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États-Unis d’Amérique : 25 ans après le 11-Septembre, comment en est-on arrivé à discuter encore de la « résistance » face au terrorisme ?

Le 11 septembre 2001, 19 membres d’Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne et les utilisent pour frapper New York et le siège du département de la Défense des États-Unis d’Amérique. Près de 3 000 personnes sont tuées. Vingt-cinq ans plus tard, alors que New York commémore les victimes, une autre bataille se joue : celle des mots, de la mémoire et de la manière dont une partie de la société occidentale regarde désormais le terrorisme islamiste.

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Le matin où le monde bascule

Le 11 septembre 2001 commence comme une matinée ordinaire sur la côte Est des États-Unis d’Amérique.

À 8 h 46, le vol 11 d’American Airlines percute la tour Nord du World Trade Center, à New York. Dix-sept minutes plus tard, à 9 h 03, le vol 175 de United Airlines s’écrase contre la tour Sud. Les images diffusées en direct montrent alors un incendie dans l’un des immeubles les plus connus du monde. Lorsque le second avion frappe la tour voisine, il ne reste plus de doute : les États-Unis d’Amérique sont victimes d’une attaque coordonnée.

À 9 h 37, un troisième avion, le vol 77 d’American Airlines, s’écrase contre le Pentagone, à Arlington, en Virginie. À 9 h 59, la tour Sud du World Trade Center s’effondre. La tour Nord tombe à son tour à 10 h 28.

Le quatrième appareil, le vol 93 de United Airlines, n’atteint pas sa cible. Des passagers et des membres d’équipage tentent de reprendre le contrôle de l’avion. Celui-ci s’écrase à Shanksville, en Pennsylvanie, à 10 h 03. Les quatre avions ont été détournés par 19 hommes formés par Al-Qaïda. Quinze venaient d’Arabie saoudite, deux des Émirats arabes unis, un d’Égypte et un du Liban.

Le bilan immédiat est de 2 976 morts, sans compter les 19 terroristes. Des milliers d’autres personnes sont blessées. Parmi les victimes figurent les passagers des quatre appareils, des employés des tours, des policiers, des pompiers, des secouristes et des personnes présentes dans les environs du World Trade Center et du Pentagone.

Le choc dépasse rapidement les frontières des États-Unis d’Amérique. Pour le pays, c’est l’attaque la plus meurtrière jamais commise sur son territoire. Pour le reste du monde, elle marque l’entrée dans une période dominée par la lutte contre le terrorisme islamiste.

Une attaque dont les conséquences ne s’arrêtent pas au 11 septembre

Les attentats ne constituent pas un événement isolé. Ils sont l’aboutissement d’une stratégie préparée pendant plusieurs années par Al-Qaïda et son chef, Oussama ben Laden.

L’organisation avait déjà frappé des intérêts des États-Unis d’Amérique, notamment lors des attentats contre les ambassades des États-Unis d’Amérique au Kenya et en Tanzanie en 1998, puis contre le navire militaire USS Cole au Yémen en 2000. Le 11 septembre 2001 constitue cependant un changement d’échelle radical.

La réponse étasunienne transforme à son tour le monde.

Les États-Unis d’Amérique envahissent l’Afghanistan pour chasser Al-Qaïda et renverser le régime taliban qui lui offrait un sanctuaire. Deux ans plus tard, l’administration de George W. Bush engage la guerre en Irak, en invoquant notamment la menace que représenteraient les armes de destruction massive détenues par le régime de Saddam Hussein. Elles ne seront jamais découvertes.

La « guerre contre le terrorisme » devient alors l’un des grands cadres de la politique internationale pendant plus d’une décennie. Les services de renseignement sont renforcés, les dispositifs de surveillance élargis, les frontières davantage contrôlées et les interventions militaires des États-Unis d’Amérique s’étendent bien au-delà de l’Afghanistan.

