Transit commercial : le Mali mise sur le port de Conakry pour réduire sa dépendance

Le gouvernement malien a annoncé, à l’issue de son Conseil des ministres du 28 janvier 2026, la conclusion d’un accord bilatéral avec la Guinée visant à créer une voie alternative de transit pour ses marchandises. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie visant à diversifier les corridors logistiques du Mali et à réduire sa dépendance aux ports de Dakar (Sénégal) et Abidjan (Côte d’Ivoire).

Un corridor stratégique pour le Mali

Actuellement enclavé, le Mali dépend fortement des infrastructures portuaires de ses voisins pour l’acheminement de ses importations et exportations. Cette dépendance est devenue particulièrement critique depuis les sanctions imposées par la CEDEAO en 2022, qui ont limité l’accès aux corridors traditionnels et perturbé les flux commerciaux.

Dans ce contexte, Bamako et Conakry ont décidé de renforcer leur coopération logistique, en sécurisant une nouvelle voie de transit via le territoire guinéen. L’accord prévoit notamment l’accès pour le Mali à des infrastructures portuaires et des facilités de traitement de marchandises au port de Conakry, renforçant ainsi le rôle de ce port dans le commerce malien.

Échanges fonciers et infrastructures

Dans le cadre de cet accord, le Mali a accordé à la Guinée une cession gratuite de 10 hectares situés près de l’axe routier Kouremalé‑Bamako. Ces terrains serviront à développer des infrastructures logistiques et des espaces d’entreposage. De leur côté, les autorités guinéennes ont déjà mis à disposition des Maliens des terrains à Kankan, facilitant l’installation de centres de stockage et de transit.

L’objectif est de créer un corridor efficace reliant Conakry à Bamako, permettant de fluidifier le transport des marchandises et de renforcer l’intégration économique entre les deux pays.

Perspectives économiques et défis

Historiquement, les échanges commerciaux transitant par la Guinée vers le Mali étaient modestes : les exportations maliennes via ce pays sont passées de 299 tonnes en 2022 à 7 624 tonnes en 2023. Bien que ces volumes restent faibles comparés aux millions de tonnes traitées par Dakar ou Abidjan, le nouveau corridor offre des perspectives de croissance et de diversification du commerce extérieur.

Cependant, plusieurs défis majeurs doivent être relevés :
• Compétitivité des coûts portuaires et frais de transit, par rapport aux corridors traditionnels.
• Qualité et entretien du réseau routier entre Conakry et Bamako pour garantir un transport sûr et efficace.
• Sécurité et stabilité des axes routiers, essentielle pour attirer les transporteurs et les opérateurs commerciaux.

Enjeux régionaux

Au-delà de l’intérêt bilatéral, ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement de l’intégration économique en Afrique de l’Ouest. Diversifier les corridors de transit permet de réduire les vulnérabilités liées à la dépendance sur quelques grands ports, tout en favorisant le commerce intra‑régional et la coopération économique entre les pays voisins.

Laisser un commentaire