Liban : la colère populaire monte contre le Hezbollah après les frappes israéliennes

À Beyrouth, la colère et le désespoir se mêlent après de nouveaux bombardements israéliens. Dans le quartier populaire d’Aïcha Bakkar, touché mercredi à l’aube par une frappe qui a détruit un appartement et endommagé plusieurs habitations, de nombreux habitants accusent le Hezbollah d’avoir entraîné le Liban dans ce qu’ils appellent désormais « la guerre de trop ».(Source : AFP).

Dans les rues jonchées de gravats et de verre brisé, une femme voilée de noir traverse la rue en larmes. Elle explique que son cousin a été blessé dans l’explosion. « Nous voulons juste vivre en paix », murmure-t-elle, refusant de donner son nom.

À quelques mètres, Amal Hisham découvre les dégâts dans l’appartement d’un proche : les vitres ont explosé et le mobilier est dévasté. Furieuse, la quadragénaire rejette à la fois Israël et les groupes armés. « Je n’ai que faire du Hezbollah et de tous les autres. Israël est un État terroriste. Ce sont tous des terroristes qui s’entretuent », lance-t-elle.

Une escalade après des mois de relative retenue

La tension s’est brutalement ravivée après le 2 mars, lorsque le Hezbollah a tiré des missiles vers Israël. Le mouvement chiite pro-iranien affirmait agir pour venger la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, tué lors des premières frappes israélo-américaines contre l’Iran.

Pour de nombreux Libanais, déjà épuisés par des décennies de conflits avec Israël et par l’effondrement économique du pays, cette nouvelle confrontation n’a rien d’une guerre nationale.

Dans une échoppe de fruits et légumes d’Aïcha Bakkar, Randa Harb, une vieille commerçante, exprime sa colère sans détour : « Le Hezbollah doit remettre ses armes à l’État, un point c’est tout. »

Peur et rumeurs dans les quartiers touchés

À peine les blessés évacués, les habitants tentent de comprendre pourquoi leur quartier a été ciblé. Certains affirment que des membres du Hezbollah se cachaient dans l’immeuble détruit. D’autres évoquent la présence d’un responsable du Hamas.

Pour Muhammad Ahmad, père de famille de 42 ans, la question importe peu. « Leur présence est un grand danger pour nous », dit-il. « S’ils veulent mourir en martyrs, qu’ils restent chez eux et se sacrifient tout seuls. »

La peur s’accentue également avec l’arrivée de déplacés ayant fui la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah intensément bombardé. Aziza, qui tient un bébé dans les bras, explique avoir autrefois accueilli des familles chiites pendant la guerre de 2024. Mais aujourd’hui, elle hésite.

Elle affirme que des partisans du Hezbollah ont récemment tiré sur son fils à la jambe après qu’il se soit plaint de la présence de leurs drapeaux dans la rue. « Depuis, je ne reçois plus personne d’une autre communauté », confie-t-elle.

Un soutien de plus en plus fragile

Dans le quartier chrétien de Mar Michael, autrefois animé par la vie nocturne de Beyrouth, Tony Saab, 68 ans, observe avec amertume l’évolution de la situation.

« Le Hezbollah prend les décisions sans se soucier ni du pays ni de sa propre base », estime l’épicier. « Il mène des combats absurdes. Vous tirez un missile, ils en tirent cent en retour. À quoi bon ? »

Après la guerre de 2006 contre Israël, le Hezbollah jouissait d’une immense popularité dans une partie du pays. Mais au fil des années, son influence militaire et politique a été de plus en plus critiquée par d’autres communautés, qui dénoncent un « État dans l’État ».

Même au sein de la communauté chiite, autrefois largement acquise au mouvement, les divisions apparaissent. Lina Hamdan, avocate issue d’une famille chiite, affirme que cette guerre est rejetée par beaucoup.

« Personne ne voulait de cette guerre. Qui voudrait aller se suicider ? », dit-elle. Selon elle, les chiites eux-mêmes sont « les premières victimes » de cette nouvelle escalade.

Des déplacés abandonnés

Dans une école transformée en centre d’accueil pour les déplacés, Hiam, 53 ans, s’interroge sur le sens de ce conflit. « Quel était le but de cette guerre ? Rien de tout cela n’a de sens », dit-elle.

Par le passé, le Hezbollah aidait financièrement les familles déplacées à se reloger grâce à son réseau d’associations, d’écoles et d’hôpitaux. Mais cette fois, affirme-t-elle, l’aide tarde à venir.

« Cette fois, nous sommes livrés à nous-mêmes », conclut-elle, résumant le sentiment d’abandon qui gagne une partie de la population libanaise.

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