Avec le temps, le bilan devient beaucoup plus complexe. L’intervention en Afghanistan se transforme en guerre de vingt ans et s’achève par le retour des talibans au pouvoir en 2021. En Irak, la chute du régime de Saddam Hussein contribue à une longue période de guerre et de fragmentation dont profitent ensuite différents mouvements djihadistes. Des spécialistes du terrorisme considèrent aujourd’hui que l’enlisement dans ces guerres a également nourri de nouvelles formes de jihadisme.

Le 11-Septembre a donc produit deux histoires. Celle d’une attaque terroriste qui a tué près de 3 000 personnes en quelques heures. Et celle d’une réaction politique et militaire dont les conséquences se mesurent encore vingt-cinq ans plus tard.

Mais une autre transformation est plus difficile à mesurer

Le changement ne se trouve pas seulement dans les institutions ou dans les guerres.

Il concerne aussi la manière de parler du terrorisme.

En 2001, la qualification des attaques d’Al-Qaïda ne suscite pratiquement aucune controverse dans les démocraties occidentales. Des civils sont délibérément pris pour cibles. Des avions de ligne sont détournés et transformés en armes. Des milliers de personnes sont tuées. Le mot « terrorisme » s’impose.

Vingt-cinq ans plus tard, les frontières du vocabulaire sont moins nettes.

Le débat apparu après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 en fournit l’un des exemples les plus frappants. Une partie de la gauche radicale et de certains mouvements militants occidentaux a décrit cette attaque comme un acte de résistance palestinienne ou de lutte anticoloniale, tandis que d’autres y ont vu sans ambiguïté un acte terroriste. Les deux lectures ne sont pas équivalentes : qualifier un acte de terroriste ne revient pas à nier l’existence du conflit israélo-palestinien, pas plus que dénoncer la politique du gouvernement israélien ne revient à justifier les massacres commis par le Hamas.

Le plus troublant est peut-être que ces positions peuvent désormais coexister chez une même personne.

Une enquête Harvard CAPS/Harris menée en décembre 2023 auprès de 2 034 personnes âgées de 18 ans et plus montrait ainsi que 73 % des 18-24 ans considéraient l’attaque du 7 octobre comme un acte terroriste. Mais 60 % du même groupe estimaient que cette attaque pouvait être justifiée par les griefs des Palestiniens. La reconnaissance de la nature terroriste de l’acte n’empêchait donc pas une partie importante des jeunes interrogés de lui attribuer une justification politique.

Ce paradoxe mérite davantage d’attention que les slogans lancés de part et d’autre.

Il ne signifie pas que la jeunesse étasunienne ou occidentale serait devenue favorable au terrorisme. Les enquêtes disponibles ne permettent pas de soutenir une affirmation aussi générale. Une enquête HarrisX publiée en 2023 montrait au contraire que 68 % des 18-24 ans considéraient le Hamas comme une organisation terroriste désignée par le gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Mais les écarts générationnels sont suffisamment importants pour poser une question sérieuse : comment une génération qui n’a pas vécu le 11-Septembre juge-t-elle aujourd’hui la violence politique lorsqu’elle est présentée comme une réponse à une oppression ?

Une génération qui n’a pas vu les tours s’effondrer

Pour ceux qui avaient 20 ans en 2001, le 11-Septembre appartient à leur histoire personnelle.

Pour les moins de 25 ans de 2026, il appartient essentiellement à l’histoire.

Ils ont grandi après les attentats, dans un monde où la guerre contre le terrorisme était déjà installée, où l’Afghanistan et l’Irak faisaient partie des programmes scolaires ou des informations, et où les réseaux sociaux ont progressivement remplacé la télévision comme principale source d’images et de commentaires pour une partie de la jeunesse.

Au Royaume-Uni, une enquête menée par More in Common en décembre 2023 avait montré une fracture particulièrement nette chez les 18-24 ans : 24 % des jeunes interrogés qualifiaient le Hamas de « combattants de la liberté », exactement la même proportion que ceux qui le qualifiaient de « terroristes ». 35 % déclaraient ne pas savoir comment le qualifier. Les générations plus âgées étaient beaucoup plus nombreuses à employer le terme « terroristes ».

