Roudy avait elle-même refusé de considérer les avancées obtenues comme définitives. En 2018, lors de la création de sa fondation, elle rappelait que des progrès avaient été accomplis mais que le chemin restait long. La fondation devait notamment soutenir des actions consacrées à l’égalité professionnelle, à l’accès aux droits, à l’IVG et à la contraception.

Son décès rappelle ainsi une réalité que son propre parcours avait déjà illustrée : les droits peuvent être inscrits dans la loi en quelques années, mais leur traduction dans la vie quotidienne demande beaucoup plus de temps.

Une page de la politique française se tourne

Yvette Roudy est morte à Cabestany à 97 ans, après une vie politique qui aura traversé plusieurs générations du féminisme français. Les hommages rendus depuis l’annonce de sa disparition saluent notamment la ministre qui fit adopter le remboursement de l’IVG, la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle et la reconnaissance officielle du 8 mars.

Mais son parcours ne se résume pas à une liste de réformes.

En 1981, elle avait reçu une mission nouvelle : faire des droits des femmes une responsabilité gouvernementale à part entière. Certaines de ses propositions ont abouti. D’autres ont échoué. Certaines lois ont été adoptées sans produire immédiatement les changements espérés.

C’est précisément cette histoire, faite d’avancées et de résistances, qui donne à sa disparition sa portée politique.

Yvette Roudy n’a pas achevé le combat qu’elle avait commencé. Elle a contribué à déplacer son lieu : des mouvements féministes vers l’État, puis de l’État vers la société tout entière.

Celine Dou

Sophia Chikirou relaie une fausse image générée par IA de l’épouse de Nicolás Maduro

En diffusant sur le réseau X une image générée par intelligence artificielle pour faire croire que Cilia Flores, épouse de Nicolás Maduro, aurait subi des violences physiques lors de son arrestation, la députée Sophia Chikirou a franchi un seuil supplémentaire dans l’usage militant de la falsification visuelle. Une séquence révélatrice d’une instrumentalisation idéologique de la souffrance féminine et d’une confusion assumée entre combat politique et manipulation émotionnelle.

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Iran : des femmes à moto, entre mobilité urbaine et remise en question des normes sociales

Depuis 2025, un nombre croissant de femmes à Téhéran prennent le guidon de motos et scooters, défiant un interdit implicite hérité de la République islamique. Entre besoins pratiques, contestation des normes de genre et tensions avec le cadre légal et religieux, ce phénomène illustre les mutations sociales en cours dans l’espace public iranien.

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Contexte historique : la mobilité féminine en Iran

Depuis la révolution de 1979, les femmes en Iran disposent légalement du droit de conduire des automobiles. Cependant, leur mobilité reste encadrée par des normes strictes de “modestie” et de code vestimentaire, imposées par la législation islamique et la pression sociale.

En revanche, la conduite de motos et de scooters a longtemps été réservée aux hommes. La loi ne délivrait pas de permis moto aux femmes, et les autorités invoquaient la nécessité de préserver la pudeur, estimant qu’une femme au guidon ne pouvait respecter le code vestimentaire prescrit, notamment en raison de l’exposition au vent et aux éléments. Ce tabou social et juridique limitait fortement la présence féminine sur deux-roues, même comme passagère.

L’émergence d’un phénomène depuis 2022

Le décès de Mahsa Amini en septembre 2022, suite à une intervention de la police des mœurs, a déclenché des mobilisations massives sous le slogan « Femme, Vie, Liberté ». Ces mouvements ont relancé le débat sur les droits des femmes et les libertés individuelles, ouvrant un espace de contestation visible dans la société.

Dans ce contexte, plusieurs femmes de Téhéran ont commencé à circuler à moto. Le reportage de France 24 du 12 novembre 2025 illustre ce changement : des femmes comme Merat Behnam, entrepreneure de 38 ans, utilisent désormais la moto pour des raisons pratiques circulation dense, stationnement limité mais aussi comme expression discrète de leur autonomie.

Cadre légal et ambiguïtés

La loi iranienne reste ambiguë : aucune disposition explicite n’autorise ou interdit la conduite de motos par les femmes. Cependant, les autorités continuent d’émettre des avertissements, et la délivrance de permis reste largement réservée aux hommes. La situation reflète une contradiction entre les évolutions pratiques de la société et un cadre légal et religieux encore conservateur.

