Washington accuse Téhéran d’« avancer caché » sur le nucléaire
Les tensions entre Iran et les États-Unis connaissent une nouvelle escalade diplomatique et militaire. À la veille d’une nouvelle session de discussions à Genève, Washington accuse Téhéran de poursuivre discrètement le développement de son programme nucléaire, tout en refusant d’aborder la question de ses missiles balistiques.
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a déclaré que l’Iran « refusait » de discuter de son programme balistique, qualifiant cette position de « très gros problème ». S’exprimant lors d’une conférence de presse à Saint-Kitts-et-Nevis, il a affirmé que le président américain privilégiait une solution diplomatique, tout en soulignant que les discussions ne pourraient pas se limiter au seul nucléaire.
La veille, devant le Congrès, Donald Trump a accusé l’Iran de concevoir des armes capables de frapper les États-Unis. Il a également mis en garde contre les ambitions balistiques iraniennes, estimant que Téhéran disposait déjà de missiles pouvant menacer l’Europe et les bases américaines dans la région, et travaillait à développer des vecteurs à plus longue portée.
Le vice-président J.D. Vance a renchéri en affirmant que « l’Iran ne doit pas posséder l’arme nucléaire » et que des preuves indiqueraient une tentative d’en acquisition.
L’Iran dénonce des « mensonges » américains
Téhéran a rejeté ces accusations, dénonçant ce qu’il qualifie de « gros mensonges » américains. Selon un rapport parlementaire américain daté de 2025, l’arsenal iranien pourrait atteindre des cibles situées jusqu’à 3 000 kilomètres, une portée qui ne couvre pas le territoire continental des États-Unis.
Le président iranien Massoud Pezeshkian a réaffirmé le refus de son pays de se doter de l’arme atomique, dénonçant des accusations infondées. Il décrit la situation actuelle comme un état de « ni guerre ni paix », soulignant l’ambiguïté stratégique qui domine les relations entre les deux puissances.
Menace d’intervention militaire et ultimatum américain
La pression est montée d’un cran après que Donald Trump a lancé, le 19 février, un ultimatum de « 10 à 15 jours » pour déterminer si un accord était possible ou si Washington recourrait à la force. Depuis janvier, les deux parties affirment privilégier la voie diplomatique, tout en se déclarant prêtes à une action militaire.
Les négociateurs iraniens sont arrivés mercredi soir à Genève pour une troisième série de pourparlers indirects avec les États-Unis. Côté américain, l’émissaire spécial Steve Witkoff et Jared Kushner participent aux discussions.
Marco Rubio a insisté sur le fait que, bien que l’Iran ne procède pas actuellement à l’enrichissement d’uranium, il tenterait de reconstituer les capacités nécessaires pour le faire à l’avenir. Pour Washington, il ne s’agit plus seulement d’empêcher la bombe, mais aussi de freiner les capacités balistiques et les infrastructures associées.
Déploiement militaire : douze F-22 en Israël
Dans ce contexte explosif, les États-Unis ont procédé à un déploiement militaire hautement symbolique : douze avions de combat furtifs F-22 Raptor ont atterri le 24 février en Israël.
Le F-22 Raptor est l’un des appareils les plus sophistiqués de l’arsenal américain, conçu pour la supériorité aérienne et les frappes de précision. Leur stationnement stratégique, accompagné d’un déploiement naval dans la région du Golfe, constitue un signal clair adressé à Téhéran.
Selon l’analyste israélien Raz Zimmt, spécialiste de l’Iran à l’Institut des études de sécurité nationale de Tel Aviv, cette démonstration de force vise à donner au président américain « suffisamment de flexibilité » pour choisir entre une frappe limitée ou une opération d’envergure.
Israël inquiet d’un accord « incomplet »
Si la voie diplomatique reste officiellement privilégiée, l’hypothèse d’une intervention militaire n’est pas exclue. En Israël, le niveau d’alerte demeure inchangé, mais les autorités suivent de près l’évolution du dispositif militaire américain.
L’État hébreu redoute un accord jugé insuffisant, qui limiterait le programme nucléaire iranien sans s’attaquer aux capacités balistiques. Pour Tel Aviv, un tel compromis laisserait intact un élément central de la menace stratégique iranienne.
Un équilibre fragile entre négociation et confrontation
Les pourparlers du 26 février en Suisse constituent une tentative cruciale pour éviter une confrontation militaire directe. Mais la combinaison d’un ultimatum américain, d’un déploiement militaire massif et d’accusations croisées alimente le risque d’escalade régionale.
Entre démonstration de force et diplomatie sous pression, les relations entre Washington et Téhéran se situent dans une zone grise incertaine. La fenêtre de négociation reste ouverte, mais elle se rétrécit à mesure que les signaux militaires se multiplient au Moyen-Orient.