Ces chiffres ne disent pas que les jeunes Occidentaux ont tous adopté une vision favorable au Hamas. Ils montrent autre chose : le mot « terroriste » n’est plus automatiquement la catégorie morale dominante chez une partie de cette génération lorsqu’il s’agit d’une organisation qui affirme combattre une puissance considérée comme occupante ou coloniale.

C’est un changement considérable par rapport à la mémoire politique construite après le 11-Septembre.

Le cas Mamdani : une cérémonie devenue bataille de mémoire

À New York, cette question a pris une dimension particulièrement visible à quelques jours du 25e anniversaire.

Le maire Zohran Mamdani a annoncé la création d’une journée municipale de commémoration et de service le 11 septembre, ainsi que de nouvelles mesures destinées à renforcer la préparation de la ville face aux futures menaces terroristes.

Mais sa présence aux cérémonies du 25e anniversaire a été contestée par des familles de victimes. Une pétition demandant qu’il n’y participe pas avait dépassé les 100 000 signatures lorsqu’elle lui a été remise à l’hôtel de ville le 8 septembre. Les signataires lui reprochent notamment certaines de ses positions politiques et la nomination de Ramzi Kassem comme conseiller juridique principal.

La polémique a pris une nouvelle ampleur après une cérémonie au cours de laquelle Mamdani a remis le stylo utilisé pour signer les décrets commémoratifs à Kassem. Celui-ci a auparavant représenté Ahmed al-Darbi, détenu à Guantánamo qui a plaidé coupable dans une affaire liée à Al-Qaïda. Al-Darbi était par ailleurs le beau-frère de Khalid al-Mihdhar, l’un des pirates de l’air du vol 77 qui s’est écrasé sur le Pentagone.

Il faut toutefois distinguer les faits : Kassem est un avocat qui a représenté un détenu lié à Al-Qaïda ; il n’est pas lui-même présenté comme un membre d’Al-Qaïda. Sa défense d’un accusé ou d’un condamné dans le cadre d’une procédure judiciaire ne constitue pas, en soi, une adhésion aux actes de son client.

La controverse autour du maire ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à un quelconque renversement idéologique de la société étasunienne. Elle montre en revanche combien la mémoire du 11-Septembre reste chargée de tensions politiques, identitaires et morales.

Le 9 septembre, la commissaire de la police de New York, Jessica Tisch, a elle-même appelé à conserver une « clarté morale » entre les terroristes et ceux qui sont venus secourir les victimes, dans un discours prononcé lors de l’inauguration d’un nouveau mémorial consacré aux policiers morts des suites de leur exposition aux conditions toxiques de Ground Zero.

Le débat n’est donc plus seulement historique. Il porte sur la manière dont une société transmet la distinction entre victime, agresseur, résistance et terrorisme à ceux qui n’ont pas vécu l’événement.

Islamophobie : un autre combat, qu’il ne faut pas confondre avec celui-là

Cette évolution du vocabulaire ne doit pas conduire à une autre simplification.

Après le 11-Septembre, des musulmans vivant aux États-Unis d’Amérique ont subi des discriminations, des violences et une surveillance accrue. La lutte contre l’islamophobie répond donc à des faits réels et à une exigence légitime de protection des citoyens musulmans.

Mais dénoncer une discrimination visant des musulmans n’empêche pas de condamner l’islamisme armé. Les deux questions ne devraient pas être confondues.

Le problème apparaît lorsque le mot « islamophobie » devient une réponse automatique à toute critique d’une idéologie islamiste, d’une organisation terroriste ou d’une justification religieuse de la violence. À l’inverse, assimiler les musulmans à des terroristes en raison de leur religion constitue une autre forme de falsification des faits.

La difficulté, vingt-cinq ans après le 11-Septembre, consiste précisément à conserver ces distinctions.

Ce que nous avons peut-être perdu en chemin

Le monde de 2001 n’est plus celui de 2026.

