Le Somaliland mise sur les minerais et les bases militaires pour séduire Washington, Israël attendu face à la crise de l’eau

La République autoproclamée du Somaliland, en quête de reconnaissance internationale depuis sa sécession de la Somalie en 1991, multiplie les initiatives diplomatiques pour consolider son statut. Après avoir obtenu fin 2025 la reconnaissance officielle d’Israël, les autorités de Hargeisa espèrent désormais convaincre les États-Unis de franchir le pas.

Pour y parvenir, elles mettent en avant deux atouts stratégiques : leurs ressources minières et leur position géopolitique clé à l’entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, l’une des routes commerciales les plus fréquentées au monde.

Des minerais stratégiques comme levier diplomatique

Le ministre de la Présidence, Khadar Hussein Abdi, a affirmé que le Somaliland était prêt à accorder aux États-Unis un accès privilégié à ses minerais, voire à leur offrir des bases militaires sur son territoire. Selon le ministère somalilandais de l’Énergie et des Minerais, le sous-sol regorgerait de lithium, de tantale, de niobium et de coltan, des ressources stratégiques essentielles aux industries de pointe.

Le président somalilandais Abdirahman Mohamed Abdullahi, surnommé « Irro », avait déjà évoqué la possibilité d’accorder à Israël un accès privilégié à ces ressources. Cette stratégie s’inscrit dans un contexte international marqué par une forte concurrence pour l’approvisionnement en minerais critiques, notamment depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, dont l’administration adopte une diplomatie assumée autour des ressources naturelles.

Plusieurs sénateurs républicains, dont Ted Cruz, plaident depuis des mois pour une reconnaissance officielle du Somaliland par Washington. Toutefois, le président américain s’est montré prudent, déclarant vouloir « étudier » la question.

Un enjeu militaire et géostratégique majeur

Le Somaliland occupe une position stratégique face au Yémen, théâtre d’attaques menées par les rebelles houthis soutenus par l’Iran. Les analystes estiment que cet emplacement renforce son attractivité militaire, alors que Washington dispose déjà d’une base navale à Djibouti, pays voisin.

Interrogé sur l’éventualité d’accorder également une base à Israël, le ministre de la Présidence a indiqué ne « rien exclure », évoquant un futur « partenariat stratégique » entre les deux pays.

Cependant, une telle décision pourrait accroître les tensions régionales. La reconnaissance israélienne a déjà suscité la colère de Mogadiscio et provoqué des menaces de la part des houthis ainsi que des islamistes shebab, affiliés à Al-Qaïda, qui combattent le gouvernement somalien depuis deux décennies.

La Turquie, partenaire clé de la Somalie, a également été invitée par Hargeisa à « parler directement » au Somaliland plutôt qu’à Mogadiscio, que les autorités somalilandaises qualifient d’« État non fonctionnel ».

Israël attendu comme partenaire clé face à la crise de l’eau

Au-delà des enjeux militaires et miniers, la reconnaissance d’Israël suscite d’importants espoirs sur le plan civil, notamment dans la gestion de l’eau et l’agriculture.

Dans les campagnes proches de Hargeisa, les sécheresses répétées ont laissé des champs à l’abandon. Des agriculteurs comme Faysal Omar Salah voient leurs terres se transformer en poussière après des mois sans pluie. Dans certaines zones, aucune précipitation significative n’a été enregistrée depuis juin ou juillet.

Face à cette crise, le gouvernement somalilandais mise sur l’expertise israélienne. Israël, pays aride, est devenu un modèle mondial en matière de gestion de l’eau : près de 90 % de ses eaux usées sont recyclées et ses usines de dessalement assurent plus de 80 % de son approvisionnement en eau potable. Le pays a également perfectionné l’irrigation au goutte-à-goutte, réduisant considérablement la consommation hydrique agricole.

Vingt-cinq experts somalilandais ont récemment été envoyés en formation en Israël. Le chef de la diplomatie israélienne, Gideon Sa’ar, a promis l’envoi de spécialistes pour accompagner la modernisation des infrastructures hydriques et agricoles.

Une insécurité alimentaire préoccupante

Les sécheresses récurrentes et le retard des saisons des pluies aggravent une situation déjà fragile. Selon le Programme alimentaire mondial, environ un quart de la population somalienne — incluant le Somaliland — soit 4,4 millions de personnes, fait face à des niveaux graves d’insécurité alimentaire.

Or, l’aide internationale est en net recul. Le PAM avertit qu’il pourrait interrompre son assistance d’urgence dans les prochaines semaines faute de financements.

Dans les campagnes, seuls 10 % des terres sont arables et à peine 3 % sont cultivées. Les autorités espèrent que la coopération israélienne permettra d’améliorer ces chiffres, en introduisant de nouvelles techniques agricoles et des infrastructures d’irrigation modernes.

Entre ambitions diplomatiques et défis structurels

Après 35 ans d’autonomie de facto, le Somaliland cherche à transformer sa stabilité relative en reconnaissance internationale. L’offre de minerais et de bases militaires aux États-Unis illustre une diplomatie pragmatique fondée sur l’échange d’intérêts stratégiques.

Mais au-delà des calculs géopolitiques, la priorité demeure le développement économique et la sécurité alimentaire d’un territoire encore pauvre, confronté au changement climatique et à la baisse de l’aide internationale.

Pour nombre d’habitants, la reconnaissance israélienne ne symbolise pas seulement un succès diplomatique : elle représente l’espoir concret d’un accès à l’eau, condition essentielle à la survie et au développement du Somaliland.

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