Implications sociétales

  1. Redéfinition de l’espace public : ces femmes occupent désormais des espaces jusque-là masculins, remettant en cause les normes de genre dans l’espace urbain.
  2. Autonomie pratique et économique : au-delà de la symbolique, la moto devient un outil concret de mobilité dans un contexte urbain difficile.
  3. Évolution des mentalités : bien que minoritaire, le phénomène traduit une acceptation progressive de la visibilité des femmes dans des rôles autrefois interdits, signe d’une mutation sociale plus large.

Analyse : un indicateur de changement

Ce phénomène peut être interprété comme un symbole de modernisation sociale dans un pays où les libertés féminines restent restreintes. Il illustre la tension entre :

  • des contraintes légales et religieuses toujours strictes,
  • une société urbaine qui impose des besoins pratiques,
  • et une jeunesse et des femmes déterminées à s’affirmer dans l’espace public.

L’émergence de la motarde urbaine iranienne est donc à la fois un acte quotidien de mobilité et une forme de contestation sociale silencieuse, annonçant peut-être des réformes futures, notamment dans la délivrance de permis et la reconnaissance officielle de ce droit.

À Téhéran, la moto devient le symbole d’une mobilité féminine en mutation, reflet des tensions entre normes traditionnelles et aspirations à l’autonomie. Si l’impact reste limité quantitativement, il est révélateur des changements en cours dans la société iranienne et mérite un suivi attentif, tant du point de vue social que juridique.

Celine Dou

Aïshat Baymuradova retrouvée morte à Erevan : un drame qui révèle les risques transnationaux pour les femmes fuyant la Tchétchénie

Le 19 octobre 2025, le corps d’Aïshat Baymuradova, 23 ans, originaire de Tchétchénie, a été retrouvé dans un appartement de la capitale arménienne. Si ce drame attire l’attention par sa violence, il révèle surtout des dynamiques structurelles complexes : les femmes fuyant la Tchétchénie restent exposées à des pressions, des menaces et des violences transnationales, même hors de leur région d’origine.

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La Tchétchénie : entre autonomie politique et contrôle patriarcal

La Tchétchénie est un État constitutif de la Fédération de Russie, avec une autonomie politique significative. Elle est majoritairement musulmane et applique strictement la charia sous l’autorité de Ramzan Kadyrov. Dans ce cadre, la vie des femmes est fortement encadrée : mariage, comportement personnel, choix de vie sont soumis à des normes religieuses et familiales strictes.

Ce système crée un environnement où toute émancipation féminine peut être perçue comme une transgression grave. Fuir n’est donc pas seulement un choix personnel : c’est un acte qui peut avoir des répercussions transnationales, par le biais de réseaux de contrôle, de surveillance et parfois de représailles, même à l’étranger.

La fuite et ses limites

Aïshat Baymuradova avait quitté sa région pour échapper à ces contraintes et à des violences familiales présumées. Elle s’installe à Erevan, espérant trouver un espace de liberté et de sécurité. Mais son décès met en évidence la fragilité des mécanismes de protection pour les femmes en exil.

Des ONG et associations de défense des droits humains rapportent que certaines femmes tchétchènes en exil restent exposées à des menaces : surveillées par des réseaux liés aux autorités tchétchènes, elles peuvent être victimes de pressions ou même de violences physiques, parfois orchestrées à distance. Des images de vidéosurveillance à Erevan montrent deux individus quittant l’immeuble où Aïshat résidait le soir de sa disparition, apparemment en direction de la Russie, illustrant ce type de contrôle transnational.

Les enjeux de la protection internationale

Au-delà du drame individuel, le cas d’Aïshat pose une question centrale : comment assurer la protection réelle des femmes réfugiées ? Même lorsqu’elles quittent leur pays pour chercher refuge, les mécanismes de protection restent souvent insuffisants. L’Arménie, qui accueillait Aïshat, n’a pas pu garantir sa sécurité, mettant en lumière les lacunes des dispositifs de protection des réfugiés dans certains États.

Des appels ont été lancés pour une enquête transparente et indépendante, mais l’affaire illustre surtout que la sécurité des femmes en exil dépend autant de la vigilance des États d’accueil que de la coopération internationale.