Le terrorisme islamiste n’a pas disparu. Al-Qaïda a perdu une partie de sa capacité opérationnelle, mais ses branches régionales demeurent actives. L’État islamique a ensuite occupé une place centrale dans le jihadisme mondial avant de perdre son territoire. La menace terroriste s’est également diversifiée, avec la montée d’autres formes d’extrémisme violent.

Mais quelque chose d’autre a changé : la certitude morale avec laquelle l’Occident nommait autrefois certaines violences.

Le 11 septembre 2001, personne n’aurait sérieusement soutenu que détourner quatre avions de ligne, les précipiter contre des immeubles et tuer des milliers de civils constituait une forme de résistance.

Vingt-cinq ans plus tard, la discussion porte parfois moins sur les victimes que sur les circonstances censées rendre la violence compréhensible. Les causes d’un conflit sont alors utilisées pour expliquer un crime, puis parfois pour le justifier. La frontière entre les deux peut devenir dangereusement mince.

C’est peut-être là que se trouve l’une des questions les plus importantes de ce 25e anniversaire.

Une société peut-elle comprendre les causes d’une violence sans finir par l’excuser ?

Et surtout : que transmet-elle à une génération qui n’a pas vu les avions frapper les tours, qui n’a pas entendu les sirènes dans les rues de New York et qui connaît le 11-Septembre principalement à travers des images, des récits familiaux et les combats idéologiques du présent ?

Vingt-cinq ans après les attentats, les tours du World Trade Center ont disparu, Al-Qaïda n’est plus l’organisation qu’elle était et les guerres déclenchées après 2001 ont profondément transformé le monde.

Mais le débat sur le sens de cette journée est loin d’être terminé.

Le 11-Septembre n’est donc plus seulement une histoire de 2001. C’est aussi une question posée à 2026 : après un quart de siècle, sommes-nous encore capables de nommer les victimes, les terroristes et les actes de chacun sans laisser nos convictions politiques décider à leur place de la réalité des faits ?

Celine Dou

Pour la Génération Z, retourner vivre chez ses parents n’est plus une honte : analyse d’un basculement social et économique profond

Pendant longtemps, quitter le domicile parental a constitué l’un des marqueurs les plus visibles de l’entrée dans l’âge adulte. Revenir y vivre, passé un certain âge, relevait de l’échec personnel ou de la disgrâce sociale. Ce schéma, longtemps présenté comme universel, est aujourd’hui ouvertement remis en question par une génération confrontée à des contraintes inédites.

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Chez les jeunes adultes de la Génération Z, retourner vivre chez ses parents n’est plus nécessairement perçu comme une régression. Ce choix, de plus en plus fréquent dans de nombreuses sociétés occidentales, s’inscrit dans un contexte de tensions économiques durables, de mutation du marché du travail et de redéfinition des normes sociales liées à l’autonomie.

Un phénomène désormais assumé

Dans plusieurs pays industrialisés, une proportion croissante de jeunes adultes vit ou revient vivre au domicile parental après une première expérience d’indépendance. Cette réalité concerne particulièrement la Génération Z, née à la charnière des années 1990 et 2000, dont l’entrée dans l’âge adulte s’effectue dans un environnement économique contraint.

Contrairement aux générations précédentes, ce retour n’est plus systématiquement dissimulé ni justifié comme provisoire. Il est souvent présenté comme un choix rationnel, assumé et parfois revendiqué. Dans les discours recueillis, la honte cède la place à une lecture pragmatique de la situation.

Des contraintes structurelles durables

Ce basculement ne peut être compris sans analyser les transformations profondes du cadre économique. La hausse continue des loyers, la raréfaction des logements accessibles, la précarisation de l’emploi des jeunes diplômés et le coût global de la vie rendent l’autonomie résidentielle de plus en plus difficile à atteindre.

