Travail, salaires, avenir : pourquoi une partie de la génération Z estime que le capitalisme ne lui profite plus et se tourne vers l’extrême-gauche

Ils travaillent, parfois beaucoup, mais peinent à se projeter. Pour une part croissante de la génération Z, le malaise ne tient pas à un rejet du travail, mais à un constat plus profond : l’effort fourni ne se traduit plus par une amélioration tangible des conditions de vie.

« Le capitalisme a cessé de fonctionner pour les jeunes » : derrière cette formule largement reprise dans le débat public se cache une réalité économique et sociale plus complexe qu’un simple conflit de générations. En France comme dans d’autres économies développées, de nombreux jeunes actifs expriment le sentiment de ne plus tirer de bénéfice réel du travail salarié, dans un contexte marqué par la stagnation des revenus, la hausse du coût de la vie et l’érosion des perspectives d’ascension sociale.

Une promesse économique fragilisée

Pendant plusieurs décennies, le modèle économique dominant reposait sur une promesse implicite : le travail devait permettre une progression matérielle et sociale. Diplôme, emploi, logement, stabilité constituaient les étapes d’un parcours relativement lisible. Pour une partie de la génération Z, cette promesse semble aujourd’hui fragilisée.

L’entrée sur le marché du travail se fait souvent par des contrats précaires, des rémunérations modestes et des perspectives d’évolution incertaines. Dans le même temps, le coût du logement, de l’énergie et des biens essentiels s’est accru plus rapidement que les salaires. Le résultat est un sentiment d’effort déséquilibré : travailler davantage ne garantit plus l’accès à un niveau de vie jugé décent.

Ce décalage alimente une frustration diffuse, qui ne relève pas d’une hostilité idéologique au capitalisme, mais d’une expérience quotidienne marquée par la difficulté à transformer le travail en sécurité économique.

La génération Z face au travail : un rejet souvent mal interprété

Contrairement à une idée répandue, la génération Z ne rejette pas le travail en tant que tel. Les enquêtes menées auprès des jeunes actifs montrent une forte attente à l’égard de l’activité professionnelle, perçue comme un espace de reconnaissance, d’utilité sociale et d’autonomie.

Ce qui est remis en question, en revanche, ce sont des conditions de travail jugées peu rémunératrices, instables ou déconnectées de toute perspective d’amélioration. La loyauté à l’entreprise, autrefois valorisée, cède le pas à une relation plus contractuelle au travail, dans laquelle l’engagement est proportionnel à la contrepartie obtenue.

Cette évolution est parfois interprétée comme un désengagement. Elle relève davantage d’un ajustement rationnel à un système économique qui offre moins de garanties qu’auparavant.

Un malaise partagé au-delà des frontières françaises

Le sentiment exprimé par une partie de la génération Z ne se limite pas à la France. Aux États-Unis d’Amérique, au Canada ou dans plusieurs États de l’Union européenne, des analyses similaires émergent. Endettement lié aux études, accès difficile au logement, concentration des richesses et stagnation des revenus alimentent un malaise comparable.

Dans ces contextes, le capitalisme n’est pas nécessairement rejeté comme principe, mais interrogé dans sa capacité à produire une prospérité partagée. La critique porte moins sur le marché que sur ses déséquilibres, et sur la perception d’une rupture du contrat implicite entre travail et amélioration des conditions de vie.

Une crise de rendement social du travail

Le cœur du problème réside sans doute dans ce que certains économistes qualifient de baisse du « rendement social du travail ». Autrement dit, le travail continue de produire de la valeur, mais celle-ci est de plus en plus concentrée, laissant aux jeunes actifs le sentiment de contribuer sans bénéficier pleinement des fruits de leur effort.

Cette situation nourrit un questionnement plus large sur l’équité intergénérationnelle. Les comparaisons avec les trajectoires des générations précédentes, qui ont connu un accès plus rapide à la propriété et à la stabilité, renforcent le sentiment de déclassement relatif.

Vers une redéfinition du pacte économique

Le malaise exprimé par la génération Z pose une question centrale aux sociétés contemporaines : comment restaurer un lien crédible entre travail, rémunération et projection dans l’avenir ? La réponse ne se limite ni à un ajustement culturel ni à une injonction morale adressée aux jeunes.

Elle implique une réflexion plus large sur les politiques salariales, l’accès au logement, la protection des parcours professionnels et la redistribution de la valeur produite. Autant de leviers qui conditionnent la capacité du système économique à rester socialement acceptable.

Dire que « le capitalisme a cessé de fonctionner pour les jeunes » relève moins d’un slogan que d’un signal. Celui d’une génération qui ne rejette ni l’effort ni l’activité professionnelle, mais qui constate une dissociation croissante entre travail et sécurité économique.

Ce constat mérite d’être pris au sérieux. Il ne traduit pas une rupture générationnelle irréductible, mais une tension structurelle qui, si elle n’est pas analysée et corrigée, risque d’éroder durablement la confiance dans le modèle économique contemporain.

Celine Dou, pour la boussole-infos

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