Une tragédie révélatrice de dynamiques systémiques

Ce meurtre dépasse le simple fait divers : il révèle des dynamiques structurelles et transnationales. La combinaison de normes patriarcales strictes, d’une législation religieuse appliquée localement et de réseaux de contrôle transfrontaliers rend l’exil souvent incomplet pour les femmes tchétchènes.

Aïshat Baymuradova n’est pas seulement une victime : elle est le symbole des obstacles systémiques auxquels sont confrontées les femmes fuyant des régimes patriarcaux stricts. Son histoire rappelle la nécessité de renforcer les dispositifs internationaux de protection et d’anticiper les risques qui continuent de peser sur celles qui cherchent à vivre librement.

Celine Dou

Femmes dirigeantes et ONU : analyse d’une campagne controversée sur l’émancipation féminine et le niqab

La récente campagne d’UN Women, associant leadership féminin et niqab, a déclenché une polémique mondiale. Si elle vise à valoriser le rôle des femmes dans la consolidation de la paix, le choix des symboles et l’influence politique des États membres interrogent la cohérence du discours onusien sur les droits des femmes et sa crédibilité internationale.

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I. Une campagne qui interroge

Le 20 octobre 2025, UN Women a publié sur ses réseaux sociaux une photographie de femmes soudanaises portant des niqabs colorés, accompagnée du slogan : « Quand les femmes dirigent, la paix s’installe ». L’objectif affiché est de montrer que le leadership féminin contribue à la stabilité et à la paix, en particulier dans les zones de conflit. Parmi les figures mises en avant, Amna Idres Musa Mahamod, dirigeante de l’Association des femmes Al-Wifag au Soudan, est présentée comme une militante de l’égalité des sexes et des droits économiques des femmes dans les zones rurales.

Toutefois, le choix de la symbolique vestimentaire a suscité de nombreuses critiques. Sur X (anciennement Twitter), l’essayiste Ferghane Azihari a dénoncé ce qu’il considère comme « l’illustration de l’émancipation féminine par l’uniforme qu’imposent les régimes les plus misogynes ». Caroline Fourest, journaliste spécialisée dans les questions de laïcité et d’intégrisme religieux, a exprimé son étonnement : « Faire du niqab le signe du leadership au féminin, une fois de plus, rien ne va plus à l’ONU ».

II. Analyse symbolique et féministe

L’intervention de la franco-iranienne Abnousse Shalmani apporte un éclairage supplémentaire. Pour elle, l’émancipation féminine ne peut être représentée par des symboles qui assignent les femmes à l’invisibilité sociale et politique. Dans son discours, elle rappelle que la liberté et la visibilité des femmes sont des conditions sine qua non de l’égalité, et que la promotion de leadership féminin tout en valorisant des signes de soumission est paradoxale.

Ainsi, si l’ONU cherche à mettre en avant des femmes dirigeantes comme vectrices de paix, le recours au niqab comme symbole central brouille le message. Il en résulte une contradiction entre le discours universel sur les droits des femmes et les représentations choisies par l’organisation.

III. Contexte politique et institutionnel

Au-delà de la symbolique, la campagne s’inscrit dans un contexte plus large : depuis plusieurs années, l’ONU est influencée par des pays aux législations restrictives sur les droits des femmes, souvent qualifiés d’États islamistes. Cette influence se traduit dans la sélection des programmes et des messages de communication, mais également dans la partialité perçue de l’organisation face à certains conflits internationaux.

Les positions de l’ONU sur la guerre israélo-palestinienne, notamment à travers ses accusations répétées contre Israël de « crimes de guerre » et de « génocide », contrastent avec le traitement plus mesuré ou inexistant de violations des droits humains commises par d’autres acteurs. Pour les spécialistes du droit international, cette situation illustre la difficulté de concilier discours universel et réalités politiques, et questionne la crédibilité de l’organisation comme arbitre impartial des droits humains.

La polémique autour de la campagne de l’ONU dépasse le simple débat sur le niqab. Elle met en lumière une tension structurelle entre l’universalité proclamée des droits humains et l’influence politique des États membres. Entre symboles contestés et compromis institutionnels, la communication de l’ONU révèle ses limites, tant sur le plan de la cohérence que sur celui de la crédibilité internationale.

Cette campagne souligne la nécessité pour l’organisation de réfléchir à la manière dont symboles et messages institutionnels peuvent refléter, ou au contraire brouiller, ses objectifs en matière d’émancipation féminine et de droits humains.

Celine Dou, pour la boussole-infos