À ces facteurs s’ajoute un marché du travail marqué par l’instabilité : contrats courts, périodes d’inactivité, reconversions fréquentes. Pour de nombreux jeunes adultes, vivre chez leurs parents devient une stratégie de stabilisation financière, permettant de réduire les dépenses contraintes, d’épargner ou simplement d’éviter un endettement précoce.

Dans ce contexte, l’indépendance n’est plus définie uniquement par le lieu d’habitation, mais par la capacité à construire une trajectoire viable à moyen terme.

La fin d’un modèle unique de l’âge adulte

Le recul de la stigmatisation sociale traduit une transformation plus profonde des normes collectives. Le modèle linéaire études, emploi stable, logement autonome qui structurait l’imaginaire de l’âge adulte au cours du XXᵉ siècle ne correspond plus aux réalités contemporaines.

La Génération Z évolue dans un monde où les transitions sont plus longues, plus fragmentées et moins prévisibles. Dans ce cadre, le retour au domicile parental n’est plus interprété comme un échec individuel, mais comme l’une des nombreuses configurations possibles de l’entrée dans l’âge adulte.

Cette évolution interroge également la responsabilité collective. Si le retour chez les parents devient la norme, ce n’est pas seulement par choix culturel, mais parce que les structures économiques et sociales rendent l’autonomie plus coûteuse et plus incertaine qu’auparavant.

Un révélateur des transformations sociales contemporaines

Au-delà de la Génération Z, cette tendance invite à repenser la place de la famille dans les sociétés contemporaines. La cohabitation intergénérationnelle, longtemps considérée comme transitoire ou marginale dans certaines sociétés occidentales, redevient un espace central de solidarité économique et sociale.

Ce mouvement pose aussi la question des politiques publiques : logement, emploi des jeunes, protection sociale. Le débat ne porte plus uniquement sur les choix individuels, mais sur les conditions collectives qui les rendent nécessaires.

Le retour des jeunes adultes au domicile parental ne relève ni d’un renoncement ni d’un refus de l’autonomie. Il constitue l’adaptation rationnelle d’une génération confrontée à des contraintes structurelles durables. En cessant d’y voir une honte, la Génération Z met en lumière une réalité plus large : celle d’un modèle social qui peine à garantir l’indépendance matérielle comme horizon accessible à tous.

Comprendre ce phénomène, c’est reconnaître que les trajectoires individuelles sont indissociables des conditions économiques et sociales dans lesquelles elles s’inscrivent.

Celine Dou, pour La Boussole – infos

Travail, salaires, avenir : pourquoi une partie de la génération Z estime que le capitalisme ne lui profite plus et se tourne vers l’extrême-gauche

Ils travaillent, parfois beaucoup, mais peinent à se projeter. Pour une part croissante de la génération Z, le malaise ne tient pas à un rejet du travail, mais à un constat plus profond : l’effort fourni ne se traduit plus par une amélioration tangible des conditions de vie.

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Génération Z face aux compétences de vie : comprendre les défis de l’autonomie dans un monde en mutation

La génération Z, née entre 1996 et 2010, affiche une aisance numérique remarquable mais rencontre des difficultés dans certaines compétences pratiques du quotidien, comme la gestion financière, la cuisine ou l’entretien d’un logement. Face à ce constat, des initiatives éducatives émergent pour combler ce déficit, soulignant un enjeu sociétal majeur : préparer les jeunes à vivre et travailler dans un monde en mutation.

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« Je sais coder, mais je ne sais pas changer un pneu. » Ce constat, partagé par plusieurs jeunes adultes, illustre une réalité qui inquiète enseignants, parents et institutions : malgré des acquis technologiques indéniables, certains jeunes peinent à maîtriser les compétences de vie essentielles à l’autonomie.

Plusieurs enquêtes internationales révèlent qu’une proportion significative de jeunes adultes éprouve des difficultés à gérer des tâches de la vie quotidienne. Selon une étude canadienne, près de 80 % des étudiants déclarent se sentir mal préparés pour gérer un budget, cuisiner ou entretenir un logement.

