Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi sur son réseau Truth Social qu’il avait annulé une deuxième vague d’attaques prévues contre le Venezuela, invoquant la coopération du pays sud-américain. Caracas a procédé à la libération d’un grand nombre de prisonniers politiques, un geste salué par Trump comme important et intelligent.
Il a également évoqué des investissements massifs dans le secteur énergétique vénézuélien, estimés à au moins 100 milliards de dollars, qui devraient être effectués par de grandes compagnies pétrolières américaines. Selon Trump, cette coopération rendait inutile toute nouvelle attaque.
Capture de Nicolás Maduro et présidence par intérim
Le 3 janvier, l’armée américaine a capturé Nicolás Maduro, accusé de narcoterrorisme, à Caracas. Présenté lundi devant la justice américaine, il est incarcéré à New York. L’acte d’accusation a été révisé : la référence au Cartel des Soleils a été supprimée, ce groupe étant désormais décrit comme un « système clientéliste » basé sur la corruption. Maduro plaide non coupable et se considère comme un prisonnier de guerre.
Suite à la capture de Maduro, Delcy Rodríguez a prêté serment comme présidente par intérim pour 90 jours renouvelables, limitant la perspective d’une transition démocratique rapide. L’opposition, dirigée par Maria Corina Machado, prix Nobel de la paix 2025, devrait rencontrer Trump à Washington prochainement, malgré son interdiction de voyager au Venezuela depuis dix ans.
Les « colectivos » : bras armé du régime
Depuis la capture de Maduro, les « colectivos » ont renforcé leur présence dans Caracas. Armés et cagoulés, ces miliciens patrouillent, dressent des barrages, intimident la population et contrôlent les réseaux sociaux pour prévenir tout soutien à l’intervention américaine.
Créés sous Hugo Chávez et renforcés par Maduro, ces groupes paramilitaires sont estimés à 8 000 hommes et restent sous le contrôle officieux de Diosdado Cabello, figure influente du PSUV. Leur rôle est désormais de maintenir la continuité du régime et de réprimer toute dissidence.
Tensions au sein du pouvoir chaviste
Le pouvoir actuel repose sur un fragile équilibre entre Delcy Rodríguez (faction civile) et les militaires Diosdado Cabello et Vladimir Padrino López. Si l’alliance se maintient pour l’instant, les experts craignent que des conflits internes ne surgissent sous la pression américaine et autour des enjeux pétroliers.
Un rapport classifié de la CIA présenté à Trump a conclu que les loyalistes de Maduro, dont Delcy Rodríguez, étaient les mieux placés pour maintenir la stabilité en cas de perte de pouvoir du président. Ce rapport a contribué à inciter Trump à soutenir Delcy Rodríguez plutôt que Maria Corina Machado.
Libération de prisonniers et pression internationale
Le 8 janvier, Caracas a annoncé la libération de nombreux détenus, dont plusieurs ressortissants étrangers. L’Espagne, via Pedro Sánchez, a salué cette décision et exigé la libération immédiate de ses ressortissants encore emprisonnés. Parmi eux figure la militante Rocío San Miguel.
Cette libération intervient dans un contexte de pression américaine, marquant une tentative de stabilisation politique et de contrôle des ressources du pays.
Pétrole et opérations maritimes
Les États-Unis exercent un contrôle sur les exportations pétrolières vénézuéliennes. Trois navires affrétés par Chevron ont transporté du pétrole vers les États-Unis. Parallèlement, Washington tente d’intercepter un pétrolier russe lié au Venezuela, le Marinera, dans l’Atlantique, une opération surveillée par la marine russe et un sous-marin.
Malgré les plus grandes réserves pétrolières au monde, la production reste faible, autour d’un million de barils par jour, en raison de décennies de sous-investissement.
31 tonnes d’or bloquées à Londres
Depuis plusieurs années, 31 tonnes d’or vénézuélien restent stockées à Londres, hors de portée de Caracas, pour une valeur estimée à 1,95 milliard de dollars en 2020, aujourd’hui presque doublée. Le gouvernement britannique a refusé de restituer cet or, ne reconnaissant pas la présidence de Delcy Rodríguez.
L’affaire a été portée devant la justice en 2020, avec des procédures contradictoires entre Maduro et l’opposition représentée par Juan Guaido, sans qu’aucune décision définitive ne soit prise. Delcy Rodríguez a dénoncé une « piraterie flagrante » de l’or vénézuélien, tout en se déclarant ouverte à une coopération avec les États-Unis.
Répression et climat de peur à Caracas
L’état d’urgence imposé interdit notamment de célébrer la capture de Maduro. Les habitants vivent dans la peur et la répression, entre intimidations des « colectivos », arrestations arbitraires et contrôle des téléphones et réseaux sociaux. Les prisonniers politiques restants ont été détenus sans procès équitable, ce qui a conduit l’Espagne et d’autres pays à intervenir diplomatiquement.
Réactions locales et internationales
À Caracas, la population oscille entre optimisme prudent et inquiétude, certains espérant une meilleure gestion économique, d’autres craignant la répression.
En Espagne, le roi Felipe VI et la ministre de la Défense Margarita Robles ont insisté sur le respect du droit international et le rôle de l’Espagne dans l’OTAN. Aux États-Unis, la situation divise, certains parlementaires souhaitant limiter les pouvoirs militaires de Trump contre le Venezuela.
Conclusion
Le Venezuela traverse une crise multidimensionnelle, mêlant enjeux politiques, sécuritaires, économiques et diplomatiques. La capture de Maduro, le rôle des « colectivos », l’état d’urgence, la tutelle américaine sur le pétrole et la question de l’or londonien illustrent la fragilité du pays et les manœuvres internationales pour contrôler ses ressources et son appareil politique. L’annulation de la deuxième vague d’attaques par Trump marque un apaisement stratégique temporaire, mais la situation reste extrêmement volatile.