Une nouvelle datation scientifique du squelette d’un enfant découvert au Portugal en 1998 confirme son ancienneté et relance l’intérêt pour les relations entre les humains modernes et les Néandertaliens.
Une découverte archéologique réalisée au Portugal continue d’éclairer l’histoire de l’évolution humaine. Découvert en 1998 dans la vallée de Lapedo, près de Leiria, le squelette d’un enfant âgé d’environ quatre à cinq ans présente une combinaison de caractéristiques physiques associées à Homo sapiens et à Néandertal.
Baptisé « enfant de Lapedo », cet individu préhistorique a fait l’objet de nombreuses recherches en raison de cette particularité anatomique. Une étude publiée en 2025 dans la revue scientifique Science Advances a permis de préciser son âge grâce à une méthode de datation au radiocarbone plus performante.
Un squelette aux caractéristiques surprenantes
Lors de sa découverte dans l’abri sous roche de Lagar Velho, le squelette a attiré l’attention des chercheurs par la coexistence de plusieurs traits morphologiques. L’enfant possédait notamment un menton proéminent, caractéristique des humains modernes, mais aussi des jambes relativement courtes et robustes, qui rappellent celles observées chez les Néandertaliens.
Cette combinaison a conduit plusieurs spécialistes à envisager l’hypothèse d’un métissage entre les deux populations humaines. À l’époque de la découverte, cette interprétation a suscité des débats au sein de la communauté scientifique, notamment parce que les connaissances sur les croisements entre Néandertaliens et Homo sapiens étaient encore limitées.
Depuis, les analyses génétiques ont confirmé que ces deux groupes humains se sont effectivement reproduits entre eux au cours de la préhistoire. La découverte de l’enfant de Lapedo demeure ainsi un élément important dans les recherches consacrées à leurs interactions.
Une nouvelle datation plus précise
L’un des principaux défis rencontrés par les chercheurs concernait l’âge exact du squelette. Les premières analyses avaient fourni des résultats variables, en partie à cause du mauvais état de conservation des ossements et des risques de contamination des échantillons.
Pour résoudre ces difficultés, une équipe internationale a eu recours à une méthode de datation ciblant l’hydroxyproline, un acide aminé présent dans le collagène osseux. Cette technique permet d’isoler un composé spécifique afin de limiter les contaminations susceptibles de fausser les mesures.
Les résultats indiquent que l’enfant a vécu il y a environ 28 000 ans, avec une fourchette estimée entre 27 780 et 28 550 ans avant le présent.
Cette précision chronologique permet aux chercheurs de mieux replacer l’individu dans le contexte du Paléolithique supérieur, une période marquée par la présence de populations humaines modernes en Europe.
Des interrogations sur les pratiques funéraires
La sépulture a également livré plusieurs éléments, notamment des ossements d’animaux et du charbon de bois, qui avaient été interprétés comme de possibles indices de pratiques funéraires.
Toutefois, la nouvelle datation a conduit les scientifiques à réexaminer ces éléments. Les analyses montrent que les ossements de cerf rouge et le charbon ne sont pas nécessairement contemporains de l’inhumation de l’enfant. En revanche, une vertèbre de lapin retrouvée au contact de son squelette présente une datation compatible avec celle de la sépulture.
Ces résultats invitent donc à revoir certaines interprétations antérieures concernant l’organisation des funérailles. Ils illustrent également l’importance de dater séparément les différents éléments retrouvés sur un même site archéologique.
Une découverte majeure pour comprendre l’évolution humaine
L’enfant de Lapedo occupe une place particulière dans les recherches sur les relations entre Homo sapiens et Néandertal. Son squelette témoigne de la complexité des variations physiques observées chez les populations humaines préhistoriques et nourrit les discussions sur les conséquences des contacts entre ces groupes.
Les scientifiques restent toutefois prudents : aucune preuve génétique directe établissant l’ascendance précise de cet enfant n’a été présentée dans cette étude. Ses caractéristiques anatomiques sont compatibles avec l’hypothèse d’un métissage, mais elles ne permettent pas, à elles seules, de reconstituer précisément son arbre généalogique.
En affinant la datation de cette sépulture exceptionnelle, les chercheurs disposent désormais d’un repère chronologique plus fiable pour étudier les populations humaines qui vivaient en Europe il y a plusieurs dizaines de milliers d’années.