Ce phénomène n’est pas limité au Canada. Des initiatives similaires ont été observées aux États-Unis, où certaines universités proposent désormais des cours d’« adulting », visant à enseigner les compétences pratiques que les programmes scolaires traditionnels négligent.

La génération Z est la première à avoir grandi dans un monde entièrement numérique, caractérisé par une exposition précoce à internet et aux technologies. Cette immersion a favorisé une maîtrise remarquable des outils numériques, mais a aussi limité l’apprentissage pratique dans des contextes réels.

Par ailleurs, la pandémie de COVID‑19 a réduit les interactions sociales et les expériences pratiques, accentuant ce déficit. L’essor des applications pour tout faire (livraison, gestion financière automatisée, services à domicile) a également contribué à diminuer l’exposition des jeunes à certaines tâches quotidiennes.

Il serait réducteur de qualifier cette génération d’« incapable ». Les recherches montrent que le déficit de compétences pratiques résulte d’un écart entre les compétences valorisées par l’éducation formelle et celles requises pour l’autonomie quotidienne.

L’autonomie ne se limite pas à la capacité technique. Les dimensions psychosociales, telles que la confiance en soi, la santé mentale et la gestion du stress, jouent un rôle central dans la capacité des jeunes à s’organiser et à prendre des décisions de manière indépendante.

Les initiatives éducatives, comme les cours « Adulting 101 », traduisent une prise de conscience institutionnelle : préparer la génération Z à un monde en mutation ne se limite pas à l’enseignement académique, mais implique l’acquisition de compétences pratiques, sociales et émotionnelles.

Le déficit de compétences pratiques chez la génération Z doit être replacé dans un contexte historique et sociétal. Comparée aux générations précédentes, cette génération évolue dans un environnement plus complexe : marché du travail instable, digitalisation accélérée, contraintes économiques et mutations sociales.

Il est également important de reconnaître que la génération Z développe d’autres compétences stratégiques : pensée critique, créativité, adaptation rapide, compétences numériques et collaboration à distance. Ces aptitudes reflètent une évolution des compétences nécessaires plutôt qu’un manque de capacité.

Les difficultés de la génération Z à acquérir certaines compétences de vie traduisent une transformation sociétale et éducative, plutôt qu’un défaut intrinsèque. Les initiatives émergentes pour développer l’autonomie pratique constituent une réponse structurée à un besoin réel, et offrent une piste pour préparer les jeunes adultes à naviguer dans un monde de plus en plus complexe et numérisé.

Ce constat appelle à une réflexion globale sur l’éducation et la formation, pour que chaque génération puisse s’adapter aux exigences d’un monde en perpétuelle mutation.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Maroc : la Génération Z à la recherche d’un nouvel horizon social

Alors que plusieurs villes du royaume ont été le théâtre, ces deux dernières semaines, de troubles marqués par des violences et la mort de plusieurs personnes, la question de la jeunesse marocaine s’impose avec acuité. Ces événements tragiques rappellent combien il est urgent de comprendre les tenants et les motivations profondes du mouvement de la « Génération Z » marocaine cette jeunesse connectée, éduquée, mais en quête de sens et de justice sociale.

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Face à la précarité, à la défiance politique et aux fractures sociales persistantes, la jeunesse marocaine, héritière d’un pays en mutation rapide, réclame un nouveau pacte entre l’État et les citoyens. Connectée au monde mais enracinée dans ses réalités, elle incarne à la fois l’espoir et l’impatience d’un continent jeune qui veut être entendu.

Les places publiques du Maroc bruissent d’une colère contenue. Dans les rues de Rabat, Casablanca ou Fès, de jeunes Marocains manifestent pacifiquement, exigeant une réforme en profondeur du modèle social. Emploi, santé, éducation, justice : leurs revendications dessinent les contours d’un malaise global, qui dépasse les frontières nationales.

Née à l’ère du numérique et des comparaisons internationales, cette « Génération Z » marocaine observe un monde ouvert, mais se heurte à un horizon souvent fermé. Le diplôme ne garantit plus l’emploi ; la méritocratie semble s’être dissoute dans les inégalités structurelles. Beaucoup aspirent à partir, faute d’un avenir stable dans leur propre pays.

Depuis deux décennies, le Maroc s’est engagé dans d’importantes réformes économiques et institutionnelles. La modernisation du pays, saluée par les bailleurs internationaux, a permis de consolider les infrastructures, d’attirer les investissements et d’élargir l’accès à l’éducation.
Mais ces progrès, réels, n’ont pas suffi à réduire les écarts.

Le chômage des jeunes urbains reste supérieur à 35 %, selon le Haut-Commissariat au Plan. Dans les zones rurales, la pauvreté structurelle, le manque d’opportunités et la précarité scolaire entretiennent un sentiment d’abandon. La montée du coût de la vie, particulièrement dans les grandes villes, renforce la fracture sociale.

Plus encore que les difficultés matérielles, c’est la crise de confiance qui frappe : beaucoup estiment que le système politique ne traduit plus les aspirations de la jeunesse. Les mécanismes de représentation traditionnels paraissent déconnectés d’une génération qui valorise la transparence, la participation et la mobilité.

Cette jeunesse marocaine partage avec ses homologues d’Afrique, d’Europe ou du Moyen-Orient une même quête de sens. Elle rejette les hiérarchies figées, interroge la légitimité des élites et se saisit des outils numériques comme espace d’expression.

Mais elle n’est pas seulement protestataire : elle invente. On la retrouve dans les start-up sociales, les collectifs culturels, les projets écologiques et citoyens. Elle expérimente, parfois en marge des institutions, un modèle de société fondé sur la créativité, l’équité et la solidarité.

À travers ses mobilisations, c’est moins la contestation du pouvoir qui s’exprime que la volonté d’un renouvellement du contrat social, adapté à une société marocaine plus éduquée, plus urbaine et plus consciente de ses droits.

Le Maroc n’est pas isolé dans ce mouvement de fond. En Tunisie, en Algérie ou en Égypte, les jeunes expriment la même lassitude face à des systèmes économiques bloqués et à des transitions politiques inachevées.
Partout en Afrique du Nord, le poids démographique de la jeunesse plus de 60 % de la population fait de cette catégorie un acteur central du devenir collectif.

Pour le royaume chérifien, cette pression générationnelle est aussi une opportunité. En investissant davantage dans la formation, l’innovation et la participation civique, le pays pourrait transformer ce potentiel en moteur de développement. À l’inverse, ignorer cette soif de reconnaissance risquerait d’alimenter le désengagement et l’émigration des jeunes talents.

La « Génération Z » marocaine ne rejette pas son pays : elle l’interpelle.
Ses attentes ne relèvent pas de l’utopie, mais d’un besoin de justice et de dignité. Elle souhaite participer aux décisions, non en spectatrice mais en actrice d’un futur plus équitable.

Redéfinir le contrat social suppose donc un double effort :
– du côté de l’État, une écoute réelle et des réformes concrètes ;
– du côté de la jeunesse, la construction d’un engagement citoyen structuré et durable.

L’enjeu dépasse le Maroc : il touche à la capacité de toute l’Afrique à offrir à sa jeunesse autre chose qu’un horizon d’exil.

Le cri de la jeunesse marocaine n’est pas celui de la rupture, mais de la refondation. Il exprime la volonté d’un dialogue entre générations, d’un pays qui assume son évolution sociale et sa modernité.
Dans ce Maroc en mouvement, la Génération Z se révèle non pas comme un problème à gérer, mais comme une force de renouvellement le visage d’un avenir encore possible, si la société accepte de l’écouter.

Celine Dou, pour La Boussole – infos

États-Unis d’Amérique : accoucher à l’étranger, un révélateur des dysfonctionnements systémiques

Un symptôme préoccupant du système états-unien de santé

La multiplication des accouchements à l’étranger parmi les jeunes citoyens des États-Unis d’Amérique (EUA) traduit une perte de confiance croissante dans les fondements mêmes de leur modèle social. Selon une étude relayée par Vice, près de 30 % des expatriés états-uniens issus de la génération Z ont déjà accouché hors de leur pays d’origine. Cette proportion monte à 63 % parmi ceux qui envisagent cette option. Les raisons évoquées relèvent autant de considérations financières que d’enjeux sociaux et politiques.

Le coût moyen d’un accouchement sans complication aux EUA dépasse les 10 000 dollars, même avec couverture médicale. En comparaison, des pays comme le Canada, la Thaïlande ou encore le Costa Rica proposent des services équivalents pour un tiers de ce tarif, parfois moins. À cette différence de coût s’ajoute l’absence d’un congé parental garanti au niveau fédéral et les fortes disparités de qualité de soins selon l’origine ethnique, la classe sociale et l’État fédéré de résidence.

Cette tendance n’est pas sans signification politique. Dans un pays où le statut de citoyen confère, en principe, l’accès à des droits fondamentaux, devoir franchir les frontières pour bénéficier de conditions décentes d’accouchement équivaut à une remise en cause tacite du pacte social. Cela interroge directement l’organisation du système de santé états-unien, majoritairement privé, fragmenté, et soumis aux logiques assurantielles.

Le fait que ces naissances aient lieu dans des pays aux structures sanitaires plus accessibles témoigne d’un renversement de perception. La nationalité états-unienne, autrefois perçue comme un privilège d’entrée dans le monde, ne garantit plus à elle seule les conditions d’un bon départ dans la vie. L’acquisition d’une double citoyenneté devient un objectif stratégique, ouvrant des perspectives de mobilité, d’éducation et d’accès aux soins plus diversifiées pour les générations futures.

Conscients de cette évolution, les pouvoirs publics états-uniens ont durci leur législation en matière de « birth tourism » (tourisme de naissance), notamment sous l’administration Trump. L’objectif affiché est de restreindre l’obtention automatique de la citoyenneté états-unienne pour les enfants nés de parents étrangers non-résidents. Cette politique traduit une volonté de contrôle croissant de l’accès à la nationalité, dans un contexte d’hostilité croissante à l’immigration.

Cette même logique restrictive est aujourd’hui retournée contre des citoyens eux-mêmes : des femmes enceintes doivent désormais justifier du but de leur voyage à l’étranger, y compris lorsqu’il s’agit d’un choix personnel de cadre d’accouchement. Ce durcissement révèle une contradiction profonde entre l’idéologie de la libre entreprise qui régit la santé aux EUA et les mécanismes de souveraineté que l’État cherche à réaffirmer.

Pour l’observateur international, ce phénomène pose une question essentielle : comment expliquer que des citoyens d’un État du G7, première puissance économique et militaire du monde, se voient contraints de chercher ailleurs des conditions de naissance plus dignes ? Loin d’être un phénomène marginal, cette tendance traduit un affaiblissement de l’État social aux États-Unis d’Amérique, et renvoie à une dynamique plus large de fragmentation des systèmes de santé à l’échelle mondiale.

Elle met également en lumière le rôle stratégique que peuvent jouer certains pays du Sud ou non-alignés dans la redéfinition des standards internationaux de qualité des soins, lorsqu’ils investissent durablement dans leur système sanitaire. Il ne s’agit pas, ici, d’idéaliser ces pays, mais de constater que les marges de manœuvre existent, y compris hors du centre capitaliste occidental, pour offrir un accueil digne à la vie naissante.

Loin d’un simple fait de société, le choix croissant d’accoucher à l’étranger parmi les jeunes générations états-uniennes révèle les failles structurelles d’un système en crise. Il interroge la capacité des institutions à garantir un accès équitable à des soins de qualité. Pour les États qui cherchent à redéfinir leur souveraineté sanitaire et leur modèle social, cette dynamique constitue à la fois un signal d’alerte et une opportunité stratégique.